Autrice, podcasteuse et journaliste, Taous Merakchi a le goût des sujets qui jettent comme un froid : le sang des femmes, les corps qui s’éteignent, les films d’horreur… A 32 ans, elle figure parmi les "anciennes" dans le combat pour l'égalité homme-femme.

Taous Merakchi
Taous Merakchi © madmoiZelle.com (Capture d'écran)

Sur Internet, le temps file plus vite, il faut compter en "années chat". L’adage n’est jamais aussi pertinent que quand on observe le parcours de certaines féministes qui, à l’aube de leur trentaine, font aujourd’hui quasiment figure d’anciennes combattantes du combat pour l’égalité. 

A 32 ans à peine, Taous Merakchi est l’une d’entre elles

Ses premiers lecteurs, ciment d’une communauté qui a grandi et muri avec elle, l’ont connue sous la plume de Jack Parker quand elle officiait sous pseudo, sur le site Madmoizelle dans un joyeux fatras d’articles consacrés tout à la fois au cinéma, aux animaux moches ou aux ruptures amoureuses. Avec déjà, ici et là, des tribunes dans lesquelles elle laisse un « je » furieux se déployer dans une saine réaction face à des événements nationaux ou personnels. 

En 2012, et alors que le harcèlement de rue passe encore largement sous les radars médiatiques, elle raconte l’agression dont elle a été victime dans le métro parisien, selfie-ecchymoses à l’appui.

La même année, et bien avant que l’on se mette à disserter sur les « signaux faibles de radicalisation » ou que l’expression « musulman d’apparence » se fasse, sans trop de difficulté, une place dans le langage commun elle explique patiemment : « je suis arabe et je ne vous veux aucun mal ». Tout en s’agaçant des assignations et sourcils froncés que suscitent son nom à l’état civil ; au lendemain du début d’une série d’attentats commis sur le sol français : 

Chez nous”, c’est chez vous, on n’est pas tous venus avec un plan démoniaque en tête – s’infiltrer, s’intégrer, puis voiler/violer vos femmes, convertir vos enfants et transformer l’Elysée en mosquée. Mes grands-parents en ont chié, ont bossé comme des chiens toute leur vie pour offrir à leurs enfants toutes les chances qu’ils n’ont pas eues. Leurs enfants en ont chié aussi pour nous offrir à nous, enfants de la deuxième génération, encore plus de chances. On ne va pas non plus se tricoter des djellabas en jambon pour rassurer tout le monde.

Elle abandonne ensuite ce surnom qui "sonnait bien", Jack Parker, pour progressivement s’exprimer, produire des œuvres écrites et sonores sous son vrai patronyme afin de montrer "qu’il peut y avoir des Lucie et des Taous" dans ce métier, avec de moins en moins de placidité.

En fait de métier, celle qui se définit comme "une flemmarde dépressive" en exerce aujourd’hui plusieurs, avec un fil rouge : l’intime comme champ d’exploration d’un fait social et politique. Le récit de soi comme démonstration d’un "nous" collectif. Bien décidée surtout à l’ouvrir grand sur des sujets considérés, à tort, comme petits, étroits et anodins. 

Premier chantier percuté par la boule de démolition : les règles

Qui font d’abord l’objet du blog "Passion menstrues… et autres histoires de chattes", sur lequel elle déboulonne méthodiquement les idées reçues et aberrations historiques qui concernent le sang des femmes. 

Conseils, témoignages, tests de produits, recension de projets artistiques et destruction en règle d’un tabou ancestral et de ses conséquences : la douleur qui tord les boyaux des femmes mais qui reste tue ou peu entendue, le nez qui se plisse quand elles ont le culot d’évoquer leur fond de culotte publiquement ou encore le coût financier des protections périodiques traditionnelles. Inaccessible aux plus précaires, contesté, à raison, pour leurs conséquences sanitaires, écologiques, et parfois dramatiques. 

Le blog mute et se développe dans un livre, « le Grand Mystère des règles » qui relance alors le débat, toujours pas tranché, de l’instauration d’un congé menstruel. Succède à cet ouvrage la direction d’un ouvrage collectif sur le harcèlement scolaire à l’adolescence, dont les droits d'auteur de son livre seront reversés à l'association Marion la main tendue,.

Puis surtout la création d‘un podcast intriguant et remarqué. Dans Mortel, diffusé sur la plateforme Nouvelles écoutes, Taous Merakchi livre d’abord un témoignage très personnel sur son propre deuil et interroge toutes les dimensions liées au trépas (rites funéraires, deuil périnatal, fantasmes…).  

Si le podcast ne prétend pas constituer un antidote aux angoisses de mort, son Grimoire de sorcellerie moderne, illustré par la dessinatrice Diglee  (publié aux éditions Pygmalion), fournit bien, lui, une liste exhaustive de sortilèges et autres potions pour sorcières 3.0. La mystique n’empêchant pas le sens pratique, on y apprend qu’une casserole peut opportunément remplacer un chaudron. En 1968, des féministes new-yorkaises défilaient à Wall Street sous la bannière Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell (WITCH). Un demi-siècle plus tard, la magie opère encore. 

On ne naît pas sorcière, on le devient.

Aller plus loin

🎧  ECOUTER Mortel dans L'Instant M et dans Le Débat de midi

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.