À la limite entre l’Ardèche et la Drôme, la petite ville du Pouzin est devenue, depuis trois semaines, une place forte des “gilets jaunes”. Chaque jour, plus de mille camions empruntent le rond-point central, à grands coups de klaxons en soutien aux “gilets jaunes” qui tiennent les lieux depuis mi-novembre.

"Macron dégage, ni gouvernements ni capitalisme", peut-on lire sur ce panneau au rond-point du Pouzin
"Macron dégage, ni gouvernements ni capitalisme", peut-on lire sur ce panneau au rond-point du Pouzin © Radio France / Thibault Lefèvre

C’est une petite commune ardéchoise de 2 800 habitants, étendue le long du Rhône, entre Valence et Montélimar. Ici, un collège, quatre hôtels et un Intermarché. Le soir du 1er décembre, une vingtaine de gendarmes ont été blessés pendant la manifestation des “gilets jaunes”. À 580 kilomètres de Paris, le Pouzin a lui aussi été le théâtre de débordements d’une violence inédite. “Vers 17 heures, des casseurs, venus de la Drôme voisine, se sont mêlés aux manifestants”, raconte France Bleu Drôme-Ardèche. La situation dégénère et ce week-end, les médias ont braqué leurs caméras sur ce bourg d'ordinaire très tranquille.

Un point stratégique pour les "gilets jaunes"

Mais au Pouzin, le mouvement des “gilets jaunes” va bien au-delà de ces échauffourées. Ici, les manifestants tiennent depuis le début. Trois semaines de blocage sur le rond-point central de la commune, au croisement de trois départementales. Depuis le 17 novembre, la situation géographique de la commune en a fait une place forte du mouvement. 

Entre Le Pouzin (à gauche) et Loriol-sur-Drôme (à droite), l'entrée de l'autoroute A7 est bloquée par un groupe de "gilets jaunes". Résulat : les camions dévient sur Le Pouzin.
Entre Le Pouzin (à gauche) et Loriol-sur-Drôme (à droite), l'entrée de l'autoroute A7 est bloquée par un groupe de "gilets jaunes". Résulat : les camions dévient sur Le Pouzin. / Google Maps

À quatre kilomètres à l’est du Pouzin, direction Loriol-sur-Drôme, on accède à l’échangeur de l’A7 - connue par nombre de vacanciers comme “l’autoroute du Soleil”. Or depuis le début du mouvement, des “gilets jaunes” filtrent l’accès au péage. Résultat : les poids-lourds ne peuvent pas s’engager et se reportent sur un itinéraire bis : la départementale, qui passe par le rond-point du Pouzin. 

"Ça klaxonnait moins pour la Coupe du monde !"

Depuis le début du mouvement, plus de mille camions passent chaque jour par ce rond-point, tenu par un groupe d’irréductibles “gilets jaunes”. À grands renforts de klaxons, les routiers leur témoignent leur soutien. “Ça klaxonnait moins pour la Coupe du monde !” Francis, 66 ans dont 50 passés au Pouzin, n’a jamais vu ça. Il habite juste en face du rond-point : “Ils attaquent à cinq heures du matin, et jusqu’à huit heures le soir, tous les jours. Il y en a qui font deux fois le tour du rond-point.

Francis observe, à quelques mètres, les "gilets jaunes" qui tiennent le rond-point du Pouzin chaque jour
Francis observe, à quelques mètres, les "gilets jaunes" qui tiennent le rond-point du Pouzin chaque jour © Radio France / Thibault Lefèvre

Un incessant ballet qui finit par jouer avec les nerfs de ce retraité à l’accent local prononcé. “Je vis avec ma fille de 35 ans, elle est handicapée et elle se déplace en fauteuil. Depuis trois semaines, on a dû bouger sa voiture qui était garée juste devant… Ça fait trois semaines qu’elle n’a pas de voiture. Moi, encore, si j’en ai marre, je vais à la montagne ou chez un ami. Mais elle, elle est obligée de rester là.

Ça énerve, et encore, on est pas des grands nerveux.

Pourtant, Francis est loin d’être hostile aux “gilets jaunes”. C’est même tout le contraire. Bien sûr que je les soutiens, je n’arrive pas à comprendre que des gens ne les soutiennent pas.” Parfois, il enfile son gilet jaune et va rejoindre les manifestants sur le rond-point. Lorsqu’on lui demande s’il a déjà vécu une telle période, pas d’hésitation : “Il y a eu Mai-68 !” Il y a cinquante ans, Francis avait 16 ans, et il était déjà là. Mais à l’époque, “il n’y avait pas de rond-point. Il passait quatre voitures et deux camions… Et encore, aux heures de pointe !

"En 68, les gens étaient moins nerveux"

Alors que, sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes n’hésitent pas à faire le parallèle entre Mai-68 et les “gilets jaunes”, l’ado de l’époque se souvient d’une période différente. “C’était pas pareil. Ici, on avait défilé un peu, on avait monté un syndicat. Mais tout se passait à Paris. On vit un grand moment d’histoire, mais ce n’est pas comparable à 68." Ce week-end, Francis a vu arriver les casseurs sur le rond-point. Même s'il précise qu'il n'y a pas eu de vandalisme sur les habitations et les commerces alentour, "à l’époque, les gens étaient moins nerveux", estime-t-il.

Aujourd’hui, lorsqu’on lui demande son avis sur l’issue du mouvement des “gilets jaunes”, Francis est dubitatif. “Il faut que le gouvernement lâche. Quand il aura lâché, je pense qu’il n’y aura plus de klaxons. Mais c’est pas demain la veille.

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