Selon le neurologue Lionel Naccache, invité de France Inter mercredi 8 mai, les femmes ayant vécu la révolution sexuelle de 1968 n'ont pas la même vision du mouvement #MeToo que les plus jeunes. La preuve, selon lui, les 100 femmes qui ont signé la tribune pour "la liberté d'importuner" auraient toutes plus de 50 ans.

Manifestation féministe à Paris un an après #MeToo
Manifestation féministe à Paris un an après #MeToo © AFP / Benoit Durand / Hans Lucas

Lionel Naccache, auteur de l'ouvrage "Nous sommes toutes des femmes savantes" (Ed.Odile Jacob) pose une hypothèse sur le mouvement de libération de la parole des femmes Me Too.

Ainsi, peut-on lire p.208 de son ouvrage : "Selon notre lecture, #MeToo résulterait, pour partie, d’un désintérêt pour la place de la subjectivité dans la sexualité. Un désintérêt qui serait consécutif à la confusion croissante entre la sexualité et l’accès aux corps. (...) Une sorte de retour de réalité en pleine figure qui devrait donc toucher au plus fort les générations les plus exposées à cette confusion. Il s’agit des générations les plus jeunes, qui vivent cette confusion dans sa forme la plus marquée, notamment depuis l’explosion numérique de la société de libéralisation sexuelle. Ainsi, le pourcentage croissant d’adolescents des deux sexes, voire d’enfants, ayant un accès régulier à des vidéos pornographiques illustre cette confusion entretenue de plus en plus tôt. Incidemment, l’immense majorité des réactions critiques à l’encontre de #MeToo provient d’individus ou de collectifs bien plus âgés que les adeptes de #MeToo. À titre d’exemple (...), la tribune publiée dans Le Monde le 9 janvier 2018, intitulée Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle, et signée par 100 femmes dont Catherine Deneuve (...) Élisabeth Lévy, Catherine Robbe-Grillet, Brigitte Lahaie ou Catherine Millet, ne compte aucune signataire… de moins de 50 ans (...)."

"Je notais que les signataires étaient toutes des femmes de plus de cinquante ans"

Invité du Grand Entretien, mercredi, le neurologue revient sur cette tribune très médiatique : "De manière très respectueuse, je notais que les signataires étaient toutes des femmes de plus de cinquante ans et ça je trouvais que ça pouvait être un élément de diagnostique intéressant" sur le différentiel de ressenti sur ces questions, en fonction de l'âge.

Problème, cette affirmation est fausse. Difficile de vérifier l'âge de toutes les personnes qui ont signé cette tribune, car leur date de naissance n'est souvent pas publique, mais d'après nos recherches, au moins 12 d'entre elles ont moins de cinquante ans et nettement moins pour certaines d'entre elles. Du reste, comme nous l'a fait remarqué l'une des autrices de la tribune, Peggy Sastre, trois des cinq initiatrices de cette tribune, ont moins de 50 ans (Peggy Sastre, Sarah Chiche et Abnousse Chalmani).

Reste que la majorité des signataires de cette tribune ont plus de 50 ans effectivement. Joint par nos soins, après l'interview de ce matin, Lionel Naccache reconnait volontiers une approximation et nous redit ce qu'il avait expliqué ce matin à l'antenne et qui était :

"Dans cette explosion planétaire qu'a été Me Too, il y a quelque chose qui nous touche tous : c'est le fait de se dire que dans la sexualité, on a une société qui a tout fait pour favoriser la rencontre (en faisant tomber carcans sociaux, économiques, religieux) mais par contre ce développement de la rencontre a fait perdre de vue la transformation de soi, qui est la partie la plus intéressante. Le Me Too est peut-être une prise de conscience que dans la sexualité c'est le moment de réintroduire davantage d'effort et d'intérêt sur la transformation de soi ". 

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