Chaque année, Time affiche une personnalité en couverture. La plupart des personnes choisies jusqu'ici ont été des hommes. Le magazine américain a donc décidé de recréer des Unes de "Femme de l'année" pour tenter de mettre en lumière celles qui ont fait l'Histoire, mais ont été éclipsées.

Le magazine Time revisite ses personnalités de l'année en réhabilitant des femmes, souvent éclipsées de cette couverture.
Le magazine Time revisite ses personnalités de l'année en réhabilitant des femmes, souvent éclipsées de cette couverture. © Capture d'écran / Time

Pendant 72 ans, Time Magazine a désigné un "homme de l'année", laissant peu de doutes sur le sexe de la plupart des personnes désignées (Premier ministre, patron de l'industrie...). À partir de 1999, il se met à choisir une "personne de l'année". Mais, en tout, seules 11 femmes auront fait la couverture. Pour réparer cette injustice, à l'occasion de la journée des droits des femmes le 8 mars, Time a décidé de créer et imprimer 89 Unes de "femme de l'année" supplémentaires. La plupart des femmes choisies sont américaines, mais cela reste l'occasion de revenir sur leur parcours, car elles ont longtemps été délaissées au profit de personnalités masculines.

Revisiter le XXème siècle avec des femmes influentes

  • 1920 : Les suffragistes

Parmi les personnalités qui retrouvent un peu de lumière, il y a d'abord les suffragistes, menées par Carrie Chapman Catt, sur la Une fictive de l'année 1920. Cette année-là, elles ont obtenu l'adoption de 19ème amendement de la Constitution qui garantit le droit de vote des femmes au niveau national.

  • 1934 : Mary McLeod Bethune

Mary McLeod Bethune est la femme de l'année 1934. La militante des droits civiques des Afro-Américains a d'abord passé son enfance dans les champs de coton, avant d'aller à l'université et de fonder une école destinée aux jeunes filles et garçons noirs. Elle a l'oreille de celui qui a réellement été désigné "personne de l'année" par Time, le président Franklin D. Roosevelt, élu en 1932. En 1935, elle fonde le Conseil national des femmes noires.

  • 1949 : Simone de Beauvoir

En 1949, c'est une Française qui marque l'année selon l'hebdomadaire, remplaçant ainsi Winston Churchill. Simone de Beauvoir publie cette année-là Le Deuxième Sexe, une référence en matière de philosophie féministe, puisqu'elle y dézingue l'idée d'une "essence immuable" féminine, explorant les rôles qui leurs ont été assignés et une autre façon de concevoir les rapports entre les femmes et les hommes.

  • 1953 : Rosalind Franklin

À la place du chancelier fédéral allemand, Konrad Adenauer, Rosalind Franklin occupe la position de femme de l'année 1953. En effet, en 1953, James Watson et Francis Crick publient les résultats de leurs travaux sur l'ADN, prouvant sa structure en double hélice. Mais tout le monde a oublié qu'il n'auraient jamais pu faire cette découverte, pour laquelle ils ont obtenu le prix Nobel, sans les recherches de cette scientifique. C'est elle, en effet, qui est parvenue à réaliser des clichés d'ADN obtenus aux rayons X. Mais la chimiste mourra bien avant d'obtenir une reconnaissance, avec le prix Louisa-Gross-Horwitz de la recherche fondamentale, en 2008.

  • 1969 : Marsha P. Johnson

C'est une femme transgenre et drag queen américaine qui occupe la Une en 1969, Marsha P. Johnson. C'est l'une des militantes clés du soulèvement de Stonewall en juin 1969, faisant face à la police alors qu'ils faisaient une descente dans un bar gay de la Christopher Park, à New York. Ce n'est que 50 ans plus tard qu'une statue sera érigée en hommage à son action pour les droits civiques des homosexuels, dans ce même quartier de Greenwich Village de Manhattan.

  • 1977 : Judith Heumann

Les activistes des droits des personnes handicapées acquièrent rarement une visibilité. L'Américaine Judith Heumann n'y échappe pas et elle obtient par cette Une de Time de 1977 une petite réparation. Atteinte de la polio, elle est en fauteuil roulant dès son plus jeune âge. Dès l'université, elle organise des rassemblements, notamment pour améliorer l'accès des étudiants handicapés aux salles de classe. Plus tard, elle devient la première enseignante en fauteuil roulant à New York, après s'être battue contre la discrimination dont elle avait fait l'objet de la part du Conseil de l'Éducation de la ville. Le 4 mai 1977, après 28 jours de sit-in, elle obtient, avec d'autres activistes, l'application d'une loi pour la protection des personnes handicapées.

