Emanuelle est née sans avant-bras, ses jambes s’arrêtent aux genoux. Et pourtant, c’est une battante. Le site Sans-A, dont le créneau est de « rendre visibles les invisibles », a dressé d'elle un magnifique portrait le 4 novembre dernier, signé Thomas Chatriot et illustré par les photographies de Valentina Camu, membre du collectif Hans Lucas -un studio de création et de production dédié aux nouvelles écritures-. Une véritable leçon de vie.

Emanuelle, chez elle.
Emanuelle, chez elle. © Valentina Camu

La malformation d’Emanuelle vient de l’utilisation de sa mère, pendant la grossesse, d’un médicament contre la nausée : le thalidomide, un médicament connu pour ses effets ravageurs sur le fœtus. Toute petite, elle est abandonnée, ses parents ne pouvant pas assumer son handicap : elle passe son enfance de foyer en foyer : c’est une enfant de la Ddass. Elle se demande : « Pourquoi suis-je handicapée ? Pourquoi mes parents m’ont-ils abandonnée ? Du coup, je faisais plein de bêtises. Une vraie casse-cou ! » Aujourd’hui, grâce à la rééducation, elle est capable de prendre des notes, de téléphoner, de saisir des objets, et même... de rouler des joints.

A l’école des Beaux-Arts, où elle passe un an, elle rencontre une copine, dont la famille finit par l’héberger, un temps :

Quand on n’a pas de parents, on a plein de lits, partout. Le revers de la médaille : on est toujours la cinquième roue du carrosse. Dès qu’il y a un problème, c’est sur notre tronche que ça retombe. Et là, on vous fait bien comprendre que vous ne faites pas partie de la famille.

Un jour, Emanuelle se plaint à la mère de la famille qui l’héberge qu’elle a trop de problèmes. Celle-ci lui répond qu’elle n’en a pas, au contraire : « Dès lors qu’on touche de l’argent de l’Etat et qu’on ne travaille pas, il y a beaucoup de gens qui pensent que vous n’avez pas de problèmes, car on a pas de souci substantiels pour trouver de l’argent. On n’a pas ce problème-là, mais on en a d’autres. Bien pires. »

Quand elle trouve un emploi d’infographiste à la mairie de Tours, elle se rend compte que son employeur ne lui donne aucun travail à faire :

La mairie voulait son quota d’handicapés. Je faisais partie des bonnes poires.

> LIRE ET ECOUTER en intégralité : « Emanuelle, sans les mains elle épate »

Les deux auteurs de ce portrait racontent, à la radio WGR , la radio des Grands Reporters et des Ecrivains voyageurs, cette rencontre :

**Thomas Chatriot** , auteur du texte : « _En écrivant le portrait, on prend du recul sur nos vies. Après, chacun a ses problèmes à son échelle mais on relativise. On se dit que s’il y a des gens avec une telle force, qui continuent d'avancer malgré toutes ces épreuves. Ca m’a fait grandir._ » **Valentina Camu** , photographe : « _Pour un sujet aussi intimiste que celui-là, le noir et blanc apporte quelque chose de plus : on s’approche plus du sujet. Au début, elle ne voulait pas que je photographie le cannabis. Et puis elle a changé d’avis et ensuite elle était presque fière de nous montrer comment elle faisait. Ce qui est touchant, chez Emanuelle, c’est que c’est une femme très indépendante. Elle a une vie assez pleine, elle fait plein de choses, elle est très intelligente, elle lit beaucoup. Je voulais montrer comment on vivait avec un handicap de ce type, qui est quand même assez lourd._ » > Malgré sa malformation, elle arrive à tout faire. J’ai beaucoup d’admiration pour cette femme. Elle a une force de caractère assez impressionnante.
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