Les tensions sur l’approvisionnement en masques ont entraîné une recrudescence des tentatives d’escroquerie. Certains fabricants ou importateurs utilisent des certificats de conformité falsifiés. Un organisme nantais vient de porter plainte suite à l’utilisation abusive de son nom.

Un masque de type FFP2 utilisé pour se protéger des virus
Un masque de type FFP2 utilisé pour se protéger des virus © AFP / Valentino BELLONI

L’École supérieure du bois (ESB) de Nantes a annoncé à la cellule investigation de Radio France qu’elle allait porter plainte après avoir découvert un faux certificat de conformité émis en son nom et accompagnant des masques respiratoires actuellement commercialisés. Ce document semble avoir été utilisé par un intermédiaire britannique proposant des équipements de protection fabriqués en Chine sur le marché européen.

Ces dernières semaines, plusieurs organismes européens ont alerté sur le fait que de nombreux certificats de conformité émis en leur nom pour des masques respiratoires étaient en réalité des faux. Ces "organismes notifiés" sont une centaine autorisés à accorder le marquage CE pour les masques respiratoires FFP2 actuellement particulièrement recherchés parce que considérés comme étant les seuls réellement protecteurs pour les personnels les plus exposés au COVID19. Mais le processus de certification est long et complexe. Et certains décident apparemment de s’en affranchir.

L'alerte donnée par une pharmacie de Rome

Mardi 21 avril, Arnaud Godevin, le directeur de l’ESB, reçoit un curieux message d’une pharmacie de Rome, en Italie. Celle-ci lui demande de confirmer l’authenticité d’un certificat de conformité pour des masques respiratoires à la norme chinoise "KN95", l’équivalent de la norme FFP2 en Europe. "En plus de nos activités de formation", explique Arnaud Godevin, "nous réalisons des tests sur des matériaux de construction et de la menuiserie. Nous sommes un organisme notifié depuis le début de l’année 2020 dans ce domaine. Mais en aucun cas nous ne sommes habilités à délivrer un marquage CE pour des masques !"

Certificat falsifié au nom de l’école supérieure du bois utilisé par un importateur pour vendre des masques en provenance de Chine
Certificat falsifié au nom de l’école supérieure du bois utilisé par un importateur pour vendre des masques en provenance de Chine © Radio France /

Le document envoyé par la pharmacie romaine comporte le nom et l’adresse de l’établissement nantais accolé à celui d’une société britannique : "Euroscene Busines Solutions Limited". Le nom de cette société renvoie à une adresse située dans le Chinatown londonien, qui est aussi celle d’un cabinet d’expertise comptable. Ses dirigeants n’ont pas pu être joints par la Cellule investigation de Radio France. 

De nombreux autres certificats falsifiés ?

Néanmoins, nous avons trouvé la trace de nombreux autres certificats de conformité émis ces dernières années au nom de cette société, qui semble aussi avoir eu une filiale en Allemagne. Ces certificats, divers, pouvaient concerner aussi bien des dispositifs médicaux que des machines industrielles. Problème : aucun organisme de ce nom n’a été agréé en Europe comme organisme notifié.

"Nous avons donc immédiatement démenti être à l’origine de ce certificat qui est un faux grossier", poursuit Arnaud Godevin. "La pharmacienne a eu un très bon réflexe en nous appelant." La commande qui avait été émise par un groupement de plusieurs pharmacies italiennes a été annulée. En revanche, tous ne semblent pas avoir pris ces précautions. Une autre pharmacie en ligne transalpine propose actuellement ces masques à la vente (voir ci-dessous) au prix prohibitif de 9,15€ l’unité, en affichant sur son site le faux certificat de conformité.

Une pharmacie en ligne italienne propose ces masques à la vente munie du faux certificat de conformité établi au nom de l’ESB
Une pharmacie en ligne italienne propose ces masques à la vente munie du faux certificat de conformité établi au nom de l’ESB © Radio France / capture d'écran

Il est impossible de savoir dans quelle quantité ces masques ont été vendus, et quelles sont leurs réelles performances. Il est possible néanmoins qu’ils aient été diffusés ailleurs qu’en Italie. Peu après avoir porté plainte auprès du procureur de la République de Nantes, l’ESB recevait un nouveau message, émanant cette fois d’un importateur hongrois, lui demandant de confirmer l’authenticité du certificat de conformité qui venait de lui être fourni.

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