Nous serons donc presque 10 milliards sur Terre en 2050. Mais les 7,5 milliards que nous sommes aujourd'hui consomment déjà plus que la planète ne peut produire. Alors, que faire ?

Faut-il arrêter de faire des enfants ?
Faut-il arrêter de faire des enfants ? © Getty / Ben Richardson

D’un côté se profile un avenir incertain avec les conséquences effrayantes du réchauffement climatique et la disparition des espèces animales à un rythme préoccupant.

D’un autre côté, le nombre d’humains sur la planète, lui, augmente de manière exponentielle : il a fallu attendre 50 000 ans, jusqu’en 1950, pour que l’humanité atteigne 2,5 milliards d’individus. Quarante ans plus tard, en 1990, la population mondiale a déjà doublé. Aujourd'hui, à l'heure où j'écris ces lignes, la population mondiale est de 7,5 milliards d'individus.

Serait-il plus raisonnable d’arrêter d’avoir des enfants ?

Une natalité française vigoureuse

La question d’avoir des enfants ou non reste aujourd’hui un sujet extrêmement polémique en France… Pour Édith Vallée, c'est parce qu'en France,une femme accomplie est une femme qui a des enfants. Interrogée au micro de Dorothée Barba, elle déplore d’avoir à justifier en permanence d’être “childfree” ("sans enfant") :

Finalement, on ne demande pas aux mères de justifier leur désir d'enfant !

Cette hypothèse pourrait expliquer pourquoi la France est un cas exceptionnel au sein de la zone UE, avec un taux de natalité qui plafonne à deux enfants par femme alors qu’en moyenne, l’indice de fécondité en Europe est de 1,6 enfants par femme - et même pour certains pays, comme l’Allemagne ou l’Italie, seulement 1,4 enfants par femme. A moins de deux enfants par femme, l'Europe est donc dans l'ensemble sous le seuil de reproduction... et a donc une population vieillissante !

Etant donné le taux de natalité qui ne cesse de baisser, la population des pays européens est vieillissante...
Etant donné le taux de natalité qui ne cesse de baisser, la population des pays européens est vieillissante... © Getty / Thanasis Zovoilis

Il est difficile d’altérer volontairement, par une politique d'Etat par exemple, le taux de fécondité d'un pays car celui-ci dépend de trop nombreux facteurs :

De plus en plus de couples sans enfants ?

Plusieurs études parues ces dernières années viennent bouleverser le mythe d’une maternité forcément épanouie.

  • _Le regret d’être mère_ : une étude réalisée en 2015 par la sociologue israélienne Orna Donnath. Elle y interrogeait 23 femmes âgées de 20 à 70 ans, diplômées de l’enseignement supérieur ou ouvrières, mères ou même grands-mères. Toutes exprimaient le regret d’avoir fait des enfants. “Il n’existe pas d’expérience unique de la maternité : plénitude et réalisation personnelle pour certaines, mais parfois cause de détresse, de frustration, de déception et de solitude” (pour en savoir plus, un résumé en français de l’étude est disponible ici)
  • Un sondage mené par la société d’études de marché sur Internet YouGov, qui a conclu, qu'un Allemand sur cinq (père ou mère) regrette d'avoir été parent et estime avoir fait une erreur en donnant naissance à leur(s) enfant(s).
  • En 2013 est parue l’étude Enduring Love ? Couple Relationships in the 21st Century. Elle fait apparaître que : “Les participants mariés et non mariés sans enfant sont plus heureux dans leur relation avec leur partenaire que les parents. Les parents non mariés sont légèrement plus heureux que les parents mariés.”

Orna Donath : « Certaines [mères] ont l’impression qu’elles ne pourront plus jamais être insouciantes, même lorsque les enfants auront quitté la maison. Beaucoup regrettent d’avoir perdu leur vie antérieure. Lorsqu’elles pensent à la période avant l’accouchement, elle leur semble plus riche, plus satisfaisante. Avec un enfant, tu cesses tout simplement d’exister… Ces mères aiment leurs enfants. Mais elles détestent être mère. »

Adrienne Rich en 1976 : "Mes enfants ont été la source de la souffrance la plus délicieuse que j’aie jamais connue. C’est la souffrance de l’ambivalence entre le regret amer et la gratitude heureuse".
Adrienne Rich en 1976 : "Mes enfants ont été la source de la souffrance la plus délicieuse que j’aie jamais connue. C’est la souffrance de l’ambivalence entre le regret amer et la gratitude heureuse". © Getty / Curtis Johnson

Qui sont ces femmes qui font le choix de ne pas vouloir d’enfant ?

Vous souvenez-vous du fameux sketch de Florence Foresti sur les enfants ?

« Elle me dit : "La maternité c'est vraiment formidable. Ah vraiment, je t'assure, c'est extraordinaire. Tant que tu l'as pas fait, tu peux pas comprendre. C'est la plus belle expérience d'une vie, je t'assure. Fais-le. Vraiment. Dépêche-toi !" ... Et le lendemain elle me choppe entre deux murs, elle me plaque contre le mur : "Ecoute-moi bien, là telle que tu me vois, je n'ai pas dormi depuis quatre ans, d'accord ? J'ai plus de seins, plus de sexualité, plus de loisirs et plus de carrière, alors si tu veux pas finir comme moi, un petit conseil : ne fais jamais d'enfants !" »

Ce n'est qu'un sketch humoristique, mais qui résonne en nous car il fait mouche.

Edith Vallée a recensé trois types de femmes qui ne veulent pas d'enfants :

  1. Les grandes amoureuses. Elles ont besoin de constituer des relations fusionnelles ; l’enfant est un intrus dans le couple.
  2. Les entrepreneuses. Il y a celles qui veulent marquer le monde de leur empreinte. Ce sont des femmes très indépendantes, des business-women qui revendiquent leur part de masculinité.
  3. Celles qui veulent rompre avec leur passé. Elles pensent pâtir de générations qui les fragilisent et elles ne veulent pas transmettre ça. Ou celles qui veulent absolument se séparer d’un monde jugé violent, injuste. On retrouve ici une dimension politique, écologique, démographique.

Carol Mann souligne au micro de Dorothée Barba que depuis le combat de Simone Veil pour le droit à l’avortement, le choix d’avoir un enfant ou pas est aujourd’hui possible ; il ne l’était pas avant

Autrefois je suis sûre qu'il y avait ce même désir de ne pas avoir des enfants, mais il y avait l'obligation sociale, il y avait les avortements à répétition et à la fin ça ne marchait pas. Ces personnes-là on ne peut pas les comptabiliser.

Aller plus loin

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.