Aux États-Unis, le chef du groupe démocrate au Sénat, Chuck Schumer, demande une enquête sur la très populaire application FaceApp qui permet de vieillir les visages. Le sénateur se méfie d'une possible ingérence russe et d'un détournement des données personnelles des utilisateurs américains.

L'application russe FaceApp est utilisée par plus de 100 millions de personnes
L'application russe FaceApp est utilisée par plus de 100 millions de personnes © AFP / Kirill KUDRYAVTSEV

FaceApp est actuellement l'application gratuite la plus téléchargée sur Google Play, avec plus de 100 millions d'utilisateurs. Le concept est simple, l'utilisateur se prend en photo et applique un filtre qui permet de vieillir son visage

Une application qui semble inoffensive mais qui pourtant fait trembler les politiques américains et surtout les démocrates.  

Plusieurs mises en garde ont été faites aux Etats-Unis notamment par le chef de file démocrate au Sénat, Chuck Schumer. Dans un tweet publié jeudi, le sénateur partage la lettre qu’il a envoyée au FBI et à la FTC (Federal Trade Commission) l’organisme qui protège les consommateurs aux Etats-Unis. 

Chuck Schumer demande aux deux institutions d’évaluer “les risques pour la sûreté nationale et la vie privée car des millions d’Américains ont utilisé l’application”. 

L’éditeur de FaceApp, Wireless Lap, est une entité russe, ce qui ne rassure pas les Etats-Unis. Les démocrates américains ont été la cible de nombreux hackers russes pendant la campagne présidentielle de 2016. Depuis, le parti est extrêmement méfiant face à de possibles surveillances de la part de Moscou. 

Chuck Schumer rappelle qu'il serait "profondément préoccupant si les informations personnelles sensibles de citoyens américains étaient fournies à une puissance étrangère hostile engagée dans des cyber-attaques contre les Etats-Unis". 

Mais il n'est pas le seul à s'inquiéter de FaceApp. Les dirigeants du parti démocrate ont eux aussi très peur de l'application avec les prochaines élections présidentielles américaines de 2020. Ils ont envoyé un avertissement aux équipes de campagne des candidats à la primaire démocrate et demandent à tous les membres "d'effacer l'application immédiatement".

Qu'est ce qui inquiète dans cette application ?

Pour utiliser FaceApp, il faut autoriser l'application à accéder à toutes les photos enregistrées sur le téléphone. Mais l'entreprise essaie de rassurer les utilisateurs. Seules les photos modifiées sont enregistrées et ce pendant 48 heures. Après ce laps de temps, la plupart des clichés sauvegardés sont supprimés de leurs serveurs. 

Mais le doute persiste. En utilisant l'application, l’utilisateur cède ses droits de propriété sur la photo. C'est alors Iaroslav Gontcharov, le PDG de FaceApp, qui en devient le détenteur et il peut, par exemple, les utiliser à des fins publicitaires.

FaceApp l'explique dans les conditions d'utilisation de l'application, ils ont un "accès perpétuel, irrévocable, non exclusif, libre de droits […] pour la reproduction, modification, adaptation, publication, traduction, créations dérivées, distribution, publicité et diffusion avec vos contenus". 

Une condition étrange qui amène à se poser des questions sur l'utilisation des données personnelles des utilisateurs et c'est ce qui préoccupe les Américains. Dans une interview pour la chaîne de télévision CBS, Philip Lieberman, cyber-spécialiste, l'explique : "les gens devraient s’inquiéter de l’utilisation d’une application comme FaceApp parce qu’ils envoient leurs informations privées à un serveur placé on ne sait pas où".

Même constat pour Chuck Schumer, le leader démocrate du Sénat. "La localisation de FaceApp en Russie interroge sur comment et quand la société fournit les données de citoyens américains à des parties tierces, y compris éventuellement à des gouvernements étrangers".

Que fait FaceApp avec les données personnelles des utilisateurs ? Son patron, Iaroslav Gontcharov, essaie de rassurer ses utilisateurs. Dans une interview au Washington Post il affirme que si la société est basée en Russie, les données des utilisateurs n'y sont pas transférées et le gouvernement russe ne peut donc pas y accéder

Face aux attaques des démocrates et à la polémique autour de FaceApp, certains internautes rappellent que les entreprises américaines ne sont pas exemplaires sur la question. Facebook, Twitter ou encore Snapchat sont eux aussi très discrets concernant l'utilisation des données personnelles des utilisateurs, comme l'a prouvé l'affaire Cambridge Analytica

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