Tout ce que vous vouliez savoir sur les fantasmes sans oser le demander : qu’est-ce que c’est qu’un fantasme ? A quoi sert-il ? A-t-il toujours une dimension sexuelle ? Qu’en faire ? Doit-on en parler ?

Les fantasmes : qu'en faire ?
Les fantasmes : qu'en faire ? © Getty / Henrik Sorensen

Autant de questions souvent taboues auxquelles Ali Rebeihi et ses invités (Alain Héril psychanalyste, sexothérapeute, Sylvain Mimoun, gynécologue-andrologue et Sophie Cadalen, psychanalyste) ont répondu dans l’émission Grand bien vous fasse. 

Le fantasme qu’est-ce que c’est ? 

Une production de l’imaginaire suggérée par l’inconscient. Le Littré précise : les fantasmes sont des représentations imaginaires de scènes dans lesquelles un sujet transpose ses désirs inconscients, ses traumatismes refoulés, ses angoisses… Pour le psy, ils sont également de merveilleux moteurs imaginaires de la libido. C’est quelque chose qui met en mouvement, en désir, et en rencontre avec notre théâtre intérieur. On a tous en nous un certains nombres de personnages sur notre scène imaginaire. 

Pour le médecin sexologue, le fantasme est une caresse de l’esprit qui participe au plaisir que les personnes, hommes et femmes, peuvent avoir s’ils veulent avoir du plaisir sexuel. 

En tous les cas, le fantasme est la preuve que nous sommes des êtres très créatifs. La métaphore avec le théâtre est très pertinente pour comprendre le fantasme. Dans la notion de théâtre, il y a la notion de représentation. Il y a quelque chose qui se montre avec un jeu. 

TOPOR :

Théâtre et fantasme sont faits l’un pour l’autre 

Qu’en disait Freud ? 

Pour le célèbre psychanalyste, le fantasme est une hallucination. La racine de fantasme est allemande, et c’est notre capacité à halluciner. Et pour lui, il est forcément issu de l’inconscient. Il distinguait le fantasme et le rêve : le rêve est un rébus à décrypter (qu’est-ce qu’il raconte de notre inconscient ?) Tandis que le fantasme est déplacement, un déguisement. Il n’est pas forcément ce que l’on veut, ni ce que l’on veut faire. 

Quel jeu ? 

Un double mouvement de mensonge et de vérité. Pour mieux comprendre : personne n’est moins menteur qu’un comédien. Un comédien est obligé de jouer avec des émotions qui sont vraies, mais au service d’un personnage qui n’existe pas. Le fantasme joue sur ce terrain : il y a quelque chose qui existe profondément en nous, et qui, en même temps, qui n’existe pas puisque c’est une représentation, une construction imaginaire. Le fantasme montre notre capacité à imaginer des situations et à les croire comme réelles. C’est créer un monde d’images et de représentations qui modifient notre réalité. 

Bande annonce de Belle de nuit de Luis Buñuel 

Un film qui met en scène Catherine Deneuve qui joue Séverine, épouse très réservée de Pierre, en proie à des fantasmes masochistes révélant son insatisfaction sexuelle. Poussée par la curiosité, elle se rend discrètement dans une maison de rendez-vous et devient bientôt, à l'insu de Pierre, "Belle de Jour", la troisième pensionnaire de Mme Anaïs. Elle semble trouver son équilibre en assouvissant les désirs de ses clients :

Quel rapport avec le rêve ? 

Il y a un parallèle entre fantasme et rêve : nous savons que ce que nous rêvons, n’est pas la réalité, mais en même temps il y a des éléments dans l’organisation du rêve qui vont nous bouleverser, nous modifier. Comme les rêves, les fantasmes sont impossibles à contrôler. Et c’est ce qui les rend intéressants. 

Que les fantasmes racontent de nous ? 

Ils racontent ce que nous sommes vraiment car ils sont issus de l’inconscient qui ne se dévoile pas facilement. Tout ce que l’inconscient envoie comme message, image, comme organisation et comme mise en scène est précieux à prendre : cela permet de mieux comprendre comment on fonctionne. 

D’où viennent les fantasmes ? 

