Jacques Leleu, militant de la CGT et de la France Insoumise, fait partie des manifestants qui sont rentrés dans l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et qui ont tenté brièvement d'entrer dans son service de réanimation. Il parle d'un mouvement de "panique" et de policiers dépassés par la situation.

Le manifestants pénètrent dans la cour, sur l'un des cotés de l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière
Le manifestants pénètrent dans la cour, sur l'un des cotés de l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière © Capture d'écran vidéo Le Monde

Jacques Leleu, a 67 ans. Ce militant CGT, membre de la France Insoumise, fait partie des manifestants qui sont entrés dans l'hôpital de la Pitié-Salpetrière le 1er-Mai. Il est monté sur la passerelle qui mène au service de réanimation, avant d'être interpellé et d'être placé en garde-à-vue pour 28 heures. Il nous livre son témoignage sur la fameuse tentative d'intrusion dans le service réa de la hôpital.

Sur l'ouverture de la grille de l'hôpital

Mercredi après-midi, Jacques Leleu ne parvient pas à rejoindre "son cortège", ses amis, en ce 1er-Mai, lorsqu'il se trouve au niveau du numéro 97 du boulevard de l'hôpital, devant une entrée de la Pitié-Salpètrière. Il assure qu'il est rentré dans la cour de l’hôpital pour se protéger. "C'était un moment très violent. Il y avait des gaz partout, il y avait des charges depuis quelques minutes. L'air était saturé de gaz lacrymogènes. J'ai vu une grille ouverte et je suis rentré." Le militant assure même que cette intrusion a été encouragée par la police : "Un policier qui était présent nous disait 'vous pouvez vous réfugier là'". Ils sont 50 à 70 à entrer dans la cour, selon son témoignage.

Sur la tentative d'intrusion dans le service de réa

Alors qu'il se trouve dans l'enceinte de l'hôpital depuis quelques minutes, Jacques Leleu considère que la situation s'est calmée. "Les gaz s'étaient dissipés. Je ressors et là, arrive une escouade de CRS qui charge directement et qui nous refoule à l'intérieur de l'hôpital. Donc là c'est la panique, les 70 personnes se mettent à courir, c'est la panique et les cris", assure-t-il.

La situation se tend encore un peu plus, selon le récit du retraité, lorsqu'une escouade de policiers à motos arrive. "Ils descendent et tapent, tapent les premiers rangs – je n'ai pas été tapé car j'étais au milieu de la foule. Et là on n'a plus qu'une solution : se réfugier sur notre gauche". Dans cette cour, il y a un escalier métallique qui donne sur une passerelle sur laquelle donne la sortie de secours de la réanimation. Un groupe emprunte ces escaliers et cette passerelle. Il se retrouve devant des baies vitrées. "Derrière les vitres il y a du personnel hospitalier qui filme, explique Jacques Leleu, c'est une partie des vidéos qu'on peut voir aujourd'hui et qui démontrent qu'il n'y a aucune violence. Nous, on demande si on peut rentrer. Un certain nombre de gens qui sont à côté de moi ont très peur, pleurent, hurlent. Les gens sont paniqués, ça a été très violent et très surprenant". Le militant explique qu'une infirmière ouvre alors la porte et dit "non, nous ne pouvez pas rentrer, vous êtes à l'entrée d'un service de réanimation". "Là, on comprend que ce n'est pas possible et on s'emploie à essayer de calmer les personnes qui sont paniquées, une panique certes irrationnelle, mais qui est à la mesure de la violence.

Sur les interpellations et sa garde-à-vue

Jacques Leleu redescend alors l'escalier avec les autres personnes. "Là, ils ont fait coucher une grande partie des 34 personnes face contre terre, dans l'herbe, ce qui est particulièrement humiliant surtout quand on n'a rien fait. Nous étions ceinturés par 20 à 30 policiers." Le militant assure que plusieurs policiers lui ont dit qu'ils ne partageaient pas les ordres reçus de leur hiérarchie. "Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a des policiers qui sont venus nous voir en disant 'c'est un grand n'importe quoi'. Il y a en a un qui nous a dit 'je ne suis pas rentré dans la police pour faire ça. Ce n'est pas mon métier'. Et il a complété en disant qu'il 'n'y avait aucune raison de faire ça.". Durant les 28 heures de garde-à-vue, on échangeait avec les policiers qui pour beaucoup nous montraient des marques de sympathie."

Jacques Leleu considère qu'il a été "sauvé" par les "travailleurs de l'hôpital" "grâce à leurs vidéos et à leurs témoignages" . 

Sur ce qu'a dit Castaner

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a reconnu vendredi qu'il n'aurait pas dû employer le terme "attaque" à propos des événements de la Pitié-Salpêtrière. Selon lui, il s’agissait plutôt d’une "intrusion violente". "Castaner a réussi à justifier son discours de panique et de terreur en arrêtant des gens qui n'ont rien fait. La Grande supercherie est démasquée", conclut le militant. 

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