Face à la propagation du coronavirus, certains se ruent sur les stocks de pâtes. D'autres pointent l'implication des bières Corona. Et des milliers de personnes échangent des statuts facebook où l'on se demande si on va tous mourir. Bref, il était temps de remettre l'église au milieu du village.

Vols de masques, flambée des prix du gel hydroalcoolique : le coronavirus fait vraiment faire n'importe quoi.
Vols de masques, flambée des prix du gel hydroalcoolique : le coronavirus fait vraiment faire n'importe quoi. © AFP /

La France et une partie du monde rentrent dans le dur du coronavirus. À l'heure où nous prenons la plume, le coronavirus a causé 423 contaminations et sept décès en France. Dans le monde, le virus a contaminé plus de 100.000 personnes et engendré plus de 3.400 décès dans 91 pays. Face à ces nouvelles anxiogènes, certaines réponses de la population interpellent... 

En France, les vols de masques se multiplient à l'hôpital alors même que ces derniers n'empêchent pas les personnes qui les utilisent d'être contaminés. À Hong-Kong, des hommes sont recherchés par la police, parce qu'ils sont soupçonnés d'être à l'origine d'un vol à main armée de papier toilette, alors que les habitants se sont rués sur le papier hygiénique par crainte d'une pénurie en raison du nouveau coronavirus. Un peu partout sur internet, des gens confondent manifestement le Covid-19 et la bière Corona

Enfin sur Facebook, un long statut posté par le groupe Facebook "To be or not Toubib" est devenu virale (50.000 partages) en quelques heures en proposant des réponses didactiques à des questions comme "Va-t-on tous mourir ?" ou "Le Coronavirus a-t-il été inventé par le Mossad/les chinois/ma belle-sœur ?".

Bref, on s'est dit qu'il était temps de répondre aux questions les plus simples et factuelles sur le coronavirus. Le coronavirus pour les nuls, en quelque sorte. Où en sommes-nous ? Que risquons-nous ? Faut-il vraiment paniquer ? Franceinter.fr fait le point sur les principales questions.

C'est quoi, cette maladie ?

Commençons par le commencement : le coronavirus, comme son petit nom l'indique, est un virus et pas une maladie. En réalité, il n'y a pas un coronavirus, mais des centaines de coronavirus différents. Chaque coronavirus cause une infection différente, qui peut aller du rhume au syndrome respiratoire aigu sévère, le fameux SRAS. Car oui, l'épidémie de SRAS de 2003 dont on a beaucoup reparlé ces derniers jours était déjà une épidémie de coronavirus. 

Dans le cas qui nous intéresse (c'est-à-dire ici et maintenant), c'est un nouveau type de coronavirus qui a été découvert. L'une des particularités du coronavirus étant qu'il peut être transmis de l'animal à l'homme, l'une des hypothèses scientifiques affirment que le nouveau coronavirus vient d'un mignon petit animal : le pangolin, apprécié comme mets en Chine (l'autre grande hypothèse désigne la chauve-souris comme responsable de la transmission). 

Ok, merci pour le pangolin, mais du coup : c'est quoi, cette maladie ?

La maladie causée par le "nouveau coronavirus" (2019-nCov) a un vrai nom : la COVID-19. Selon l'OMS, ses symptômes sont plus ou moins les mêmes que ceux de la grippe : fièvre, fatigue, toux, puis parfois nez bouché (ou écoulement nasal), maux de gorge et diarrhée. 

Chez une partie de la population, il peut même ne pas y avoir de symptômes du tout : on parle de "porteurs sains". C'est pour cela qu'il importe de faire la distinction entre le virus et la maladie : on peut avoir le coronavirus mais ne pas être atteint de la COVID-19.

Présenté sous cette forme, ça n'a pas l'air très dangereux, si ?

En effet : en plus des porteurs sains, dans plus de 80% des cas de COVID-19, ça n'ira pas plus loin - et, comme pour un bon gros rhume, on finit par en guérir naturellement

Pour les 20% restants, ça peut être plus compliqué : toujours selon l'OMS, la forme plus sévère de maladie cause des dyspnées, c'est-à-dire des difficultés à respirer. Celles-ci peuvent nécessiter, comme dans le cas d'une pneumonie, une hospitalisation et une mise sous oxygène. 

Alors on ne va pas tous mourir ? 

Non, pas tous. Comme dans toute épidémie - et a fortiori les épidémies issues de virus méconnus, il y a des morts. Mais en réalité, le taux de mortalité du COVID-19 se situe autour de 2 à 3%. Même si tout le monde peut tomber malade, ce sont les populations les plus "à risque" qui sont le plus exposées à un risque mortel : cela concerne essentiellement les personnes âgées et celles qui souffrent de maladies préexistantes, notamment l'asthme, le diabète et les maladies cardiaques. 

En cas de doute, le réflexe à avoir est simple : appeler le SAMU au 15. Cela permettra de ne pas engorger les services d'urgence et de ne pas prendre le risque de transmettre le virus dans une salle d'attente. 

Comment se transmet-elle ?

