Ses avocats n’étaient pas là, mais sa fille oui. C’est donc avec sa visiteuse la plus régulière que Michel Neyret a quitté hier, discrètement, la prison de la Santé. Ses avocats, malins et peu enclins à l’esbroufe, avaient juste laissé filtrer leur espoir d’une "libération en fin de semaine". Bien joué ; zéro photo.

Quand ses avocats, lundi, ont déposé la demande de remise en liberté de l’ex n°2 de la PJ de Lyon, ils ont proposé d’eux-mêmes un "contrôle judiciaire strict". C’est ce qu’ils ont obtenu : pointage quotidien, sauf le dimanche, interdiction de s’entretenir avec ses co-mis en examen et limitation des déplacements. Michel Neyret a indiqué où il résiderait, et il n’a pas le droit de se déplacer sans autorisation. Le voilà donc quasi interdit de séjour à Lyon, où il a construit (et détruit) sa carrière, où il était au cœur de la vie policièro-truandesque.

Où est-il depuis hier ? Peut être dans sa région natale, la Lorraine. Que va-t-il faire de ses journées ? Pour un de ses avocats, Me Versini-Bullara, le simple fait "d’ouvrir sa fenêtre le matin, et de voir un horizon sans barreau après presque 8 mois de prison" va déjà lui faire du bien. Et pour lui occuper l’esprit, ses avocats disent vouloir lui proposer quelques activités autres que la relecture de son dossier judiciaire (1800 cotes judiciaires).

La libération est-elle un signe que le dossier s’est affaibli, ou que l’ex-n°2 de la PJ lyonnaise est moins dans le viseur des magistrats ? Non, d’ailleurs la veille de la remise de liberté de Michel Neyret, la justice avait validé l’ensemble de la procédure. Mais, explique son autre avocat, Me Sauvayre, "au cours des longues auditions dans le bureau du juge, les points capitaux ont été abordés. Et une forme de relation de confiance s’est installée entre Neyret et les juges. Qu’ils acceptent et soutiennent sa remise en liberté est le signe qu’ils ont confiance en lui".

Michel Neyret nie toujours les faits qui lui sont reprochés. La justice le soupçonne corrompu, lui se voit imprudent. Sa défense tourne toujours autour de sa "fierté" d’être policier et d’avoir mis des voyous à l’ombre. Les voyages, les bijoux, les séjours de luxe payés par des truands lyonnais n’étaient dans son esprit qu’une ruse pour leur soutirer des infos. Le shit que ses subordonnés allaient –sur son ordre- piquer dans les scellés n’étaient qu’un moyen de payer des indics.

C’est sa version, pas celle de la justice, qui maintient qu’il vendait à ses "amigos" du milieu des fiches de recherche PJ ou Interpol. Qui maintient qu’une montre à pas loin de 30 000 euros n’est pas l’anodine contrepartie offerte–c’est ce que répond Neyret - parce qu’il a décroché pour un voyou cinéphile un petit rôle sur le tournage du film "les Lyonnais", d’Olivier Marchal. Sans compter les reproches de ses ex collègues, qui en veulent à l’ancien taulier d’avoir fait plonger avec lui d’autres flics, et qui révélaient à France Inter il y a quelques mois que Neyret, pris par ses virées nocturnes en compagnie de bonhommes au casier judiciaire aussi chargés qu’un go-fast en Porsche Cayenne, "maquereautait leurs tontons".

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