Alors que l'on célèbre ce jeudi, pour la neuvième année de suite, la journée sans Facebook, le réseau social a annoncé mercredi vouloir donner dès cette année la possibilité à ces utilisateurs d'effacer certaines données personnelles. Pour le chercheur Guillaume Sire, c'est un signe de la fébrilité du géant américain.

Facebook veut donner la possibilité à ses utilisateurs d'effacer les données personnelles
Facebook veut donner la possibilité à ses utilisateurs d'effacer les données personnelles © AFP / Leon NEAL

Cela va créer pour nous, je pense, des obstacles pour cibler la publicité avec autant d'efficacité qu'auparavant

Facebook renoncerait donc, selon son directeur financier, David Wehner, à une partie de son activité publicitaire qui représente aujourd'hui l'essentiel de ses bénéfices. Ce geste est destiné à répondre aux multiples scandales auxquels doit faire face le géant américain dont l'affaire Cambridge Analytica, du nom de cette entreprise britannique qui aurait utilisée des données aspirées sur le réseau social pour aider Donald Trump à se faire élire. Mais pour le chercheur en sciences de l'information et de la communication, Guillaume Sire, cette annonce cache une autre réalité, Facebook est prêt à toutes les concessions pour conserver ses utilisateurs :    

"Le grand enjeu pour Facebook, avant même la publicité, c'est de garder ses utilisateurs. C'est parce que les utilisateurs sont nombreux que Facebook détient une position forte sur le marché. Donc le trésor de guerre de Facebook, c'est son nombre d'utilisateurs qui le protège des concurrents potentiels, avant même les données ou la publicité ciblée, explique Guillaume Sire.

"Facebook est fébrile. Il ne faut surtout pas que l'entreprise perde ses usagers. Le fait même de dire qu'elle a mieux protégé la vie privée des usagers, c'est pour rassurer les usagers, pour ne pas qu'ils s'en aillent vers d'autres plateformes et pour rassurer les marchés en leur disant : 'regardez, nous prenons soin de nos usagers'. Pour ça, Facebook sera prêt à tout, parce que c'est ça qui verrouille sa position dominante sur le marché."

Seuls les liens, les sites visités ou les contenus "likés" inscrits dans un historique de navigation, pourront être supprimés. En revanche, toutes les données consenties par l'utilisateur comme le nom, l'avatar ou l'expression des goûts ne pourront pas être effacées au risque de remettre en cause la nature même de Facebook, c'est-à-dire un réseau de mise en relation de personnes. 

Facebook ouvre donc la voie à un meilleur contrôle de la vie privée sur sa plateforme, mais pas au point d'autoriser la suppression de toutes les données, ce qui reviendrait à permettre à l'utilisateur de réaliser qu'il n'a plus aucun intérêt à rester sur le réseau social. 

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