  • 1984 : Gloria Jean Watkins

Son ouvrage publié en 1984 fut un moment déterminé dans le courant féministe. Plus connue sous son nom de plume bell hooks, Gloria Jean Watkins est l'auteur de De la marge au centre : Théorie féministe. Elle y poursuit sa réflexion entamée dans Ne suis-je pas une femme ?, paru en 1981. Elle constate l'échec du féminisme de masse du XXème siècle à intégrer dans leur pensée les femmes noires et/ou des classes populaires. Une analyse qui lui vaut d'être identifiée comme une féministe "intersectionnelle".

  • 1997 : Ellen DeGeneres

La comédienne et animatrice de télévision, Ellen DeGeneres, a bien été en couverture de Time en 1997, où elle clamait : “Yep, I’m gay” ("Ouais, je suis gay"), mais cette fois, le magasine la nomme "personne de l'année". À l'époque, elle était l'héroïne du sitcom Ellen, diffusé à la télé aux États-Unis. Elle fut la première à jouer le rôle d'une femme lesbienne sur la chaîne de télévision américaine, faisant dans le même temps son "coming out" publiquement. Une prise de risque qui a valeur d'exemple pour beaucoup de personnes LGBT.

11 femmes ont réellement été désignées "personnes de l'année"

  • Des femmes qui ne sont pas que des épouses

Les 11 femmes qui avaient originellement été désignées par Time ont été conservées. La première d'entre elles est Wallis Simpson ("personne de l'année" 1936), une Américaine devenue duchesse de Windsor, après avec épousé le prince Édouard. Le duc devenu roi, il choisit d'abdiquer pour se marier avec celle qu'il aime, une femme deux fois divorcée, ce qui était très mal vu.

Pour l'année 1937, Soong Mei-ling apparaît aux côtés de son époux Tchang Kaï-chek. Celle qu'on appelait "Mme Tchang Kaï-chek" lui a en fait permis d'accéder au pouvoir, devenant elle-même la Première dame de la république de Chine, puis celle de Taïwan. C'est elle, aussi, qui contribua à faire libérer Tchang Kaï-chek, pris en otage par un seigneur de la guerre, en 1936, devenant ainsi une icône de la résistance anti-nippon. Principale ambassadrice du régime chinois à l'étranger, elle acquiert une grande popularité aux États-Unis.

  • Des femmes de pouvoir

Il faudra attendre 1952, pour qu'un autre "symbole du pouvoir" féminin fasse la couverture de la "personne de l'année". Il s'agit de la reine Élisabeth II, seule en Une cette fois-ci. En 1986, c'est la Première femme présidente des Philippines, Corazon Aquino, qui est désignée. 

Entre-temps, 12 "femmes de l'année"sont désignées en 1975, symbolisant le pouvoir croissant des femmes dans de nombreux domaines, mais "la personne de l'année" que TIME reconnaissait était moins l'une d'entre elles que "Les femmes américaines" globalement", admet le magazine.

La présence féminine s’accroît dans les années 2010, avec la chancelière allemande "du monde libre", Angela Merkel (2015), puis un groupe de femmes, les "briseuses de silence" (2017). Cinq femmes qui ont pris la parole pour dénoncer le harcèlement sexuel : l'actrice Ashley Judd, la lobbyiste Adama Iwu, l'ingénieure en logiciel Susan Fowler, la chanteuse Taylor Swift et l'employée agricole Isabel Pascual. 

  • L'activiste de l'année

La dernière en date est Greta Thunberg (2019), la jeune suédoise devenue une véritable icône pour des millions de militants du climat à travers le monde, en particulier après son discours à la tribune des Nations Unies, où elle interpellait les puissants sur leur inaction pour la planète. C'est elle qui est à l'origine du mouvement de grève des écoles pour le climat, démarré il y a tout juste un an.

De nombreuses femmes ont déjà marqué cette année 2020. Peut-être que l'une d'entre elles sera la prochaine personnalité de l'année désignée par Time.

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