Ce mardi matin, Edouard Philippe a annoncé, entre autres, la mise en place d'un moratoire sur les taxes sur le carburant. Sur les nombreux groupes Facebook réunissant les "gilets jaunes", la mesure n'apaise pas le contentement des personnes mobilisées. Loin de là.

Les gilets jaunes réagissent sur leurs pages Facebook
Les gilets jaunes réagissent sur leurs pages Facebook © Capture d'écran

C'est le premier pas avancé par le gouvernement en direction des "gilets jaunes" et de leur mouvement : ce mardi matin, Edouard Philippe annoncé plusieurs mesures dont la mise en place d'un moratoire de six mois sur les hausses de taxes des carburants. Une décision prise dans la soirée lundi, lors d'une réunion de crise présidée par Emmanuel Macron. 

Comment la nouvelle fait-elle réagir les "gilets jaunes" mobilisés sur Facebook ? Mardi matin, entre posts sur de nouveaux blocages, sur l'organisation de la journée de samedi ou réactions à des pages et événements supprimés du réseau social, les personnes mobilisées ont fait part, essentiellement... de leur mécontentement

"Il continue à vouloir nous prendre pour des pigeons"

Sur la page "La France en Colère !!!", qui compte plus de 271 000 personnes, les annonces du Premier ministre ont immédiatement suscités plusieurs centaines de commentaires. "Poudre de perlinpinpin", "il nous enfume", "foutage de gueule" font partie des premiers commentaires

Une publication dédiée aux réactions sur le direct d'Edouard Philippe a reçu, en à peine deux heures, près de 1 000 commentaires. Parmi eux, certains emploient un langage fleuri, évoquant "avec le verbiage approprié, l'étalage d'une couche de vaseline, dans toutes les règles de l'art, là où ça nous fait mal". "On a le sentiment qu'il n'a pas bien entendu contrairement à ce qu'il dit ; il continue à vouloir nous prendre pour des pigeons", affirme un autre utilisateur. 

Certains mesurent un peu plus le propos : "Arrêtez cette liste de revendications, plus il y en a plus ils ont d'issues de secours pour s'en sortir et nous endormir sur autre chose", affirme l'un d'eux. D'autres, au contraire, font la liste de tout ce qu'ils souhaitent voir changer : "Il reste à régler la nouvelle loi sur la pension de reversion, la revalorisation des salaires, pour les retraités supprimer la hausse de la CSG, remettre l'ISF, et le CICE pour les PME supprimé bientôt". 

"Faudra recommencer l'an prochain ?"

Peu avant, un autre membre a signalé l'information : "Edouard Philippe va annoncer un moratoire sur la hausse de la taxe des carburants. Moratoire : suspension provisoire ! Donc, faudra recommencer l'an prochain ? Négatif !", peut-on lire. "Le gouvernement puise leur pouvoir dans nos peurs, dans notre facilité à céder", réagit un autre internaute. Un autre, encore, affirme :

"Ils se foutent de notre gueule : il y a le feu en France et ils proposent d'éteindre l'étincelle qui a allumé la poudre... mais provisoirement. On n'est pas des débiles profonds, messieurs les énarques". 

Sur cette même page, Eric Drouet, l'un des porte-parole du mouvement, a lancé un sondage mardi en fin de matinée. A la question "Vous avez été convaincu par les annonces", 55 minutes après la publication, 291 personnes répondaient "Non, action dans ma région samedi", 224 disent "Non, Paris samedi !", 164 se disent "pas du tout satisfaits", 85 veulent "ne rien lâcher", 78 demandent "un référendum sur la réforme des institutions et de la fiscalité (pour commencer)", 26 militent pour des "actions et manifs tout le week-end en France"... et seules trois personnes répondent "oui".  

Le sondage lancé par Eric Drouet sur Facebook
Le sondage lancé par Eric Drouet sur Facebook / Capture d'écran Facebook

"Tant de sang, de morts, de blessés"

Certains se montrent plus mesurés et semblent saluer l'annonce d'un moratoire... tout en affirmant qu'il faut aller plus loin : sur le groupe "Je suis gilet jaune", on peut lire une publication qui affirme : "On a peut-être gagné la bataille, avec le moratoire de la taxe carbone sur les carburants, mais pas la guerre. On ne lâche rien tant qu'on n'a pas gagné ou regagné notre dignité et fierté au travers de notre pouvoir d'achat". Une autre page, nommée "La Voix du Citoyen", affirme que "les citoyens et les citoyennes ne sont pas des vaches à lait".

"Macron se moque de nous ? Un moratoire sur les carburants ? Tant de sang, de morts, de blessés, de souffrance au quotidien, etc." 

Sur certains groupes, des membres rappellent la définition du moratoire... et en déduisent que l'annonce de Matignon est un "enfumage". De nombreux utilisateurs reprochent au gouvernement de décaler les taxes plutôt que de les supprimer, autrement dit, de "reculer pour mieux sauter". 

L'un des posts Facebook visibles ce matin
L'un des posts Facebook visibles ce matin

Et si certains semblent se satisfaire de ces annonces, comme le membre d'un groupe "Gilet Jaune" qui appelle à "aller déposer nos gilets jaunes le 8 décembre en guise de victoire, à l'Arc de Triomphe", il est vite repris par les autres utilisateurs : "Victoire ? Tu nommes ça une victoire ? Ils vous endorment tous", dit l'un d'eux ; "Un moratoire c'est pas une bonne nouvelle, c'est juste suspendu pour mieux nous la mettre", affirme un autre. 

D'autres problématiques

Mais un tour sur les pages Faceboook des "gilets jaunes" montre que ce mardi, les utilisateurs ont bien d'autres préoccupations, au-delà des annonces du gouvernement. Les groupes sont d'abord marqués par des dissensions internes, plusieurs membres affirmant qu'il y a "trop de frontistes" dans leurs rangs, d'autres répliquant que ces reproches sont orchestrés pour affaiblir le mouvement. 

Les blocages actuels et l'organisation de la mobilisation de samedi prochain sont aussi à l'ordre du jour, ainsi que de nombreuses réactions au traité qui doit être signé le 10 décembre par la France et qui selon les gilets jaunes "met la France sous le contrôle de l'ONU". 

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