Dans son intervention devant la majorité lundi, le chef de l'État a souhaité ouvrir le débat sur l'immigration. Il a notamment évoqué le droit d'asile et affirmé qu'il serait détourné de son but initial par un certain nombre de demandeurs. Cyrille de Billy de l'association La Cimade juge ces propos "inquiétants".

En 2018, 43 000 personnes ont obtenu le droit d'asile en France.
En 2018, 43 000 personnes ont obtenu le droit d'asile en France. © AFP / Alain Pitton

Le président de la République a développé lundi devant les parlementaires et les membres du gouvernement, ses priorités. Parmi elles, il a évoqué l'immigration. Sur ce sujet, le chef de l'État a notamment parlé du droit d'asile qui serait selon lui utilisé de manière abusive. "Les flux d’entrées n’ont jamais été aussi bas en Europe et les demandes d’asile jamais aussi hautes en France" a-t-il affirmé. Cyrille de Billy est secrétaire général de la Cimade, l'association qui fournit une aide juridique aux migrants. Il réagit après les propos du président de la République.

FRANCE INTER : Y a-t-il un détournement du droit d'asile comme l'affirme Emmanuel Macron ?

CYRILLE DE BILLY : "Le président a parlé de demandes abusives. Je trouve ce propos assez inquiétant. D’abord il faut rappeler ce qu’est le droit d’asile : c’est la garantie qui est offerte à toute personne dans le monde de pouvoir demander à un pays étranger une protection si on est  persécuté. Chaque demande doit être évaluée et on ne peut pas décider qu’une catégorie de population ne peut pas y accéder. 

Quand on commence à parler de détournement ou d’abus du droit d’asile, est-ce qu’on ne suggère pas qu’il y a des personnes qui ne sont pas légitimes ? On ne peut retirer à personne le droit de déposer une demande d’asile."

FRANCE INTER : Pensez-vous qu’une nationalité ou une catégorie soit visée en particulier ?

"Dans les débats qu’on entend ces jours-ci, on parle des Georgiens et des Albanais. Il faut préciser que parmi les Georgiens et les Albanais, il y a des personnes qui obtiennent l’asile. Par exemple, des Albanais ont obtenu le droit d’asile pour des raisons de vendetta, c’est à dire de vengeance familiales. Ça peut aussi concerner l’orientation sexuelle, puisque de nombreux pays continuent à appliquer la peine de mort pour les homosexuels… Cela peut aussi être lié à des engagements politiques, associatifs ou syndicaux, à des activités journalistiques… Même dans un pays qui n’est pas en guerre, on peut être menacé. Ce qui est bien la preuve qu’on ne peut pas dire à priori qu’une demande d’asile pour telle ou telle nationalité serait abusive. Ce serait même contraire à l’esprit de ce droit. N’est-ce pas une façon d’installer dans l’opinion publique l’idée qu’il faudrait y avoir un contrôle en amont de la demande d’asile et donc l’idée qu’on devrait limiter, d’une certaine façon, le droit d’asile."

FRANCE INTER : Comment expliquer l’augmentation du nombre de demandeurs ?

"S’il y a des demandes d’asile, c’est d’abord qu’il y a des pays dans lesquels il est dangereux de vivre. Pour l’instant, l’asile n’est conçu que pour protéger de menaces politiques. À la Cimade, nous pensons qu’il y a d’autres violences que les violences politiques. 

Il est possible que certains migrants économiques tentent leur chance par cette toute petite fenêtre, mais si on regarde les chiffres des dernières années, on a 122 000 demandes et 43 000 qui sont acceptées. Ce sont les mêmes chiffres depuis des années. Ce qui est certain, c'est que l’une des rares portes ouvertes pour entrer sur le territoire est la demande d’asile. On devrait avoir des moyens de venir dans nos pays de façons légales et beaucoup plus sûres. Il y a un besoin." 

FRANCE INTER : Il n’y a ni loi, ni discussion au Parlement. Comment expliquez-vous qu’Emmanuel Macron choisisse ce moment précis pour entamer un débat sur l’immigration ?

"Si c’est un calcul politique, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne fonctionne pas. Ce qui est étonnant dans les propos du chef de l’État, c’est qu’il en appelle dans le même temps au calme et à un débat serein. Il démarre très fort en jouant sur des antagonismes et en n'invitant ni les chercheurs, ni les associatifs à la table des discussions. Il lance le débat sur le droit d’asile avec un propos plus qu’ambigu. À vouloir courir après l’opinion publique, en réalité, on la forge. Avec un discours qui associe en permanence la criminalité et les migrants, finalement, on ne fait que légitimer le discours du Rassemblement national."

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