De la manifestation des « foulard rouges » dimanche, il reste plusieurs images. Une banderole en soutien à Alexandre Benalla, l’interview d’un supposé organisateur qui appelle les forces de l’ordre à mater plus durement les "gilets jaunes". Problème : tout est faux.

Les deux militantes des "gilets jaunes " ont déroulé deux banderoles ironiques pendant la marche des "foulards rouges".
Les deux militantes des "gilets jaunes " ont déroulé deux banderoles ironiques pendant la marche des "foulards rouges". © Maxppp / Sadak Souici / Le Pictorium

L'initiateur de la marche des libertés des "foulards rouges", qui a rassemblé dimanche "plus de 10 000 personnes" à Paris, a regretté que son mouvement soit pollué par de la "désinformation". Au micro de France Info, Laurent Souillé a déploré l'interview, par Russia Today, d'une personne qui se présentait comme l'un des organisateurs de la marche : "Il a tenu des propos immondes sur l'Europe. C'est une fake news organisée. RT n'a interrogé personne parmi les organisateurs. Cette manipulation de l'information est un danger pour la démocratie."

"Regardez le Venezuela, 27 morts en une journée. La France n'est pas assez dure"

Dimanche, le journaliste de Russia Today, Jonathan Moadab, interview un certain "David". Un drapeau européen noué autour des épaules, l'homme s'annonce comme l'un des organisateurs du mouvement, avant de dérouler un discours exubérant et provocateur sur le rôle de l'Europe : 

"La France se laisse un peu aller depuis quelque temps. Le fait d’être dans l’Union européenne, ça permet de recadrer un peu les choses, à une échelle supranationale. L’Europe a un pouvoir de contraindre les nations, à faire des choses que les nations elles-mêmes ne seraient pas prêtes à faire, par peur du peuple, tout simplement" répond l'interviewé. Avant de poursuivre : "Il fallait un contre-pouvoir à ces "gilets jaunes". Il faut montrer qu’on est là aussi, à une petite partie du peuple, des factieux, des séditieux, des Gaulois réfractaires comme on les a appelés. Ils ne sont pas la volonté du peuple, ils ne sont pas le peuple. [...] À la fin, c’est l’Etat qui gagnera, c’est Macron qui gagnera."

David poursuit sur l'insuffisante répression, à son goût, du mouvement des "gilets jaunes" : "Regardez le Venezuela : 27 morts en une journée. La France est très très soft, justement. La France n'est pas assez dure, pas assez contraignante." 

Le journaliste de RT relance : "Il faudrait aller jusqu'à des morts pour vous, pour calmer le jeu ?" avant d'être interrompu par un autre foulard rouge qui s'en prend au média RT, qu'il traite "d'outil de propagande".

Les propos du faux organisateur ont été très largement repris, au premier degré, par différents comptes, comme celui du président du parti Les Patriotes Florian Philippot, ou encore de Aude Lancelin, directrice de publication du média des Insoumis. Les deux ont, depuis, supprimé leurs tweets respectifs dénonçant, à travers cette interview le visage caché du macronisme.

Dans un tweet supprimé depuis mais conservé par Checknews, Florian Philippot dénonçait, au premier degré, les propos de l'interview sur le "non-dit du macronisme".
Dans un tweet supprimé depuis mais conservé par Checknews, Florian Philippot dénonçait, au premier degré, les propos de l'interview sur le "non-dit du macronisme". / Capture d'écran Libération/Twitter

Interpellé par plusieurs internautes sur le discours hallucinant que tient son interlocuteur, le journaliste de RT s'est d'abord moqué des "pro-macrons", avant de découvrir que ce "David", qui brandissait une pancarte "yaurarien", était en fait un "troll", membre du forum 18-25 sur jeuxvideo.com, comme l'ont relevé nos confrères de Libération. "L’appartenance au forum JVC semble être signée par la photo d’une pancarte «yaurarien» (référence emblématique du forum, même si souvent orthographiée «yorarien») brandie par la même personne lors de la manifestation. Pancarte dont CheckNews a trouvé d’autres images sur le forum.", explique Checknews.

"Mon amie, c'est la finance", "♥ Benalla ♥ Castaner"

Autre moment, autre faux. Des "gilets jaunes" se sont invités dans la manifestation, en brandissant une banderole: "♥ Benalla ♥ Castaner". Alexandre Benalla, ancien chargé de mission à l'Elysée, est empêtré dans plusieurs enquêtes judiciaires, et Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, vivement critiqué en raison des violences policières dont font état les manifestants chaque samedi. Sur une autre banderole, il est inscrit "mon amie c'est la finance".

Les deux militantes ont revendiqué sur Twitter leur rôle de "trouble-fête", tout en relayant par ailleurs nombre d'images de manifestants victimes de tir de LBD ou de grenades anti-émeute.

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