Pour mettre en œuvre des systèmes d'alerte contre les pandémies et autres catastrophes, il faut avant tout former les populations, selon le hackeur éthique Gaël Musquet. Voilà pourquoi selon lui Stop Covid n'avait aucune chance de fonctionner, et il ne faut pas répéter la même erreur pour le futur "cell broadcast".

Le cell broadcast (ou diffusion cellulaire) permet d'avertir rapidement des groupes de personnes sur une ville, un quartier, ou un région
Le cell broadcast (ou diffusion cellulaire) permet d'avertir rapidement des groupes de personnes sur une ville, un quartier, ou un région © Getty / Brasil2

Le "cell broadcast", si on traduit mot à mot, c'est la diffusion directe sur téléphone, un système utile pour transmettre des messages d'alertes directement sur les smartphones. Avec le cell broadcast, les systèmes iOS et Android émettent un signal lors de l'alerte et l'affichent sur l'écran. Cela donne la possibilité de toucher en un temps très bref toutes les personnes d'un quartier ou d'une région, sans surcharger le réseau, et même en cas de coupure électrique et Internet.

Gaël Musquet est un hackeur éthique, désormais au service de la société AltRnativ, dont le but est de développer des logiciels d'anonymisation des navigations internet, des systèmes de surveillance des navigations aériennes et spatiales, et le "cell broadcast".

La technologie, ça marche toujours mieux avec de l'humain

Cette dernière technologie, Gaël Musquet l'a testée dès 2017 avec l'association Hackers Against Natural Disasters (Hand), lors d'un exercice d'alerte au tsunami à Marie-Galante, au large de la Guadeloupe.

"Tous les protocoles d'alerte existant aujourd'hui permettent d'alerter les gens de manière chirurgicale, à l'échelle d'un quartier par exemple", explique Gaël Musquet. "Mais pour cela, il faut qu'on ait au préalable formé et informé les gens. Ce n'est pas qu'une question de technologie, c'est une question de culture du risque. Il faut informer les gens des risques, faire des exercices avec eux, pour qu'au moment d'une alerte ils aient développé des réflexes appropriés. C'est la meilleure manière de gérer une crise, que ce soit une pandémie, un tsunami, des incendies. Les corps intermédiaires, élus, syndicats, etc. doivent être préparés. On l'a fait déjà aux Antilles, on le fera bientôt à Mayotte."

Alors que Stop Covid est en service depuis quatre mois, avec un faible taux d'utilisation, et donc d'efficacité pour alerter des cas contact au coronavirus, n'y a-t-il pas eu, là aussi, un déficit d'information et de pratique ?

"Stop Covid ne pouvait pas marcher pour ce type de raisons notamment, car c'est un problème global de gestion de crise. Si les personnes ne savent pas comment réagir, on va droit à l'échec."

Avant Stop Covid, on se souvient du  cas de SAIP. C'était à la suite des attentats de 2015, cette application devait être téléchargée sur nos smartphones pour être alertés en cas d'attaques. "Et ça n'a pas marché non plus", rappelle Gaël Musquet. Au bout de deux ans, l'application a été abandonnée. "La réponse à ces situations n'est pas que technologique, elle est aussi humaine", renchérit Gaël Musquet. "De la maternelle à l'université, dans toutes les couches sociales, cette culture du risque doit être intégrée. Les élus doivent être sur le terrain avec les populations que tout le monde intègre les risques et les outils" plaide-t-il.

Le feu vert du ministère de l'Intérieur

Désormais les élus sont en demande et souhaitent voir se développer le système d'alerte par cell broadcast. Après la catastrophe de Lubrizol à Rouen, l'association Aramis, qui regroupe 80 collectivités concernées par le risque industriel a indiqué que  "le système de sirène n'est plus du tout opérationnel, plus identifié par la population" et appelé de ses vœux le développement du cell broadcast. C'est l'Europe qui a demandé à tous ses membres de se doter d'outils performants. Et c'est à Rouen, un an après l'explosion de Lubrizol, que le ministre de l'Intérieur a annoncé que la France allait déployer ce système à partir de 2022.

En attendant, le gouvernement s'entend avec les principaux opérateurs de téléphonie pour que soient envoyés des alertes par SMS. 2022, c'est vingt-cinq ans après l'invention de ce standard en France.

Le cell broadcast est une technologie française et européenne. C'est l'European Telecommunications Standards Institute (ETSI), basé à Sophia Antipolis, près de Nice, qui a mis en place ce système d'alerte standardisé, le European Public Warning System ou EU-ALERT, et que de nombreux pays, en-dehors de l'Europe, ont adopté depuis longtemps. La France le reconnaît enfin pour son utilité, saura-t-elle lui réserver meilleur accueil  et préparer les populations d'ici 2022 ?