Aux États-Unis, Facebook est sous le feu des critiques suite à la publication il y a quelques semaines d'une série d'enquêtes dans le Wall Street Journal. Dimanche, la lanceuse d'alerte à l'origine de ces révélations va dévoiler son identité à la télévision.

Le siège de Facebook, en Californie
Le siège de Facebook, en Californie © AFP / Josh Edelson

Dimanche, l'interview qui sera diffusée dans l'émission 60 minutes de la chaîne CBS, aux États-Unis pourrait ajouter un coup de massue à Facebook, déjà déstabilisé par des révélations aux États-Unis. L'émission annonce un entretien exclusif avec une femme dont l'identité est encore tenue secrète, mais qui se dévoilera à l'antenne dimanche soir : il s'agit d'une ancienne employée de Facebook, devenue lanceuse d'alerte. 

Cette interlocutrice à transmis à la Security and Exchange Commission (SEC), l'équivalent américain de l'Autorité des marchés financiers, des dizaines de documents internes sur le fonctionnement de Facebook. Les révélations que contiennent ces documents pourraient faire vaciller le géant américain et son patron Mark Zuckerberg, si la SEC parvient à la conclusion que Facebook a menti à ses actionnaires et à ses utilisateurs sur plusieurs points.

"L'un des éléments clés que vont devoir élucider les régulateurs, c'est de savoir si Zuckerberg savait que ces documents internes tenaient un discours opposé à celui qu'il tenait en public au même moment"

Sait-on ce que contiennent ces documents ? En partie, oui. Car ces éléments transmis par la lanceuse d'alerte aux autorités ont aussi émergé dans les médias, sous le nom de Facebook Files. Mi-septembre, le Wall Street Journal a publié une série d'enquêtes basée sur les documents transmis par cette personne, qui ont donné lieu à des dizaines d'entretiens avec des employés ou d'anciens employés du groupe. Et les conclusions de ces enquêtes, publiées en quatre partie, étaient accablantes pour le réseau social. 

Des comptes "privilégiés" sur Facebook

C'est par les Facebook Files qu'on a appris que Facebook disposait d'un système de modération différent pour les personnalités publiques les plus influentes : quelques 5,8 millions de comptes certifiés bénéficient d'une modération assurée exclusivement manuellement, et pas par les robots qui filtrent les publications. Ce qui signifie d'une part que leurs publications prennent plus de temps à être examinées, d'autre part qu'elles sont soumises à une interprétation exclusivement humaine. 

C'est aussi dans cette série d'articles que l'on a appris comment Facebook avait appris à quel point Instagram, l'une de ses filiales, avait un impact négatif sur ses utilisateurs et utilisatrices, et notamment sur les plus jeunes. Une enquête commandée par Facebook prouvait que 32% des jeunes filles imputaient au moins une partie de leur mal-être à Instagram, en particulier par rapport au fait que l'application provoque des complexes. Une révélation qui a mis un sérieux coup d'arrêt au développement d'une version pour enfants d'Instagram, dont Facebook a annoncé l'arrêt du développement il y a quelques jours. 

Erreurs d'algorithmes et manque de modération

D'autres révélations viennent de ces mêmes documents : les lecteurs du Wall Street Journal y ont appris que le projet Amplify, lancé en 2018, a été un échec retentissant : cet ajustement de son algorithme pour mettre en avant des informations plus positives, et pour que les utilisateurs voient plus leurs "vraies" connaissances que les publications des médias, a eu l'effet exactement inverse. Les contenus les plus radicaux se sont retrouvés mis en avant. Facebook s'en est défendu en expliquant qu'il ne s'agissait que d'un test sur trois villes, et qu'aucun changement en profondeur n'avait eu lieu dans la gestion des fils d'actualité. 

On peut ajouter à cela des révélations sur le manque de modération effectuée sur des contenus relatifs à des cartels de drogue notamment au Mexique (comme par exemple des annonces de recherches de tueurs à gages), ou pire encore, au trafic d'êtres humains : et pour cause, ces contenus viennent essentiellement de l'extérieur des États-Unis, or les modérateurs de Facebook ne passent que 12% à 13% de leur temps sur des contenus hors États-Unis – alors même que les utilisateurs de Facebook sont à 90% en dehors des États-Unis. 

Si ces révélations ne sont qu'une partie émergée des documents transmis par la lanceuse d'alerte dont on connaîtra l'identité dimanche soir, il se pourrait que les autorités disposent de suffisamment de contenus pour mettre en difficulté Facebook, peut-être même plus, selon une partie des experts, qu'avec le scandale Cambridge Analytica qui avait suivi les élections présidentielles de 2016 aux États-Unis.