Facebook décide de faire le ménage. Dieudonné y est banni de manière définitive pour des "contenus moquant les victimes de la Shoah". Sans pour autant marquer un changement net de leur politique, les réseaux sociaux commencent à faire le tri dans les comptes qui promeuvent la haine en ligne.

Depuis le début de l'été, les réseaux sociaux ont commencé à faire fermer les chaînes,  pages ou comptes racistes et haineux.
Depuis le début de l'été, les réseaux sociaux ont commencé à faire fermer les chaînes, pages ou comptes racistes et haineux. © Getty / SOPA Images

Sa page Facebook comptait 1,2 million d'abonnés. Sur Instagram (également propriété de Facebook), 36 000 comptes suivaient Dieudonné. Mais depuis ce matin, tout est fermé. L'ancien humoriste vient de perdre son principal vecteur de propagande (et commercial).

Une telle décision n'est pas courante pour le réseau qui érige la liberté d'expression en principe intouchable. Mais il y a des règles et, quand elles sont appliquées, la fermeture est possible. "Bannir une personne de manière permanente de nos services est une décision que nous pesons toujours avec attention, mais les individus et organisations qui attaquent les autres sur la base de ce qu'ils sont n'ont pas leur place sur Facebook ou sur Instagram", a expliqué un porte-parole du géant du numérique à l'AFP.

Cette radiation de Facebook (et d'Instagram) du polémiste, condamné à de multiples reprises pour des sorties antisémites, est une bonne nouvelle pour Stéphane Nivet, délégué général de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme). Interrogé sur France Inter, il y voit le signe que "les hébergeurs et pouvoirs publics sont davantage motivés pour agir. C'est un moment important pour nous, et sans doute une période importante dans la régulation des réseaux sociaux".

Désormais, le défi pour les équipes de Facebook est d'empêcher la création de nouveaux comptes satellites qui pourraient recréer cette communauté. 

Déjà par le passé, Facebook a interdit son accès à des personnalités d'extrême-droite française, comme Alain Soral ou Hervé Ryssen (condamné pour négationnisme), ou encore Boris Le Lay, figure de la fachosphère française, condamné une dizaine de fois par la justice, notamment pour incitation à la haine raciale.

Jugé très permissif face aux contenus qu'il héberge, Facebook a commencé à changer sa politique depuis l'attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, en mars 2019. L'attentat a été filmé et diffusé en direct par le terroriste qui a tué 51 personnes de confession musulmane dans deux mosquées de la ville. Critiquée pour son laxisme, le réseau décide de s'attaquer peu à peu aux comptes complotistes et propagateurs de haine. 

Youtube a lancé une vaste campagne pour en finir avec des chaînes aux contenus haineux aux USA... et en France

Dieudonné a déjà perdu, fin juin, sa chaîne sur Youtube (450 000 abonnés au moment de la clôture). Contrairement à la décision de Facebook, cette suppression s’inscrit dans une démarche plus large de YouTube. Aux États-Unis, le site de vidéos a banni au même moment plusieurs groupes de créateurs de vidéos d’extrême droite et suprémacistes blancs. 

"Après avoir mis à jour notre règlement pour mieux combattre les contenus suprémacistes, nous avons vu une multiplication par cinq des retraits de vidéos concernées et la suppression de 25 000 chaînes", a détaillé un porte-parole de YouTube. 

Le même jour que la fermeture de la chaîne de l'ancien humoriste français, les chaînes du néonazi Richard Spencer et celle de l’ancien chef du Ku Klux Klan David Duke ont été supprimées.

Twitter s'y met aussi 

Le 10 juillet, c'est le réseau Twitter qui commençait son grand ménage en fermant notamment plusieurs comptes liés à la mouvance génération identitaire. 

Des comptes en français (trois comptes qui comptabilisaient chacun 20 000 abonnés) sont fermés, mais aussi en allemand, en italien, en néerlandais, ainsi que d'autres adresses qui leur servaient à relayer leurs actions anti-migrants disparaissent aussi. Le compte personnel d'un de leurs gourous, un militant autrichien, est supprimé lui aussi. Cette réponse de Twitter revêt un caractère coordonné et d'ampleur mondial. 

À la même époque, aux États-Unis, le compte d'un ancien dirigeant du Klu Lux Klan est suspendu. Régulièrement il saluait les actions des militants de génération identitaire. 

Ces comptes nouvellement bannis resurgissent sur des réseaux encore alternatifs pour le moment. "Parler" c'est celui dont les personnalités d'extrême-droite américaine se sont entichées. Hier marginal, ce réseau a figuré dans les applications plus les téléchargés du début de l'été. Il a commencé à faire parler de lui après le resserrage de vis dans la modération de Twitter, quand le réseau de Jack Dorsey s'en est pris aux tweets rédigés par Donald Trump. Des élus républicains ont alors trouvé refuge sur "Parler" qui compte aujourd'hui deux millions d'abonnés. Une poignée de français y figure, dont les identitaires refoulés de Twitter.

Dieudonné appelle, lui, depuis son compte Twitter, ses partisans à rejoindre le réseau Télégram, plus confidentiel.

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