Le projet d'Emmanuel Macron de laisser, dans certaines écoles, les directeurs recruter leurs enseignants autour d'un projet innovant a surpris tout le monde. Et si, sur le terrain, les équipes se sont mises au travail pour préparer sa mise en place, l'idée ne fait pas l'unanimité, loin de là.

Emmanuel Macron, lors de son déplacement à Marseille début septembre.
Emmanuel Macron, lors de son déplacement à Marseille début septembre. © AFP / Daniel Cole

Il a surpris tout le monde. Début septembre, lors de son déplacement à Marseille, Emmanuel Macron a annoncé qu'il souhaitait qu'à la rentrée 2022, dans 50 écoles de la ville, des directeurs d'école puissent choisir leur équipe pédagogique autour d'un projet innovant. Il a promis des aides financières pour mener à bien ce projet avec des enseignants "pleinement motivés"

Mais cette déclaration a provoqué un tollé chez les directeurs et les professeurs des écoles : le recrutement des enseignants ne fait pas partie de leurs revendications. Une réunion entre le ministre de l'Éducation nationale et les syndicats est prévue ce mardi à Paris. Mais sur le terrain, à Marseille, les opérations ont déjà commencé pour mettre en œuvre l'annonce présidentielle.

Projet innovant = moyens importants

La semaine dernière, les directeurs d'écoles de Marseille ont reçu un appel à projets. Le directeur académique leur promet des moyens financiers importants en échange d'un projet innovant à présenter aujourd'hui ou au plus tard jeudi. Mais les contours sont aussi larges que flous, comme l'explique Franck Delétraz, professeur dans les quartiers nord de Marseille, et représentant départemental du SE-Unsa : "Cela doit toucher le temps de l'enfant, c'est-à-dire pas seulement le temps en classe, mais aussi le périscolaire. On demande aux directeurs d'intégrer les questions de l'inclusion scolaire, de travailler à la coéducation, avec les parents ou d'autres partenaires. On leur a dit qu'il y aurait des moyens par exemple pour des aménagements de cours, pour avoir davantage de jeux, des arbres, des cours végétalisées...On leur a dit aussi qu'il serait possible de revoir l'emploi du temps, c'est à dire avec classe le matin et sport l'après-midi, ou encore de revoir les temps de récréation. On leur demande de travailler sur les langues, sur la laïcité..." 

Cet inventaire à la Prévert fait sourire (amèrement) Franck Delétraz, qui ajoute : "C'est un peu tout ! Il n'y a pas de canevas donc les directeurs font un peu comme ils peuvent. Ils ne savent pas dans quelle direction ils vont et ils ont une petite semaine pour le faire. Or, ce n'est pas le directeur qui peut décider tout seul, cela demande du temps de réflexion, du temps de concertation. On n'est pas contre l'innovation, mais les enseignants sont vraiment partagés et ont peur parce qu'ils ne savent pas dans quoi ils s'engagent et quelles peuvent être les conséquences pour la rentrée prochaine."

Macron a pris tout le monde de court 

Dans son appel à projets, la direction académique ne parle absolument pas du recrutement des enseignants par les directeurs. Le sujet qui fâche et qui pourrait tout faire capoter. Les syndicats se demandent ce qu'il adviendra des enseignants d'une école pilote avec projet innovant où le directeur pourra recruter son équipe. Pourront-ils rester ? Pour l'instant, personne n'a la réponse. 

Le ministère de l'Éducation nationale ne donne aucune précision avant la réunion de ce mardi matin avec les organisations syndicales. "La réunion permettra d'enclencher un processus à moyen et long terme avec les acteurs locaux (académie, ville), donc nous ne nous prononçons pas sur la suite car ce serait prématuré", dit-on au cabinet de Jean-Michel Blanquer. L'annonce d'Emmanuel Macron a pris tout le monde de court, alors qu'une proposition de loi sur les directeurs d'écoles est en cours de discussion au Parlement. Il s'agit de la proposition Rilhac, qui sera examinée à l'Assemblée nationale le 29 septembre, et qui prévoit des délégations de compétences accordées aux directeurs, mais pas le recrutement des enseignants. 

Une solution qui met les écoles "en concurrence les unes avec les autres"

"Le Président a fait un choix très clair", estime Virginie Akliouat, du syndicat Snuipp des Bouches du Rhône : "Ne privilégier que 50 écoles sur une commune qui en compte 472. Pour nous, c'est créer vraiment quelque chose sans précédent, à savoir une inégalité de traitement entre les écoles d'une même commune, voire entre les écoles d'un même quartier qui accueillent le même public et donc donner des chances qui ne sont pas du tout équitables d'une école à l'autre."

Il déplore "une véritable situation d'urgence sur Marseille" à laquelle "cette solution-là ne répond pas" et met plutôt "les écoles en concurrence les unes avec les autres". "Entre celle qui pourra avoir des moyens et celle qui ne pourra pas en avoir, sans expliciter quels sont les critères retenus et sans donner les mêmes chances aux élèves de réussir."