Les acteurs vinicoles agissent auprès du gouvernement pour donner au vin une image moins néfaste que celle des autres boissons alcoolisées. Des lobbies puissants jusqu'au plus haut niveau de l'État contre lesquels s'oppose la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ainsi que le milieu sanitaire.

Audrey Bourolleau, nommée "conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural" à l’Elysée, auprès d'Emmanuel Macron, est aussi l'ancienne déléguée générale de "Vin & Société"
Audrey Bourolleau, nommée "conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural" à l’Elysée, auprès d'Emmanuel Macron, est aussi l'ancienne déléguée générale de "Vin & Société" © Maxppp / Thibaud MORITZ

Dès que l'on parle de vin et de santé, il y a en France une ambiguïté entretenue par les producteurs et les distributeurs de vin. 

Cette confusion a été relancée il y a quelques jours par une polémique : le président des interprofessionnels du vin s'est réjoui d'un courrier de l'Élysée qui lui proposait de participer à une politique de prévention.

Le vin n'est-il pas un alcool comme les autres ?

"Le vin c'est une boisson alcoolisée comme les autres, rappelle Jean-Pierre Couteron, addictologue et président de la fédération addiction, puisqu'elle contient la même molécule d'éthanol, a donc le même risque par rapport au cancer et aux maladies associées à cette molécule." 

Le spécialiste explique que notre culture française a historiquement valorisé le vin comme un incontournable tant sur un plan culturel, gastronomique que dans le vivre ensemble, ce qui fait du vin, en France, "un alcool un peu différent" des autres. Mais pas pour notre organisme. Le vin, appuie Jean-Pierre Couteron, a bien les mêmes effets "sur le plan de la maladie et du risque sanitaire" : "Le vin ne doit pas être traité différemment sur le plan de la prévention, il doit être soumis aux mêmes restrictions d'accès, aux mêmes précautions, surtout qu'on nous vend parfois le vin, justement dans ces traditions, dans une consommation raisonnable, gustative, œnologique."

Une prévention d'autant plus importante que la commercialisation à grande échelle du vin démontre, par sa quantité vendue, que c'est "la quantité d'éthanol absorbé qui est recherchée et pas forcément l'expérience gustative, qui est modérée".

Des défenseurs du vin jusqu'à l'Élysée

Le vin est plutôt bien défendu en France. Ses filières sont bien présentes jusqu'aux plus hauts niveaux : la conseillère agriculture de l'Élysée, Audrey Bourolleau, est l'ancienne déléguée générale de "Vin & société"

Un milieu qui semble très bien reçu, au grand damn des acteurs du milieu sanitaire. L'un d'entre eux déplore n'avoir été que très peu concerté ou invité alors que le camp adverse se voit confier cette mission de prévention. 

"Du côté du gouvernement et de l'Élysée et un peu du ministère de la Santé, relève-t-il, on a plutôt reçu et écrit aux industriels et à leurs représentants et on ne nous a pas encore concertés directement ou ne nous a pas encore invités. 

Non pas que le milieu sanitaire refuse l'implication des acteurs vinicoles, mais il craint un manque d'arbitrage : "Que l'on discute entre acteurs d'un même domaine, pourquoi pas, mais entre nous, au même moment et chacun d'entre nous en étant clairs sur les intérêts que nous défendons, sous mandat et sous contrôle de l'autorité sanitaire."

Pas d'ambiguïté cependant du côté d'Agnès Buzyn, qui a critiqué ce double discours autour du vin. La ministre de la Santé a réaffirmé que l'alcool était mauvais pour la santé et qu'il fallait une information claire pour que chacun fasse ses choix pour sa santé.

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