Le président de la République et le président de l'Assemblée nationale ont ouvert la voie à des aménagements de la limitation à 80km/heure et font naître des craintes d'une disparition de la mesure pour les associations de sécurité routière. Pourtant les premiers chiffres de mortalité routière lui sont favorables.

Le gouvernement laisse entendre que des aménagements locaux seraient possibles pour déroger à l'impopulaire limitation à 80km/h, en vigueur depuis juillet 2018.
Le gouvernement laisse entendre que des aménagements locaux seraient possibles pour déroger à l'impopulaire limitation à 80km/h, en vigueur depuis juillet 2018. © AFP / SEBASTIEN BOZON

En envisageant un "aménagement" de la limitation de vitesse à 80km/heure sur les routes secondaires sans séparateur central, à la discrétion des responsables départementaux , le gouvernement enterre-t-il la mesure chère à Edouard Philippe ? Emmanuel Macron, qui a laissé son Premier ministre défendre la mesure, a amorcé un premier pas en arrière le 15 janvier, en ouvrant la porte à des aménagements au niveau local. "Il faut ensemble que l'on trouve une manière plus intelligente de le mettre en œuvre. Il n'y a pas de dogme", a-t-il lancé aux 600 maires rassemblés à Grand Bourgtheroulde (Eure) pour le grand débat national.

"Il me semble qu'il faut garder cette règle-là, mais qu'on pourrait utilement donner aux présidents de conseils départementaux et aux préfets l'autorité conjointe pour déroger à cette règle lorsque soit elle n'est pas applicable, pas tenable, soit lorsque elle doit être modifiée", a insisté à son tour dimanche le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, un proche du Président.

Mais pour les associations de sécurité routière, toute possibilité d'aménagement de la mesure serait synonyme d'enterrement, alors même que le gouvernement doit annoncer lundi une baisse du nombre de tués sur les routes en 2018, avec une première tendance annoncée dès mercredi dernier par Laurent Nuñez, secrétaire d'État à l'Intérieur, devant le Sénat. Sur les 400 000 km de route concernés par la nouvelle limitation, en vigueur depuis juillet dernier : "Selon de premiers chiffres provisoires, sur ce réseau secondaire, [...] le nombre de morts a baissé de 13 % par rapport à 2017."

Ce dimanche, depuis le Caire, Emmanuel Macron a tempéré sa position, affirmant que la mesure, si impopulaire soit-elle, "est utile et efficace". En appelant au "pragmatisme", le président de la République espère réconcilier "beaucoup de gens autour de cette mesure" : "Je pense qu’on peut trouver le bon chemin en ne lâchant rien des objectifs et de l’efficacité et en réussissant à remettre de la concertation et du pragmatisme local."

Effet contesté sur la sécurité routière par les opposants, plébiscités par les autres

"Ça va être compliqué de nous dire que les 80 km/h ne marchent pas", glisse-t-on à Matignon, alors que l'opposition à la mesure a redoublé en fin d'année avec le mouvement des "gilets jaunes", qui a vu la dégradation ou la destruction de 60% des radars routiers, selon le ministère de l'Intérieur.

Sans atteindre le plus-bas historique de 2013 (3 427 morts), 2018 devrait marquer un net renversement de tendance, après trois années consécutives de hausse entre 2014 et 2016 - du jamais-vu depuis 1972 - puis une quasi-stagnation en 2017 (3 684 morts). 

Sur les onze premiers mois de 2018, la Sécurité routière avait recensé 3 176 tués (métropole et Outre-mer confondus), soit 193 de moins qu'entre janvier et novembre 2017.

Ces estimations sont contestées par les anti-80 km/h, engagés depuis des mois dans une guerre de chiffres. "La mortalité routière était déjà largement orientée à la baisse une année avant l'entrée en vigueur des 80 km/h. (...) La mise en œuvre de cette nouvelle limitation n'a eu aucun impact sur la réduction du nombre de morts sur nos routes", martelait encore vendredi l'association 40 millions d'automobilistes. 

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. © AFP / Vincent LEFAI, Jean Michel CORNU
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