En France, l'échec scolaire, qui peut mener au décrochage, intervient de plus en plus tôt. Dans les écoles de la deuxième chance, qui accueillent des jeunes de 16 à 25 ans, déscolarisés et sans diplôme, la proportion des 16-17 ans est passée de 6 % il y a 5 ans à 19 % aujourd'hui.

Atelier de cours de mise a niveau en vocabulaire, conjugaison, langue française et en mathématiques dans une école de la deuxième chance de Valence (Drôme).
Atelier de cours de mise a niveau en vocabulaire, conjugaison, langue française et en mathématiques dans une école de la deuxième chance de Valence (Drôme). © AFP / Hans Lucas / Nicolas Guyonnet

À l'école de la deuxième chance de Creil, dans l'Oise, la moyenne d'âge des stagiaires est de 17 ans. Parmi eux, Kenny est arrivé en février dernier, à l'âge de 16 ans. Il avait arrêté les cours au collège, en classe de troisième. Il était totalement bloqué et s'exprimait à peine. Aujourd'hui ce grand jeune homme brun est à l'aise pour parler de sa situation. Il a retrouvé de la motivation et cherche à entrer dans un CFA, un Centre de formation d'apprentis. 

Mais son jeune âge est parfois un obstacle : "C'est plus compliqué pour les moyens de transport, pour les déplacements parce que les CFA ne sont pas si proches que ça, selon ce que l'on veut faire. Dans la menuiserie parfois ils ne m'ont pas pris parce que je n'avais pas 18 ans. Pour eux c'était trop dangereux. Pour certains métiers, c'est compliqué", raconte-t-il à France Inter en ce 23 septembre, journée du refus de l'échec scolaire.

De plus en plus de phobies scolaires

15 600 jeunes sont accueillis dans ces écoles de la deuxième chance. Ce sont des écoles sous statut associatif, financées principalement par l'Etat et les régions. Les stagiaires alternent entre formation à l'école et stages en entreprise.

Nawel, 16 ans, vient aussi d'arriver à l'école. Elle était en première technologique STMG au lycée et a perdu pied : "Je n'y arrivais plus, ça ne m'intéressait plus, ça faisait un moment que je n'arrivais plus à me concentrer." La jeune fille, souriante, ajoute : "Ici on fait des recherches de stages, on découvre des métiers, on nous aide à faire des C.V., des lettres de motivation, il y a un suivi." Nawel cherche un stage de secrétaire ou dans une agence immobilière.

En moyenne, à la sortie d'une école de la deuxième chance, 63 % des jeunes trouvent un emploi ou une formation, ils sont 53 % parmi les mineurs. Nicolas Page, directeur de l'école de la deuxième chance Ouest-Somme, confirme que ce public, de plus en plus nombreux, est plus difficile à remettre sur les rails : "Ces jeunes ont vécu une fracture avec le système scolaire. On a de plus en plus de phobies scolaires. Quand on a un jeune de 16 ans qui a déjà décroché depuis deux voire trois ans, c'est compliqué de le remettre dans une dynamique de scolarité, de se lever le matin, de répondre à des règles. On a des difficultés pour les intégrer sur une formation puisque le jeune ne veut pas retourner dans un schéma classique de l'école."

Gros déficit de confiance

Les possibilités de sorties de l'école sont plus restreintes. Il existe davantage de dispositifs pour les 18-25 ans. Pour les 16-17 ans, l'alternance est la principale solution. Mais ils doivent d'abord travailler les compétences qui leur manquent et passent plus de temps que les majeurs, en général entre huit à dix mois, à l'école de la deuxième chance.

"L'objectif avec ces jeunes c'est de travailler en premier lieu sur les 'soft kills' les compétences douces : sur le fait d'être ponctuel, d'être assidu, apprendre à apprendre", explique Alexandre Poncelet, responsable pôle qualité du réseau E2C France, qui représente l'ensemble des écoles de la deuxième chance. "C'est assez différent en effet avec les mineurs", précise-t-il. "On a un public qui est plus jeune donc potentiellement un peu moins mature et qui a également une plus forte défiance vis-à-vis des institutions. La première des missions de l'école de la 2ème chance est donc de lui redonner confiance dans les institutions, de lui redonner confiance en lui également puisqu'il y a un gros déficit de confiance qui se constate peut-être plus particulièrement chez les mineurs."

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