Le géant d'Internet annonce un changement radical de stratégie, une modification du fonctionnement de son flux d'actualités pour privilégier les contenus partagés par la famille et les amis, au détriment de ceux des marques ou des médias... Sauf ceux qui auront payé.

Mark Zuckerberg à Harvard en 2017
Mark Zuckerberg à Harvard en 2017 © AFP / Paul Marotta

L'idée ne tombe pas du ciel. Elle fait suite à une série de prises de conscience, de "mea culpa" publics de Facebook : notamment des études internes sur la mauvaise influence du site sur notre santé mentale (lié notamment à la "comparaison sociale négative", selon les spécialistes), mais aussi sur son rôle dans la diffusion de fake news ou de propagande pendant la campagne présidentielle américaine.

Le Congrès doit se pencher sur la question dans les jours qui viennent, et ce n'est donc pas une coïncidence si le patron Mark Zuckerberg est monté au créneau ce vendredi pour défendre un réseau social au service du "bien-être des gens", d'un point de vue individuel et collectif.

L'enfer est pavé de bonnes intentions

Sur le papier, l'idée est noble : favoriser en priorité les contenus publiés par vos amis ou votre famille, bref refaire de Facebook un véritable "réseau social", basé sur l’interaction, et ne plus chercher à être un portail tentaculaire vers des contenus de toutes sortes (information, publicité, jeux, achats en ligne, etc.). Un virage à 180 degrés après des années à appliquer cette stratégie globale.

Mais est-ce que cela peut fonctionner ?  Ce n'est pas sans doute pas gagné. En ce qui concerne les fake news, ce nouveau système n'aura que peu d'effet sur leur diffusion, il suffira que vous ayez un oncle un peu complotiste ou un collègue très militant pour continuer à les voir se propager.

L'effet viral pourrait même être démultiplié, puisque les contenus d'information (susceptibles de fournir une information vérifiée) seront moins visibles, sauf pour les médias qui mettront la main à la poche. La nouvelle stratégie concerne en effet tous les contenus, sauf la publicité, ou les entreprises (notamment les médias) qui auront un partenariat financier avec Facebook. Un système qui risque à terme de favoriser les plus gros, et qui rendra quasi invisibles les plus petits.

Sur la question de la propagande, là encore, ce changement ne fait que déplacer le problème. Pendant la campagne de 2016, une entreprise russe, proche du Kremlin, avait par exemple acheté des espaces publicitaires utilisés pour diffuser des messages politiques. Facebook peut difficilement se priver des recettes publicitaires, sa principale source de revenus (l'entreprise a dégagé près de 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2017). Le "bien-être des gens", oui, mais pas à n'importe quel coût...

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