La signature vendredi soir d'un accord entre l'État, les élus et les manifestants marque la fin d'un mois de mobilisation et de grève générale en Guyane.

L'Accord de Guyane met fin à un mois de grève générale
L'Accord de Guyane met fin à un mois de grève générale © AFP / Jody Amiet

Après un mois de mobilisation, de grève générale et de barrages routiers dans tout le pays, la Guyane respire de nouveau. Vendredi soir, le mouvement social s'est éteint avec la signature d'un accord entre l'État, les élus et le collectif Pou la Gwiyann Dékolé.

2,1 milliards d'euros supplémentaires, mais un calendrier incertain

Un "Accord de Guyane" où la demande de 2,1 milliards d'euros supplémentaires a été actée par le gouvernement français. Concernant cette somme, qui s'ajoutera au plan d'urgence d'un peu plus d'un milliard d'euros validé début avril, l'État a pris l'engagement de réaliser un "examen prioritaire" sur le déblocage des fonds, mais sans calendrier précis.

A Cayenne, le porte-parole du collectif, Davy Rimane, s'est félicité de l'accord. "On a réussi à ce que le protocole paraisse au journal officiel. Maintenant on pourra travailler avec ce document et aller en justice si on n'est pas satisfaits", a-t-il expliqué.

Pour permettre à ce territoire d'Outre-Mer d'Amérique du Sud de rattraper son retard sur la France métropolitaine, le collectif réclamait notamment des mesures pour renforcer les moyens de lutte contre l'insécurité, désenclaver les communes dont certaines n'ont toujours ni eau ni électricité, mieux reconnaître les peuples autochtones, améliorer les services de santé défaillants et le système scolaire inadapté à une démographie galopante.

Mais alors que les barrages avaient commencé à être démontés vendredi matin à Cayenne et dans sa périphérie, à la veille de l'élection présidentielle prévue samedi en Guyane, à Kourou le giratoire à l'entrée du centre spatial guyanais est resté bloqué jusqu'à samedicpar des militants réclamant "un courrier de la ministre de la Santé" pour acter par écrit "le passage en secteur public du Centre médico-chirurgical de Kourou".

Dans un communiqué, la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts a salué cet accord, évoquant "une journée déterminante pour l'avenir de la Guyane".

Lourdes attentes sur le prochain gouvernement

Mais certains membres du collectif se sont fait menaçants : "Une fois que le prochain gouvernement sera en place, dès le premier jour, on va entrer en action. L'État nous doit sept milliards et pas deux", a asséné Olivier Goudet, membre du mouvement des 500 frères, dont la particularité est de défiler cagoulés.-

Par rapport aux premiers accords arrêtés à Cayenne par le gouvernement le 1er avril, ce nouvel accord présente peu d'évolution, si ce n'est le feu vert du gouvernement pour construire une "cité judiciaire à Cayenne" et l'acceptation que la question de la "rétrocession totale" des terres soit discutée"lors des prochains états généraux de la Guyane".

Il acte également que l'État "fera l'objet d'une saisine, par le congrès des élus de Guyane", sur une "évolution statutaire"du territoire.

Sur le foncier, l'État s'engage aussi céder gratuitement 250.000 hectares à la Collectivité Territoriale Guyanaise et aux communes de Guyane", et 400.000 hectares aux Amérindiens et Bushinengués.

Le collectif a aussi obtenu la garantie qu'il n'y aurait aucune poursuite envers "les signataires de l'accord".

Après une marche qui avait rassemblé des milliers de Guyanais le 28 mars, la tension s'était accentuée depuis plusieurs jours dans la population, partagée sur l'opportunité de poursuivre les barrages qui ont pénalisé l'économie, cloué la fusée Ariane au sol et entraîné des pénuries de produits.

Très mobilisés depuis le début, le collectif des autochtones de Guyane s'est désolidarisé du mouvement, tout comme les socio-professionnels, qui ont dénoncé vendredi "l'absence de représentativité et de légitimité du signataire" de l'accord signé dans le domaine socio-économique, le syndicat UTG (union des travailleurs guyanais).

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