L'Association des maires de France a transmis ce mardi un long document au gouvernement comportant l'ensemble de ses propositions pour accompagner la période qui viendra après le 11 mai. Parmi ses priorités, la nécessité d'un plan national adaptable au niveau local.

La mairie et les rues vides de Cauterets, dans les Hautes-Pyrénées
La mairie et les rues vides de Cauterets, dans les Hautes-Pyrénées © AFP / Lilian Cazabet / Hans Lucas

17 pages : de quoi nourrir largement le casse-tête de Jean Castex, chargé de coordonner la sortie du confinement en France. Ce document, produit par l'Association des maires de France, résume l'ensemble des constats et des propositions de ses membres sur les conditions et les modalités du déconfinement. 

Sur la quasi-totalité des points de ce rapport, la ligne est claire : les maires demandent à l'État d'adopter des protocoles détaillés, que les maires devront ensuite appliquer, ou adapter en fonction des particularités locales, notamment pour les zones plus rurales. "Nous demandons à ce que l'on fasse confiance aux maires dans ce qu'ils savent faire, avec  une différenciation territoriale évidente", a déclaré mardi midi sur France Inter Agnès Lebrun, vice-présidente de l'AMF.

La gestion des masques accordée aux villes ?

Premier sujet qui fâche : les masques. Les maires demandent à être habilités à gérer et distribuer les stocks de FFP2 et de masques chirurgicaux. "Plusieurs villes alertent sur le fait que l’ARS leur refuse la fourniture de masques pour leur Service d’aide à domicile ou les établissements médico-sociaux qu’elles gèrent", déplore l'AMF. 

Sur le port obligatoire du masque, l'AMF préconise que celui-ci soit exigé dans les transports en commun, les taxis, les VTC et tous les lieux clos accueillant du public. Elle propose que l'État ait la responsabilité de les fournir, et les communes celles de les distribuer à la population. 

En revanche, sur l'autre grande question sanitaire, à savoir celle des tests, les communes ne veulent pas avoir à mettre la main au portefeuille : c'est, selon elles, à l'État de financer la compétence sanitaire. 

Écoles : volontariat avant tout

Le chapitre consacré aux écoles est le plus étoffé du rapport. Là aussi, l'AMF préconise la mise en place d'un protocole national adaptable au niveau local. La ligne adoptée par les maires est claire : ils souhaitent qu'il n'y ait aucun retour contraint à l'école à partir du 11 mai. Autrement dit, l'enfant vient si la famille est volontaire ; et les enfants prioritaires sont ceux qui se sont retrouvés sans moyens technologiques pour suivre les cours à la maison, et ceux dont les parents ne pourront plus télétravailler. 

Sur le plan des moyens matériels et logistiques, l'AMF demande que le 6 et le 7 mai soient deux journées pendant lesquelles les bâtiments des écoles resteront fermés pour permettre une désinfection totale des lieux. "Il y a le volume de matériel dont nous aurons besoin, et il y a évidemment le financement de ce matériel : si nous n'avons pas les moyens de garantir sanitairement les locaux, les bus, les gymnases, nous ne le ferons pas, tout simplement", explique Agnès Lebrun.

Quant aux sorties scolaires et autres activités, ainsi que les kermesses, les maires préconisent qu'ils soient tous et toutes annulés jusqu'à cet été – avec la possibilité de faire exceptionnellement des kermesses à la rentrée de septembre. 

État civil et vie quotidienne : des rassemblements les plus limités possibles

Compétentes pour l'état civil, les communes proposent "d'augmenter légèrement le nombre de personnes autorisées à participer aux cérémonies de mariage et de Pacs pour le porter au moins à une dizaine". Si les mariages ne seront peut-être plus interdits, ils seront ainsi limités au strict cercle familial, si l'État suit les recommandations de l'AMF. En revanche, sur les cérémonies d'inhumation, l'association préconise d'en rester aux limitations actuelles, d'une vingtaine de personnes donc – et demande à l'État de laisser le soin aux mairies de décider des conditions d'accès aux cimetières, les soumettant notamment au fait que les agents chargés de ces lieux bénéficient eux aussi de protections adéquates. 

