Le gouvernement s'y dit favorable, et la filiale néo-zélandaise du groupe Unilever a décidé de franchir le pas, en expérimentant pendant un an la semaine de quatre jours de travail sans baisse de salaire. Une petite centaine de salariés sont éligibles et en cas de succès, le groupe pourrait l'étendre au niveau mondial.

C'est le groupe Unilever (ici son siège social à Rotterdam) va lancer cette expérimentation
C'est le groupe Unilever (ici son siège social à Rotterdam) va lancer cette expérimentation © Sipa / John Thys

C'est une mesure qui en fait rêver beaucoup : plus de la moitié des travailleurs français (60 %) souhaiteraient en bénéficier, selon un sondage réalisé en 2009 par le cabinet ADP, même avec une baisse de salaire ou des journées plus longues. Avec cette expérience, le groupe Unilever propose de passer à une semaine de travail de quatre jours, avec le même salaire, pour 81 de ses employés en Nouvelle-Zélande.

Elle suit plus largement le cap initié par la Première ministre locale, Jacinda Ardern, triomphalement réélue en octobre dernier. Elle proposait en mai de passer à la semaine de quatre jours pour aider à relancer l'économie, plombée par la crise du coronavirus Covid-19 et 7 semaines de confinement.

"Notre objectif est de mesurer la performance sur la production, pas sur le temps", assure de son côté Nick Bangs, le patron de la branchez néo-zélandaise d'Unilever. "Nous pensons que l'ancienne façon de travailler est passée et n'est plus adaptée."

L'entreprise espère évidemment tirer un profit à long terme de cette expérimentation : elle mise sur le fait qu'en permettant une plus grande flexibilité dans le temps de travail, elle obtiendra une plus grande productivité des salariés. Les résultats seront analysés par l'Université de technologies de Sydney.

Des expérimentations en demi-teinte en Europe

Ce n'est pas la première entreprise à tenter de passer à quatre jours de travail par semaine, mais jusqu'ici la mesure a toujours été prise avec des contreparties lourdes pour les salariés. En 1993 par exemple, un accord a été signé chez Volkswagen en Allemagne, pour passer à une semaine de quatre jours, mais avec une baisse de salaire de 20 %, pour sauver les emplois dans l'entreprise. Mais l'arrivée de nouveau modèles de voitures, nécessitant plus d'heures de travail, a provoqué l'abandon de cette expérience.

En France, une autre expérimentation a été menée via la loi Robien sur l'aménagement du temps de travail, votée en 1996. Elle proposait aux entreprises volontaires de diminuer le temps de travail de leurs salariés, en échange d'allègement de cotisations patronales. Elle a été abrogée en 1998 par les lois Aubry et le passage aux 35h hebdomadaires.

En 1999, une enquête de l'institut Louis Harris montrait qu'un quart des salariés passés à la semaine de quatre jours via un accord prévu par la loi Robien en avaient une opinion mitigée, dénonçant notamment une dégradation de leurs conditions de travail. Les salariés les plus jeunes, en revanche, étaient les plus convaincus par le dispositif.

La semaine de quatre jours est notamment défendue en France par des hommes politiques comme Jacques Delors ou Pierre Larrouturou (qui défend l'idée depuis 1993). Pour ce dernier, le passage à quatre jours de travail hebdomadaire, en répartissant mieux les emplois parmi la population, est l'une des solutions à la crise économique actuelle.