La période d'abstinence d'un an que doivent actuellement respecter les homosexuels pour donner leur sang en France sera réduite à 4 mois à partir du 1er février 2020, a annoncé mercredi le ministère de la Santé. La France se rapproche un peu des pays européens qui ont abandonné toute restriction dans ce domaine.

Chaque année, il faut en moyenne recruter 170.000 nouveaux donneurs pour avoir les 10.000 dons par jour nécessaires pour répondre aux besoins des malades.
Chaque année, il faut en moyenne recruter 170.000 nouveaux donneurs pour avoir les 10.000 dons par jour nécessaires pour répondre aux besoins des malades. © AFP / GUILLAUME SOUVANT

C'est le premier pas vers un alignement des conditions du don de sang pour les homosexuels sur celles des hétérosexuels, envisagé "à l'horizon 2022" :  la période d'abstinence imposée aux donneurs homosexuels passe désormais d'un an à quatre mois. Un alignement qui, par respect pour la sécurité des receveurs, ne pourra intervenir qu'après une évaluation des risques faite "en toute transparence", assure le ministère. 

L'abstinence d'un an, instituée en 2016 par arrêté, avait suscité les critiques d'associations homosexuelles qui y voyaient une discrimination à leur égard. Avant 2016, et depuis 1983, en raison des risques du sida, l'exclusion des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) était totale. Depuis juillet 2016 également, les homosexuels/HSH peuvent donner leur plasma selon les mêmes critères que les autres donneurs.

Preuves scientifiques

La décision de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, de réduire de 12 à 4 mois le délai permettant de donner son sang après la dernière relation sexuelle entre hommes, s'inscrit dans le cadre de l'évaluation régulière des critères de sélections des donneurs et "s'appuie sur des éléments scientifiques, objectifs et indépendants". 

Les études de l'agence sanitaire Santé publique France (SpF) avaient montré que l'ouverture du don du sang aux homosexuels en juillet 2016 n'avait pas augmenté le risque résiduel de transmission du virus du sida déjà "très faible" en France. 

En outre, une étude, baptisée Complidon, auprès de 110.000 donneurs montrait que les critères d'accès au don du sang étaient en grande majorité respectés mais qu'il arrivait qu'il ne le soient pas dans de rares situations, faute d'être compris ou acceptés, note-t-on au ministère.

Deux propositions d'évolution par rapport à aux critères de 2016 étaient sur la table, soit l'ouverture aux hommes n'ayant pas eu de relations sexuelles avec des hommes dans les quatre derniers mois avant le don, soit l'ouverture au don aux HSH n'ayant qu'un seul partenaire dans les quatre derniers mois avant le don.

L'analyse des risques réalisée par l'agence sanitaire SpF a montré que "le premier scénario avec quatre mois d'abstinence n'entraînait pas de modification du risque, contrairement au second avec lequel le risque de contamination théorique était multiplié par deux", relève-on dans l'entourage de la ministre. L'ensemble des données et analyses de risque sur ces deux propositions ont été partagés avec des représentants des donneurs, des receveurs, des associations comme Aides. La ministre a pris sa décision en tenant compte des travaux et de l'expression de ces derniers, selon le ministère.

Geste citoyen

Chaque année, 1,7 million de personnes donnent leur sang, générant 3 millions de dons. Et chaque année, il faut en moyenne recruter 170.000 nouveaux donneurs avoir les 10.000 dons par jour nécessaires pour répondre aux besoins des malades. Un million de patients par an sont soignés chaque année avec des produits sanguins. "Donner son sang n'est pas un droit, mais un geste citoyen vers l'autre, qui nécessite de respecter les conditions du don" pour sa sécurité, rappelle-t-on encore au ministère. 

Un homme hétérosexuel qui, par exemple, a eu plus d'une partenaire sexuelle au cours des quatre derniers mois doit s'abstenir de donner son sang. 

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