Pour la première fois, un tribunal allemand a utilisé les enregistrements d'une enceinte Amazon Echo dans le cadre d'un procès pour meurtre. La voix de l'homme accusé pouvait être entendue sur les enregistrements, qu'Amazon a accepté de fournir.

Des enceintes Echo, d'Amazon
Des enceintes Echo, d'Amazon © AFP / Grant Hindsley

C'est une première pour la justice allemande : mercredi, lors d'un procès au tribunal de Ratisbonne en Bavière, des enregistrements collectés par Alexa, l'assistant vocal d'Amazon, ont été utilisés comme preuves dans une affaire de meurtre. Ils ont en effet permis d'identifier l'homme accusé d'avoir tué son ex-compagne en l'étranglant durant une relation sexuelle, et de confirmer qu'il était bien sur les lieux au moment des faits.

En Allemagne, l'utilisation de tels enregistrements est prévue par la loi, qui permet la "surveillance acoustique des espaces de vie". Les enquêteurs ont donc le droit de demander à consulter ces enregistrements, puis à les utiliser comme preuves. Encore faut-il que ces deux demandes soient approuvées, ce qui est le cas dans cette affaire : Amazon a d'abord accepté, ce qui est rare, de transmettre les sons demandés (comme le précise le site Numerama, la demande doit être motivée et justifiée dûment), puis la justice allemande a accepté que ces éléments soient utilisés comme preuves – ce qui n'est pas systématique, les demandes sont étudiées au cas par cas. 

Des éléments pour contextualiser la scène de crime

Qu'entend-on sur ces enregistrements ? On ne le sait pas exactement. Mais il est plus que probable que les enquêteurs n'aient pas entendu le meurtre en lui-même : certes, les micros d'Alexa sont ouverts en permanence (à moins qu'ils soient désactivés manuellement) pour comprendre quand un utilisateur ou une utilisatrice fait appel à l'assistant vocal ; mais l'enregistrement, lui, ne se déclenche que lorsqu'il est sollicité, c'est-à-dire au moment du "Alexa", "Dis Siri" ou "Ok Google".

Autrement dit, à moins que l'enceinte se soit lancée par erreur au moment du crime, ce qu'ont pu collecter les enquêteurs, ce sont des enregistrements collectés probablement avant ou après les faits. Une demande d'allumer des lumières, de mettre de la musique, qui aurait permis d'identifier que le meurtrier présumé, qui n'habitait pas avec son ex-compagne, était bien à son domicile au moment des faits.

Aux États-Unis, il est déjà arrivé que les enregistrements d'Alexa ou de Google soient fournis à la justice dans ce genre d'affaires pour confondre les auteurs de crimes ou de délits – mais ce n'est pas systématique. Et en novembre 2019, une demande inverse avait été effectuée, rappelle Numerama : un avocat avait voulu utiliser les enregistrements pour prouver l'innocence de son client.

En Europe, et même si des dispositifs juridiques similaires existent aussi en France, la question est plus tendue, car les demandes de transmission de ce genre de données entrent en collision avec les règles de protection de la vie privée (dont le RGPD, un règlement au niveau européen). D'où le fait que les demandes soient traitées au cas par cas.

En Bavière, l'accusé, âgé de 54 ans, qu'Alexa a aidé à confondre, a été déclaré coupable et condamné "à une longue peine de prison" selon la radio publique allemande.