À l'occasion des journées du patrimoine, vous pourrez arpenter aujourd’hui la Butte Rouge et admirer ses immeubles d’"Habitations à Bon Marché" conçus en 1919. Visite organisée par ses défenseurs alors que le quartier fait l’objet d’un projet municipal de transformation qui prévoit des démolitions.

Habitants, architectes, associations écologistes et de sauvegarde du patrimoine se battent depuis plusieurs années pour empêcher la démolition d'une partie de la Butte rouge à Chatenay-Malabry.
Habitants, architectes, associations écologistes et de sauvegarde du patrimoine se battent depuis plusieurs années pour empêcher la démolition d'une partie de la Butte rouge à Chatenay-Malabry. © Radio France / Claire Chaudière

Deux heures de visite en pente douce, entre les bâtiments de couleur rosé-orangé de cette "cité-jardin" de 70 hectares. Il faut s'imaginer au début du siècle dernier, à une époque où politiques et architectes se lancent dans l"hygiénisme". Face à l'insalubrité des quartiers populaires parisiens, ils réfléchissent à des logements d'un genre nouveau. C'est le début des HBM, les "habitations bon marché". "Mais il y a ici, en plus, une dimension particulière", nous explique Barbara Gutglas architecte et habitante de Châtenay-Malabry.

"La Butte Rouge a été construite comme une ville à la campagne. Des logements sains dans un environnement naturel préservé. Les concepteurs du lieu ont d'ailleurs imaginé des bâtiments qui s'adaptent aux terrains et aux espaces verts existants. Tellement rare…" Conçu à partir de 1919, une partie du quartier sortira de terre dans les années 30, avant une deuxième tranche dans les années 50 et 60.

Une plaque à la mémoire du concepteur de la cité-jardin de la Butte Rouge Henri Sellier
Une plaque à la mémoire du concepteur de la cité-jardin de la Butte Rouge Henri Sellier © Radio France / Claire Chaudière

Potagers, balcons, bâtiments arrondis et fenêtres d’angle 

La promenade nous emmène rapidement au pied d’un grand escalier, entouré de verdure et de bâtiments aux angles arrondis. "Si l’on veut parler d’architecture, il y a ici des influences du Bauhaus", précise notre guide, membre de l’association Châtenay Patrimoine Environnement et du collectif de défense du site. "Des choses très minimalistes, très géométriques, avec des fenêtres et des rythmes de façades différentes les unes des autres. Regardez ces balcons. Voilà un bâtiment qui a 100 ans. Il n’est pas mal du tout ! Nous, en tout cas on trouve ça très beau."

Entre chaque bâtiment, de hauteur relativement modeste : des espaces verts et au détour d’une allée un dédale de potagers où poussent des tomates et des citrouilles. "L’idée, c’était que les ouvriers puissent avoir leur petit terrain. De chaque endroit de la cité, on a un point de vue particulier. Les perspectives sont belles et toutes différentes car le terrain est vallonné. En somme : du beau pour les prolos, comme le disent les amoureux du lieu. Il y avait ici au début des gens qui travaillaient à Orly, mais aussi des classes moyennes. Plus qu’aujourd’hui."

La Butte Rouge présente une très faible densité d'habitations (visite en compagnie de Barbara Gutglas)
La Butte Rouge présente une très faible densité d'habitations (visite en compagnie de Barbara Gutglas) © Radio France / Claire Chaudière

Appétit des promoteurs du Grand Paris 

"Ici les loyers oscillent entre 200 et 400 euros. La Butte Rouge est aujourd’hui habitée par des familles très modestes. Et cet immense espace très peu dense en habitations attire l’appétit des promoteurs. Certains vont même jusqu’à nous appeler", s’amuse Barbara Gutglas. La déambulation continue en direction d’un grand bâtiment en forme de demie-lune. Influence Le Corbusier.

Francine habite un peu plus loin. Cette habitante qui a accepté de montrer l’intérieur de son appartement, se désole du programme de transformation du quartier à venir. "Regardez toutes ces fenêtres, ce parquet, et ces magnifiques arbres. On dit que le quartier s’est replié sur lui-même, s’est paupérisé, alors qu’on y vit très bien. Certains appartements ont mal vieilli faute de travaux récents, mais la plupart sont encore très corrects. Ça me fait mal au cœur de savoir que ce bâtiment, en face, sera démoli. Quel gâchis."

Vue sur la "demie-lune", l'un des bâtiments emblématiques de la cité-jardin de la Butte Rouge
Vue sur la "demie-lune", l'un des bâtiments emblématiques de la cité-jardin de la Butte Rouge © Radio France / Claire Chaudière

La mairie, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, prévoit un grand programme de rénovation, impliquant la démolition d’une partie du site. Du neuf pour plus de mixité sociale dans un quartier qui s’est paupérisé au fil des années. Le collectif de défense de la Butte Rouge, soutenu notamment par l’ordre des architectes d’Ile-de-France, plaide pour une opération de restauration du bâti, sans démolition. Le ministère de la Culture a été sollicité sur ce dossier.

► La visite dans le cadre des journées du patrimoine, ce samedi à 14h30, place Jean Allemane à Chatenay-Malabry, affiche complet. Une prochaine visite est prévue à l’occasion de la journée nationale de l’architecture le 17 octobre. Pour s’inscrire : assocpe@wanadoo.fr