Dans les plus petites villes, la question de la réouverture des agences postales communales devra, selon l'AMF, être conditionnée au fait que la Poste fournisse suffisamment d'équipements. Pour les déchetteries aussi, il pourrait y avoir un fonctionnement uniquement sur prise de rendez-vous, après le déconfinement, pour protéger à la fois les usagers et les gardiens.

Reste la question des élections : l'AMF est catégorique, il faut, selon elle, élire les maires des conseils municipaux passés au premier tour fin mai, et sanctuariser les résultats du premier tour pour les autres villes, en vue d'un second tour "au plus tard la dernière quinzaine de septembre". "L'installation des conseils municipaux est le socle du fonctionnement des collectivités : ils doivent être installés le plus vite possible", selon Agnès Lebrun.

Tourisme : reprise nécessaire mais progressive

Le chapitre consacré aux lieux touristiques évoque d'entrée de jeu un "traitement différencié" : par exemple, l'AMF affirme que la réouverture des plages n'est "pas souhaitable" dans les zones urbaines ou très fréquentées, du moins tant que les bars et restaurants devront eux aussi rester fermés. En revanche dans les zones plus calmes "il est envisageable de permettre la circulation en bord de mer et sur les chemins de randonnée (…) dans le respect des mesures barrières"… et également de rouvrir l'accès à la pêche individuelle. 

Parmi les pistes de réouvertures de sites touristiques, l'AMF évoque par exemple, dans un premier temps, "le tourisme vert, les lieux patrimoniaux et les sites historiques" ainsi que les gîtes, villages de vacances et mobil-homes qui ont des cuisines et sanitaires privatifs. Mais surtout, l'association réclame à l'État un plan de reprise, qui devra être d'autant plus fort que la pression touristique sera forte, en raison de l'impossibilité de sortir du territoire :

"Permettre d’avoir cet été une économie touristique est économiquement et psychologiquement importante pour les prestataires touristiques, les petits commerces, et les Français (notamment ceux qui ont travaillé et ont besoin de répit) avant la rentrée de septembre".

Sur les événements culturels et sportifs, l'AMF demande un calendrier rapidement, notamment sur la question de l'organisation de la fête de la musique le 21 juin, des "petits festivals" d'été, ou de la fin de la saison sportive. "Des consignes générales doivent être fixées au niveau de l'État, en laissant ensuite au maire une large liberté d'application", dit le rapport, citant comme exemple les équipements qui peuvent servir à des usages personnels : médiathèques, golfs, etc. Elle n'exclut pas, en revanche, que les équipements collectifs comme les cinémas, les salles de spectacles ou les piscines restent fermés tout l'été

Commerce : une réouverture le plus vite possible

Sur le commerce, l'association demande que les commerces de seconde nécessité (opticiens, librairies, coiffeurs, pressings, etc.) soient rouverts le plus vite possible. Mais là encore, elle réclame un "protocole national" pour cadrer les besoins sanitaires de chaque magasin - ce qui semble correspondre aux premières pistes évoquées par l'exécutif.

En revanche, là où l'AMF semble vouloir aller plus vite que le gouvernement, c'est sur la réouverture des cafés, des hôtels et des restaurants

"Il serait paradoxal de permettre la réouverture des cantines scolaires et pas celle des établissements commerciaux de restauration". 

Avançant le fait qu'une nouvelle période d'inactivité, par exemple jusqu'au 14 juillet, serait dangereuse pour l'économie des restaurants, l'AMF demande une reprise progressive de l'activité, toujours selon un "protocole précis d'organisation des salles, de capacité maximale autorisée et d'adaptation des horaires d'ouverture". Idem pour les marchés, où les maires demandent que la réouverture soit la règle "sauf opposition motivée du préfet".

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