Plusieurs dizaines de milliers de ménages quittent leur logement chaque année avant l'intervention policière
Plusieurs dizaines de milliers de ménages quittent leur logement chaque année avant l'intervention policière © MaxPPP

Des milliers de familles et de SDF attendent cette date avec impatience: à partir de ce samedi soir, les personnes menacées d'expulsion bénéficieront d'un sursis jusqu'au printemps grâce à la trêve hivernale, tandis que des places d'hébergement supplémentaires seront ouvertes pour les sans-abri.

Instaurée il y a soixante ans, la trêve hivernale démarre, comme chaque année, le 1er novembre, pour débuter véritablement la veille au soir, puisque les expulsions sont interdites entre 21h et 6h. Elle s’achèvera le 31 mars. La date était attendue par de nombreuses familles et SDF, tant du côté des locataires, qui bénéficient désormais d’un sursis, que chez les SDF, à qui des places d’hébergement supplémentaires sont théoriquement ouvertes.

Cinq mois de statu quo

Juste avant la trêve, les expulsions s'accentuent, dénoncent les associations, huissiers et propriétaires faisant pression sur la préfecture pour les obtenir avant les cinq mois de statu quo. Du côté des propriétaires, la période est plus crispante : certains d’entre eux sont en difficulté du fait de la dette de loyer mais ne peuvent récupérer leur bien, même si une décision de justice a été prononcée en leur faveur.

Nous avons eu 132.000 jugements d’expulsion en 2014. Soit une hausse de 5% …C’est injuste : les causes sont strictement financières !

Cette trêve obtenue par l’abbé Pierre après le terrible hiver 1954, promulguée par la loi du 3 décembre 1956, fête tristement son soixantième anniversaire. Jean-Baptiste Eyrault, porte-parole de l'association Droit au Logement explique : "C’est un moment de respiration pour les familles, explique-t-il. Mais c’est aussi une inquiétude constante. Nous avons eu 132.000 jugements d’expulsion en 2014. Soit une hausse de 5% …C’est injuste : les causes sont strictement financières ! L’Etat indemnise les bailleurs lorsqu’ils diffèrent une expulsion. Le ministère de l’Intérieur est très attentif au montant de cette enveloppe générale qu’il distribue auprès des préfectures, qui doivent, de leur cotés, rester le plus proche possible de cette enveloppe. C’est ce qui explique la sévérité de l’Etat…"

Jean-Baptiste Eyrault, porte-parole de l'association Droit au Logement, au micro de Thibault Lefèbvre :

Plusieurs dizaines de milliers de familles expulsées en catimini

Selon des chiffres du ministère de la Justice, les assignations au tribunal pour contentieux locatifs étaient de 173.703 en 2014 (+8%) et les décisions judiciaires d'expulsion de 132.016 (+4,8%). Toutes ces décisions n'aboutissent pas à une intervention de police : selon des chiffres de l'Intérieur communiqués à la Fondation Abbé Pierre, 11.604 ménages ont été expulsés avec le concours de la force publique en 2014 (+15 %). Mais plusieurs dizaines de milliers de ménages quittent leur logement chaque année avant l'intervention policière, souvent en catimini, parfois aussi poussés dehors par certains propriétaires.

Fazia a attendu avec anxiété le début de la trève
Fazia a attendu avec anxiété le début de la trève © Radio France / Thibault Lefèbvre

Comme des milliers d'autres, Fazia a attendu avec anxiété l'arrivée de la trève

Comme des milliers de familles menacées d’expulsion, Fazia vit depuis plusieurs semaines dans la crainte de voir arriver l’huissier et les policiers. Depuis neuf ans, Fazia, son mari et leurs quatre enfants vivent dans un HLM de Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine. Suite à des plaintes de voisinage, la famille reçoit en septembre dernier une lettre d’huissier lui demandant de quitter les lieux. Sous cachets depuis plusieurs semaines, Fazia a attendu avec anxiété le début de la trêve hivernale.

Ecoutez le reportage de Thibault Lefèvre :

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.