La semaine dernière, une émission satirique italienne a parodié l'ancien ministre Matteo Renzi en utilisant une technique d'intelligence artificielle, le "deepfake", censée offrir un rendu plus vrai que nature. Des spectateurs n'y ont vu que du feu, et la réaction bienveillante de Renzi a suscité de vives réactions.

Le visage de Matteo Renzi artificiellement collé par la technique du deepfake
Le visage de Matteo Renzi artificiellement collé par la technique du deepfake © Capture d'écran

La séquence a été diffusée le 23 septembre dernier à la télévision italienne, dans l'émission "Striscia la notizia", qui traite l'information sous un angle satirique - quelque part entre "Quotidien" et "Les Guignols". On y voit l'ancien ministre de l'Intérieur italien, Matteo Renzi, juste avant le tournage d'une interview en duplex. Sur ces images tournées à son insu, il insulte plusieurs personnalités politiques du pays dont le président du Conseil Giuseppe Conte et le ministre des Affaires Etrangères Luigi di Maio, grands bras d'honneur à l'appui. 

Sauf que... ces images sont fausses. L'émission a tourné les images avec un imitateur reprenant la voix et la gestuelle de Renzi, et a appliqué sur son visage, en utilisant une technologie d'intelligence artificielle appelée "deepfake", le visage de l'ancien ministre. Sur son site web, l'émission précise que ce résultat est "pour le moment unique au monde". 

Mais si les publications sur les réseaux sociaux sont catégoriques sur le fait qu'il s'agit d'une parodie, ce n'était pas le cas de la version diffusée à la télévision. Résultat, plusieurs téléspectateurs ont vivement réagi sur les réseaux sociaux, comme le montre ce tweet du journaliste italien Luca Misculin. "Pensez à votre grand mère assise sur le canapé devant la télé, après le dîner", note-t-il. 

Plus inquiétant : le principal intéressé, Matteo Renzi, s'est amusé de cette parodie. "L'imitation est parfaite, mais c'est une imitation", écrit-il sur son compte Instagram, avec une capture d'écran de la séquence, passant à côté de la portée dangereuse de montages d'un tel réalisme. 

"Portée dévastatrice"

Largement attaqué sur les réseaux sociaux, Renzi est revenu sur ses propos dans un post publié sur sa page Facebook : "Effectivement, j'ai sous-évalué la portée potentiellement dévastatrice du deepfake, la nouvelle technique de pointe des fake news", dit-il. Ces fausses images sont en effet de plus en plus faciles à réaliser et leur rendu est de plus en plus crédible. 

Ainsi d'autres cas de duperie ont eu lieu ces derniers mois : en mai dernier le parti socialiste flamand, en Belgique, a publié une fausse vidéo de Donald Trump appelant la Belgique à quitter l'accord de Paris. La révélation de la supercherie ("Tout le monde sait bien que le changement climatique c'est faux... comme cette vidéo") n'étant pas sous-titrée, elle a été prise comme telle par une partie des internautes.  

Sortie début septembre, l'application chinoise Zao permet de coller des visages facilement sur des images existantes. Pour l'heure on peut seulement sélectionner une banque de séquences vidéo prédéfinie, mais l'application, de par sa simplicité d'utilisation, a suscité de nombreuses inquiétudes. La méthode a par exemple permis en février dernier à l'émission Complément d'Enquête de France 2 de faire dire à Emmanuel Macron qu'il se lançait dans la télévision

Depuis quelques semaines, de la même façon, un compte YouTube anonyme nommé simplement "French Faker" publie une série de séquences truquées, la plupart mélangeant des politiques à des images de films ou de télévisions étrangères, comme celle-ci, représentant Marine Le Pen sous les traits d'une présentatrice de journal télévisé en arabe.

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