Le canal de transmission principal, ce sont les contacts directs et les projections de gouttelettes issues de toux et d'éternuements. Très concrètement, si un malade du COVID-19 vous éternue dans la bouche, vous avez à peu près la certitude d'attraper le virus. Mais reconnaissez que c'est un cas relativement rare et un peu dégoûtant. 

En revanche, selon l'OMS : "Les gouttelettes peuvent se retrouver sur des objets ou des surfaces autour de la personne en question. On peut alors contracter la COVID-19 si on touche ces objets ou ces surfaces et si on se touche ensuite les yeux, le nez ou la bouche. Il est également possible de contracter la COVID-19 en inhalant des gouttelettes d’une personne malade qui vient de tousser ou d’éternuer"... mais pas à huit mètres. Les projections issues d'un éternuement ou d'une toux vont rarement au-delà d'un mètre. 

En revanche, on sait aussi par quoi le coronavirus ne se transmet pas. Contrairement au virus de la gastro-entérite par exemple, le coronavirus ne peut pas se transmettre dans l'air. Le risque de transmission par contact avec des matières fécales est aussi faible. Enfin, le coronavirus survit assez peu longtemps sur les surfaces sèches : même si une personne malade projette des gouttelettes sur une pièce de monnaie ou une barre de métro, l'objet n'est plus contagieux après quelques heures. 

Alors pourquoi est-ce qu'on nous bassine avec ce virus et pas avec la grippe ?

Parce que contrairement à la grippe, on ne connait pas de traitement efficace contre le COVID-19. Et on a peur qu'il mute. Par ailleurs le taux de mortalité du coronavirus est bien supérieur à la grippe. Enfin, selon la revue médicale belge "Le Spécialiste", le "R Zéro" (nombre de personnes qui attrapent le virus si on met un individu malade dans une pièce avec 100 autres personnes) est de 1,3 pour la grippe et 2,2 avec le coronavirus. Ce nouveau virus est donc un peu plus contagieux que la grippe, mais beaucoup moins par exemple que la rubéole, dont le "R Zéro" est de 6.

Là où c'est plus complexe, c'est que la période d'incubation du coronavirus est beaucoup plus longue que celle de la grippe : entre le moment où l'on attrape le virus et celui où l'on contracte les premiers symptômes, il s'écoule en moyenne cinq à six jours - contre 24 à 48 heures pour la grippe. Autrement dit une personne peut transmettre le virus sans s'en apercevoir beaucoup plus longtemps, sans compter les porteurs sains qui eux ne déclarent aucun symptôme mais peuvent aussi être contagieux. Sur des populations de plusieurs dizaines de millions d'habitants, cela peut vite représenter de gros chiffres. 

Le gel hydroalcoolique, c'est utile ?

Oui, mais ni plus ni moins qu'avant. Ce qui était une assez bonne alternative quand on ne pouvait pas se laver les mains reste ni plus ni moins qu'une bonne alternative quand on ne peut pas se laver les mains. Car l'élément numéro un - et le plus élémentaire - de la lutte contre la transmission du virus, c'est une bonne hygiène des mains. Se laver les mains consciencieusement et régulièrement avec du savon est donc la meilleure chose à faire. De même que jeter ses mouchoirs en papier après utilisations, ou tousser dans sa manche, sont des mesures de bon sens - mais qu'il convient de rappeler.  

Rien ne sert donc de faire des stocks de gel hydroalcoolique... et encore moins d'en voler dans les hôpitaux où ce sont les outils de travail des personnels de santé - de même que les masques. 

Les restrictions prises par les autorités, sont-elles bien raisonnables ? 

Oui. Comme on l'a dit plus haut, l'idée est de contenir la propagation d'un virus qui circule vite. Selon le gouvernement, le stade 1 de l'épidémie consiste à éviter que le virus entre sur le territoire, avec la mise en place de quarantaines (de quatorzaines, en réalité) en cas de suspicion de maladie. Celui-ci a échoué en France. Le stade 2 - actuellement en vigueur vise à freiner la propagation et consiste donc en la mise en place de contraintes concernant des milieux où le virus peut facilement circuler : les crèches, les écoles, les grands rassemblements, etc. C'est aussi pour cette raison que l'accent est mis sur l'hygiène et les gestes simples à adopter. 

Si l'on passe au stade 3, ce qui est selon Emmanuel Macron "inexorable", il ne s'agira plus de contenir l'épidémie, mais d'en atténuer les effets. Cette phase - qui dure 8 à 12 semaines selon un document édité en 2011 consiste à mobiliser plus intensément tout le système de santé, la médecine de ville se chargeant de la prise en charge des patients les moins graves, pour permettre aux hôpitaux de prendre en charge les plus sérieux. 

Du coup, faut-il faire des réserves de pâtes chez soi ?

Non. À moins d'avoir un très gros gratin de macaroni en préparation, rien ne sert d'acheter dix paquets de pâtes d'un coup. Le gouvernement a exclu l'idée de villes placées en quarantaine complète comme ça a été le cas en Chine. Vous pourrez donc toujours sortir acheter votre paquet de pâtes - et à défaut vous le faire livrer par un proche, comme l'ont raconté à France Bleu ces patients confinés dans la Drôme.

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