"Pourquoi veut-on casser un outil qui marche ?", interroge le président de l'Observatoire de la laïcité, dont Marlène Schiappa a officialisé la disparition cette semaine devant les sénateurs.

Jean-Louis Bianco a été nommé président de l'Observatoire de la laïcité en 2013, au moment de sa mise en place
Jean-Louis Bianco a été nommé président de l'Observatoire de la laïcité en 2013, au moment de sa mise en place © AFP / PATRICK KOVARIK

"On la voyait venir depuis longtemps". Jean-Louis Bianco a réagi ce dimanche sur Inter à la fin annoncée de l'Observatoire de la laïcité dont il est le président. La disparition de cet organisme créé en 2013 par Jacques Chirac a été officialisée ce mercredi 31 mars par Marlène Schiappa devant le Sénat. La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté s'est en effet opposée à un amendement qui visait à inscrire l'existence de l'Observatoire dans la loi séparatisme. "Le mandat de l’équipe en place arrive à échéance début avril, après huit ans. Il ne sera pas reconduit car les préoccupations ont évolué", a-t-elle déclaré. Le gouvernement envisage ainsi, à la place, la création d'un Haut conseil à la laïcité doublé d'une administration de la laïcité pour "mailler le territoire".

"Une vue apaisée"

Autonome bien qu'administrativement rattaché au Premier ministre, l'Observatoire de la laïcité est depuis plusieurs années au cœur de tensions. "Il y a pas mal de gens qu'on dérange parce qu'on est indépendant, qu'on apporte une vue apaisée", estime Jean-Louis Bianco. Lui qui préside l'organisme depuis sa mise en place en 2013, vante "un bilan extraordinaire" et des outils jugés "exceptionnels par les acteurs de terrain". "Comme on associe à la fois des parlementaires, des experts, des fonctionnaires, nous fabriquons des consensus", martèle l'ancien ministre de Mitterrand.

"Pourquoi veut-on casser un outil qui marche ?

Les missions de l'organisme : éclairer les pouvoirs publics, fournir des données, et organiser ou valider des formations liées à la laïcité et à la gestion du fait religieux. Rapports, états des lieux, préconisations, mise au point de guides et ressources pédagogiques, font ainsi partie des actions entreprises ces sept dernières années. "On n'aurait jamais pu croire qu'un organisme qui venait de nulle part, composé de 4 salariés permanents avec un budget de fonctionnement de 59 000 euros, arriverait à prendre une telle place", insiste Jean-Louis Bianco. Son regret néanmoins : ne pas avoir progressé sur la formation des enseignants, un point pourtant clé pour l'avenir. "Ce n'est pas la faute de l'Observatoire, ce qui manque c'est une action collective", se défend-il.

Accusé de défendre trop mollement la laïcité

Certains accusent néanmoins l'Observatoire d'être davantage préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité. Jean-Louis Bianco avait ainsi été mis en cause après l'assassinat de Samuel Paty, au mois d'octobre. D'autres, à l'image d'un collectif d'acteurs de terrain et d'intellectuels, voient au contraire l'organisme comme "un rempart de la République dans de nombreux quartier populaires. La gauche soupçonne dès lors l'exécutif de vouloir bâillonner une instance ayant pris des positions divergentes. 

Alors que, dans le cadre de la loi séparatisme, les sénateurs ont voté cette semaine un amendement interdisant le port du voile aux accompagnatrices de sorties scolaires, Jean-Louis Bianco émet ce dimanche une mise en garde : "Ce qui compte, ça n'est pas les signes, pas les tenues. Ce sont les actes et les paroles contraires aux principes de la République. Là, ce doit être la tolérance zéro. Sur cette base-là, le gouvernement ne donnera pas l'impression qu'il est discriminatoire et anti-musulmans. C'est l'islam politique qui doit être visé."