Ce lundi 29 avril, l'AP-HP revient sur les accusations de fichage de "gilets jaunes", dénoncées par le Canard Enchaîné la semaine précédente. La direction explique que plusieurs cas mentionnés par l'hebdomadaire étaient en fait... des faux, intégrés "par erreur" dans la base de données du fichier SI-VIC.

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Image d'illustration © Maxppp / Luc Nobout

Les révélations avaient fait grand bruit la semaine dernière. Mercredi 24 avril, le Canard Enchaîné publiait un extrait du fichier SI-VIC, système d'information pour le suivi des victimes, l'accusant de dévoiler des informations confidentielles au sujet de "gilets jaunes" blessés lors des manifestations. Après avoir démenti dans un premier temps, puis reconnu des ambiguïtés sur la saisie des informations, la direction de l'AP-HP apporte ce lundi de nouvelles précisions sur l'affaire. 

"Il s'agissait d'un exercice totalement fictif"

Dans son communiqué, l'AP-HP indique : "Ont été entrés dans la base SI-VIC, les éléments d’un exercice conduit dans un des hôpitaux de l’AP-HP, dans le cadre d’une formation. À cette occasion, un stagiaire a créé des "avatars", avec des identités fictives. Les données fictives de l’exercice ont été par erreur intégrées dans la base réelle."

François Crémieux, directeur général adjoint de l'AP-HP, précise : "Nous nous sommes rendus compte qu'une partie des patients pour lesquels des informations inappropriées avaient été saisies, était en réalité des patients "test". Il s'agissait d'un exercice, totalement fictif, sur écran d'ordinateur, pour apprendre à utiliser SI-VIC, savoir comment saisir les informations dans la base."

"Les patients décrits par le Canard Enchaîné correspondent, pour une partie d'entre eux, notamment ceux pour lesquels les commentaires étaient les plus fantaisistes, à ces faux profils", explique François Crémieux.

"Fausse rousse qui adore les balades" : des commentaires "fantaisistes" et "inappropriés"

Selon le communiqué de l'AP-HP, dix patients fictifs "ont été affublés de caractéristiques fantaisistes dans l’idée de simuler d’arrivée de victimes non identifiées." Parmi ces commentaires, on retrouve : "chaussettes vertes à petits pois", "homme black lunettes rouges", "homme blanc mal rasé cicatrices vertes", "tatouage tempe gauche" ou encore "fausse rousse ? grande mince adore les ballades" (sic). 

En théorie, "ces commentaires ont pour objectif d'apprendre à retrouver les patients quand on ne connaît pas leur identité", précise François Crémieux. "Ce sont des descriptions physiques, vestimentaires, ou ce que croit savoir le soignant sur la personne, ainsi que les lieux de prise en charge et d'arrivée." Sauf que dans le cadre de l'exercice, ces descriptions semblent avoir été prises à la légère par les équipes qui remplissaient les fichiers

"À ce stade de l’investigation, ce type de commentaires, totalement inappropriés, pouvant être considérés comme tendancieux et pour le moins fantaisistes, n’a jamais été porté sur de réels patients ; pour autant, même dans le cadre d’un exercice sur des profils créés à cette occasion, il n’est pas approprié d’inscrire de tels commentaires.", écrit l'AP-HP dans son communiqué. "C'est un enjeu sérieux", renchérit le directeur adjoint, qui assure : "Nous allons rappeler à nos équipes le fait que ce test soit fait de manière aussi sérieuse qu'il se doit".

"Il y a trois problèmes : d'une, le fait que des commentaires fantaisistes aient été saisis dans le cadre de cet exercice. De deux, que des données fictives aient été confondues avec des données réelles. Et de trois, que la base réelle se soit retrouvée dans les mains des journalistes" - François Crémieux

Si une partie des révélations du Canard Enchaîné sont donc fondées sur cette erreur technique de l'AP-HP, François Crémieux reconnaît tout de même que pour une dizaine de patients, bien réels cette fois, qui ont été effectivement été pris en charge, "_la section "commentaires" a été utilisée pour donner des précisions sur la nature des blessures_. Et il est très clair que SI-VIC n'aurait jamais dû contenir ces informations."

Car en théorie, SI-VIC ne doit contenir aucune information à caractère médical. "Le dossier médical est là pour ça", précise le directeur adjoint. Comme France Inter vous l'expliquait dans cet article, le SI-VIC sert au départ à faciliter l'identification et le suivi des victimes lors d'événements qui pourraient aboutir à des victimes : attentats (notamment lors du 13-Novembre), mais aussi matches de football, célébrations diverses... ou encore manifestations, comme celles des "gilets jaunes".

"Bien comprendre ce qu'il s'est passé depuis le début de SI-VIC"

"Les commentaires sur cette dizaine de patients n'auraient jamais dû se retrouver dans la base SI-VIC", confirme François Crémieux. L'AP-HP et l'ARS (agence régionale de santé) d'Île-de-France ont déclenché une enquête conjointe la semaine dernière, pour faire toute la lumière sur ces événements précis, mais aussi "pour bien comprendre ce qu'il s'est passé avec cette base depuis le début de son utilisation.

Normalement, les éléments entrés dans la base SI-VIC ne restent pas éternellement disponibles : ils se suppriment au fur et à mesure, "pour que tout le monde n'ait pas accès en permanence à l'ensemble des informations." L'enquête conjointe devrait donc également permettre de vérifier si ce "droit à l'oubli" a bien été respecté. Ses conclusions devraient être livrées dans six semaines maximum, avec un point d'étape mi-mai, selon l'AP-HP.

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