C'est une étude glaçante révélée par l'IGAS, l'Inspection générale des affaires sociales. En France, un enfant est tué par l'un de ses parents tous les cinq jours en moyenne. Et les chiffres ne diminuent pas au fil des années.

Les enfants les plus jeunes sont particulièrement vulnérables, pointe l'étude.
Les enfants les plus jeunes sont particulièrement vulnérables, pointe l'étude. © Maxppp / Nicolas Parent

Le calvaire de la petite Fiona, les huit infanticides de Dominique Cottrez, l'affaire des bébés congelés : régulièrement, des affaires impliquant des meurtres d'enfants, sont propulsées sur le devant de la scène médiatique. Elles semblent incompréhensibles, inexplicables, injustifiables aux yeux de la plupart des gens. Ces affaires devenues célèbres ne sont, hélas, que la partie émergée de l'iceberg. 

363 meurtres identifiés entre 2012 et 2016 

L'IGAS, en partenariat avec l'Inspection générale de la justice (IGJ) et celle de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), a publié le 25 avril dans un rapport, des chiffres nouveaux : en France, un enfant est tué par l'un de ses parents tous les cinq jours. Pour en arriver à ce chiffre, l'enquête a recensé tous les meurtres d'enfants traités par des juridictions françaises entre 2012 et 2016, soit 363 décès. Les enfants les plus jeunes sont particulièrement concernés.

Le rapport explique que ces meurtres d'enfants représentent "un peu moins de 10 %" du nombre total d'homicides sur le territoire national. Mais ce chiffre pourrait en réalité être bien plus élevé : en effet, l'étude ne prend pas en compte le "chiffre noir" des meurtres non révélés de bébés tués dès la naissance, et de ceux non détectés, qui passent pour des morts naturelles ou des morts subites du nourrisson, alors qu'il s'agit en réalité de traumatismes tels que le SBS (Syndrome du bébé secoué). 

Les parents infanticides sont souvent violents entre eux

L'étude révèle des similitudes dans ces affaires. Elle pointe "un lien très fort entre violence conjugale et violences commises sur les enfants". La plupart des dossiers montrent chez les parents des addictions et des troubles psychiatriques, comme des troubles de la personnalité. De nombreux parents auteurs d'infanticides "se sont donnés la mort ou on fait l'objet d'un non-lieu pour abolition du discernement", précise l'étude. 

Par ailleurs, les auteurs sont "très majoritairement les parents biologiques" des enfants, en précisant que "ce sont principalement les pères qui sont responsables" des morts par syndrome du bébé secoué.  Le cas des "néonaticides", les meurtres commis à la naissance, concerne souvent des mères "au parcours chaotique", et des victimes issues de grossesses non suivies ni déclarées.

Des drames évitables ?

Selon les résultats de l'étude, "plus de la moitié des enfants concernés avaient subi avant leur mort des violences graves et répétées [...] souvent repérées par des professionnels". Des signes avant-coureurs existaient et avaient été signalés. Pour autant, cela n'a pas permis de protéger les enfants. En réponse, les auteurs du rapport pointent la nécessité de "mieux organiser l'échange des informations" entre les services médico-sociaux, l'école, la police et la justice. Ils préconisent aussi d'autres recommandations : 

  • L'autopsie systématique des enfants de moins d'un an décédés de cause inexpliquée,
  • La mise en place d'examens médicaux à l'école, sans la présence des parents,
  • Un suivi plus poussé de l'absentéisme scolaire,
  • Une vigilance particulière sur les autres signes qui doivent alerter : violence conjugale, addictions et troubles de la personnalité des parents,
  • Davantage de prévention du côté des parents, avec des actions de préparation à la parentalité envers les pères et un meilleur accompagnement des femmes dans la maîtrise de la contraception.

Enfin, pour ce faire, il faudra des moyens, conclut l'étude. La prévention et la protection de l'enfance devront se voir allouer un budget nécessaire pour mettre en oeuvre ces pratiques.

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