Pour Maylis de Kerangal, "écrire c’est aller au contact du monde…". Parmi les invités du "Grand Atelier" de Vincent Josse, la romancière accueillait Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté. La magistrate, ancienne députée et maire de Reims, décrit sa mission.

Maylis de Kerangal et Adeline Hazan
Maylis de Kerangal et Adeline Hazan © Radio France / Vincent Josse

L’institution existe depuis 2008. Le contrôleur général de privation de liberté est nommé pour une durée de six ans, non renouvelable, et son rôle est totalement indépendant des pouvoirs publics. Il s'agit pour lui et son équipe (constituée d'une cinquantaine de personnes) de vérifier que les droits fondamentaux des personnes qui sont dans ces lieux privatifs de liberté sont respectés. Évidemment, ils ne le sont jamais de façon suffisante.

Mains de détenu, UK
Mains de détenu, UK © Getty / VICTOR de SCHWANBERG/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Si l’écrivain Maylis de Kerangal est particulièrement sensible à l'engagement d’Adeline Hazan et son équipe, elle a, elle aussi, eu l’occasion de rencontrer des détenus au fil de sa carrière. 

En 2014, à l’initiative de la fondation Paris Diderot, un jury mixte constitué de 10 détenus et animé par des universitaires, décernait à son roman Réparer les vivants (Ed. Verticales) le Prix Paris Diderot, Esprits libres. Sensible à la réinsertion des détenus par l’accès à la culture, l’écrivain lauréate avait alors rencontré les membres du jury et s’était déclarée très "émue et touchée"

Lire pour s'évader
Lire pour s'évader © Getty / erhui1979

Contrôleur des lieux de privations de liberté : une instance indépendante 

Derrière ce titre barbare, se cache une activité essentielle. A. Hazan

L’institution existe depuis 2008. Le contrôleur général de privation de liberté est nommé pour une durée de 6 ans, non renouvelable, et son rôle est totalement indépendant des pouvoirs publics.  Il s'agit pour lui et son équipe (constituée d'une cinquantaine de personnes) de vérifier que les droits fondamentaux des personnes qui sont dans ces lieux privatifs de liberté sont respectés. Évidemment, ils ne le sont jamais de façon suffisante.

La dignité des détenus n'est quasiment jamais respectée. La dignité, ça a à voir avec l'intimité. C'est ne pas vivre à 3 ou 4 dans une même cellule.

L’ex-maire de Reims et députée européenne présente avec enthousiasme, mais sans illusion, son ambitieuse mission : "Il s’agit de vérifier que les droits fondamentaux des gens qui vivent dans ces lieux soient respectés… Évidemment, la plupart du temps ils ne le sont pas".

Alors que sa mission touche à sa fin (en juillet 2020) Adeline Hazan a récemment interpellé Nicole Belloubet, ministre de la Justice sur la situation du Centre de détention de Nouméa (Nouvelle-Calédonie), "surpeuplé, sale, sans ventilation et dans des conditions d’hygiène épouvantables. On nous explique que les moyens sont difficiles à mettre en œuvre, même si des améliorations sont prévues…"

Le grand mérite des institutions comme la nôtre, c’est de donner à voir l’invisible.

Adeline Hazan poursuit : "Concrètement, mon équipe et moi effectuons à peu près 40 visites d'établissements par an avant de rédiger un rapport. Le seul fait de venir passer 10 ou 15 jours dans un établissement entraîne des modifications, on ne peut plus rien nous cacher…

Est-ce que l'on fait changer les choses ? Oui ! Pas assez, évidemment...

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