Si Emmanuel Macron a annoncé un retour "obligatoire" des élèves dans les écoles et les collèges le 22 juin, les modalités pratiques sont encore floues. La situation l'est encore plus dans les lycées et universités.

Un élève dans une salle de classe du collège de Jastres à Aubenas en Ardèche.
Un élève dans une salle de classe du collège de Jastres à Aubenas en Ardèche. © Radio France / Claire Leys

"Dès demain, en hexagone comme en Outre-mer, les crèches, les écoles et les collèges se prépareront à accueillir à partir du 22 juin tous les élèves, de manière obligatoire et selon les règles de présence normale", a lancé, lors de son allocution, le chef de l'Etat dimanche soir. "Deux semaines ça compte, deux semaines ce n'est pas rien, que ce soit sur le plan pédagogique et psychologique", a quant à lui estimé Jean-Michel Blanquer sur Europe 1, lundi matin. Reste que cette annonce d'Emmanuel Macron nécessite de facto un allègement des mesures barrières : "L'allègement fondamental sera celui de la distanciation physique qui sera désormais moins contraignante", a confirmé le ministre.  

"On se base évidemment sur les recommandations du Haut conseil de la santé publique et du Conseil scientifique", précisait Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, invitée du 7/9 de France Inter lundi, ajoutant qu'un nouveau protocole serait présenté "pour la cour de récréation, le périscolaire, mais également à l'intérieur des cantines", confirmant ainsi que les cantines allaient "pouvoir reprendre". Selon les derniers chiffres du ministère, 1,8 million d'écoliers - sur un total de 6,7 millions - sont retournés à l'école mais rarement à temps complet. Au collège, ils sont 600 000 sur 3,3 millions.

Si les syndicats enseignants, reçus au ministère lundi matin, se disent globalement satisfaits du retour à l'école et du caractère obligatoire de ce retour, "nous avons un sentiment d'improvisation et d'un net manque d'anticipation", dénonce auprès de France Inter Francette Popineau, porte-parole du SNUipp-FSU. Un véritable casse-tête pour les équipes, selon elle : "C'est encore une promesse qui va être difficile à tenir pour les enseignants et qui va nous mettre en étau entre ce qui est dit, ce qui est compris et ce que nous pourront réellement faire sur le terrain", estime-t-elle.  

Écoles et collèges : tous les élèves de retour le 22 juin

Une chose est sûre, comme l'a annoncé Emmanuel Macron, tous les élèves seront de retour dans les écoles et les collèges le 22 juin. Problème : au-delà de ces quelques détails, difficile de comprendre réellement comment va s'organiser ce retour "obligatoire". Mais la très stricte règle qui imposait aux établissements scolaires de n'accueillir que 15 élèves maximum par classe sera levée

Il faudra désormais respecter une distance d'"un mètre latéral entre chaque élève", et non plus de 4 mètres carrés, a précisé Jean-Michel Blanquer. "Cette nouvelle donne fait qu'on va pouvoir accueillir tous les élèves", estime-t-il. A priori, la distanciation physique ne s’appliquera plus qu'uniquement "dans les salles de classe et tous les espace clos" entre l'enseignant et les élèves ainsi qu'entre chaque élève "lorsqu'ils sont côte à côte ou qu'ils se font face", d'après un décret publié dimanche soir.  

Mais rien n'a été encore clairement présenté sur la mesure de ce "mètre latéral" ou sur la contradiction entre le respect de cette règle et le retour massif des élèves dans les classes. Ces points qui composeront une nouvelle version du protocole sanitaire sont en cours de discussion avec les syndicats enseignants et les fédérations de parents d’élèves.

"Dans beaucoup de classes, ce sont des tables à deux sur lesquelles il ne faudra mettre qu'un enfant. Ce sera très difficile de pouvoir placer tous nos élèves, notamment dans les classes qui en comptent 27", alerte Francette Popineau. 

Lycées : du changement en Île-de-France ? 

En revanche, pour les lycées, qu'Emmanuel Macron n'a pas évoqué dans son allocution, rien de nouveau depuis le dernier point d'étape du gouvernement. Seul changement pour l'Île-de-France, à en croire ce qui avait été présenté fin mai et ce qu'a confirmé Sibeth Ndiaye lundi matin : la région étant passé en zone verte, les lycées franciliens (généraux, technologiques et professionnels) devraient théoriquement pouvoir rouvrir, par exemple dans les lycées généraux "en privilégiant une classe, celle qui en a le plus besoin", d'après la porte-parole du gouvernement.

Le ministre de l'Education a toutefois expliqué qu'il laissait "une grande marge de manœuvre pour les proviseurs". De plus, il faut aussi noter que la plupart des enseignants sont en général, à partir de fin juin, pris par les jurys du baccalauréat et que, par conséquent, les cours sont terminés. "C'est un moment un peu particulier pour les lycées, où on peut faire beaucoup plus de personnalisation : les élèves peuvent être accueillis, reçus, avoir des cours en petits groupes...", a expliqué Jean-Michel Blanquer. 

Les facs sont toujours dans l'expectative

Enfin, elles ont parfois l'impression d'être le dernier wagon du train, rien de nouveau pour les 74 universités qui travaillent plutôt désormais à la préparation d'une rentrée de septembre. Dans les facs, les enseignements pourraient continuer à se faire en partie à distance même si cette option est loin d'être privilégiée par toutes les directions pédagogiques, notamment en raison du manque d'échanges profs/étudiants et des inégalités entre ces derniers.   

Le ministère de l'Enseignement supérieur doit publier dans les prochains jours une circulaire définissant un cadrage technique sanitaire national pour la rentrée. Mais libre ensuite à chaque université d'organiser les enseignements comme elle le souhaite. "On n'apprend pas uniquement dans des livres ou sur ordinateur. Il faut des interactions avec les enseignants", a reconnu récemment la ministre Frédérique Vidal. 

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