Schématiquement l’inconscient est divisé en trois parties. Le « ça » qui est la dimension pulsionnelle, issues de couches les plus archaïques. Le « surmoi », plus raisonnable qui est la norme sociale. Et le « moi » qui est le négociateur entre les deux. Le fantasme est souvent issu du « ça ». C’est intéressant de voir comment le « surmoi » essaye de temporiser les énergies fantasmatiques et que nous sommes des conflits permanents entre le ça et le surmoi. Si au lieu d’exister et négocier entre les différentes strates de notre inconscient on ravale ses désirs, on les refoule : on est névrosé. Et nous le sommes tous un peu.

Le fantasme : forcément un souhait ardent ? 

Peut-être, mais on ne sait jamais réellement ce que l’on souhaite. On fantasme tout le temps, même notre perception de la réalité est fantasmatique. 

La bande annonce de Shame de Steve McQueen avec Michaël Fassbender, comme exemple d'addiction sexuelle  : 

Doit-on le réaliser ? 

Soit on vit à côté, et on ne le vit pas toujours très bien. Soit on essaye éventuellement de le réaliser, ce qui fait que ça sort du fantasme puisqu’il est inscrit dans la réalité. Ce qui est très difficile pour beaucoup de personnes, c’est d’accepter qu’il y ait ce moteur de désir sans qu’il y ait nécessité de passage à l’acte. 

Dans le mot fantasme, il y a le mot fantaisie. Et le sexologue s’intéresse plus à cette fantaisie qui s’exprime qu’à la réalisation du fantasme. 

Pour ceux qui passent à l’acte : savoir que les images que l’on a dans la tête ne seront jamais aussi excitantes que ce que l’on va vivre dans la réalité.

Est-ce possible de ne pas en avoir ? 

Pour rassurer ceux qui n’auraient pas apparemment de fantasmes, qui s’inquiéteraient de ne pas être créatif, on n’a pas tous la même propension de façon de créer à fantasmer… Ce qui est intéressant lorsqu’une personne déclare ne pas avoir de fantasme, c’est de chercher pourquoi elle les bloque, pourquoi elle n’y accède pas. Un exercice pour une personne qui penserait en être privée : qu’elle lise un livre érotique, et si certains passages l’excitent plus que d’autres… C’est que ça touche quelque part à des fantasmes. Et contrairement à une idée reçue : les femmes fantasment autant que les hommes.

Le cas particulier des fantasmes sexuels : 

Les fantasmes
Les fantasmes © Sipa / PeopleImages

Les fantasmes sexuels sont directement branchés sur l’inconscient. Il faut accepter que nous portons à l’intérieur de nous un « insu », quelque chose que nous ne connaissons pas de nous-même et qui est ce que nous sommes. Il faut accepter d’avoir un étranger en soi qui raconte quelque chose de nous. L’une des fonctions du fantasme est de créer de l’excitation. Pas que sexuelle d’ailleurs. Exciter, c’est quelque chose de l’ordre de « sortir de soi » il y a quelque chose qui sort de sort. C’est ça : accepter de lâcher la bride, lâcher les chevaux, que quelque chose s’exprime à l’extérieur de soi. 

Lacan : 

Dans une vie, il ne s’agit pas de faire une place dans l’inconscient, mais de prendre une place en lui. 

Quand faut-il s’inquiéter ? 

Jamais, sauf s’il est obsessionnel, quand les fantasmes deviennent un empêchement de vivre. C’est la paraphilie : quand la personne est enfermée dans le fantasme, ça n’a plus rien à voir avec la créativité, l’optimisme… Dans ces conduites, il y a du désespoir et de la souffrance. 

Faut-il les dire ou non ? 

Il y a des couples pour lesquelles, raconter devient un jeu. Ils vont se révéler leurs fantasmes et cela va retentir chez l’autre et l’excitation va croitre. Sauf s’ils ont reçu une éducation qui empêche de jouir de la vie.  Mais il n’y a vraiment pas d’obligation de raconter. On a tous le droit à son jardin secret. 

Le porno tue-t-il notre capacité fantasmatique ? 

Oui, les images crues, avec un scénario, toujours un peu le mêmes, ont certes une valeur excitatrice, mais du point de vue du fantasme, ce n’est pas terrible. 

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