La visite surprise du ministre des Affaires étrangères iranien au G7 a été révélée par le site Flightradar24. Ce n'est pas la première fois que ce site, qui donne en temps réel les déplacements en avion sur toute la planète, permet de dévoiler des informations politiquement ou stratégiquement importantes.

Désormais, les internautes surveillent les déplacements des décideurs de la planète notamment en avion.
Désormais, les internautes surveillent les déplacements des décideurs de la planète notamment en avion. © AFP / JAN WOITAS

C’est le site Flightradar24 qui a révélé avant tout le monde la venue du ministre iranien des Affaires étrangères au G7 de Biarritz, coupant l’herbe sous le pied d'Emmanuel Macron. François Pilet, journaliste suisse et créateur du bot sur Twitter "GVA Dictator Alert", qui traque les allées et venues des avions de dictateurs sur l'aéroport de Genève, explique : "Tous les avions émettent leur identité et leur position. Si on connait l’identité de l’avion officiel iranien, il est possible de le détecter sur Flightradar et donc de savoir qu’il se dirigeait vers Biarritz". 

Le cas de l'avion du ministre iranien des Affaires étrangères

Dimanche en début d'après-midi, en s'appuyant sur Flightradar, plusieurs internautes se sont rendus compte qu'un avion iranien avait atterri à Biarritz. 

A 15H09, une dépêche AFP reprend l'information en s'appuyant là aussi sur Flightradar24: "Un avion officiel iranien s'est posé dimanche à 14h13 (12H13 GMT) sur l'aéroport de Biarritz, dans le Sud-Ouest de la France, qui accueille le sommet du G7 où la crise du nucléaire iranien est largement débattue, selon le site de suivi du trafic aérien Flightradar24".

L'information est ensuite officiellement confirmée par les autorités françaises et iraniennes.

Les dictateurs qui atterrissent à Genève

Ce n’est pas la première fois que Flightradar s’invite sur la scène politique internationale. Mars 2014, le monde entier est à la recherche de l’avion de la Malaysia Airlines qui s’est crashé au large du Vietnam. C’est à ce moment-là qu’une foule d’internautes et de médias découvrent Fightradar24. Le site est le seul à donner la dernière position du vol avant l’accident. Depuis, dès qu’un avion est accidenté ou en péril, des centaines de milliers de personnes se connectent au site ou à l’application. Comme en décembre 2016, lors d’une prise d’otage d’un vol intérieur libyen, où les internautes trouvent les informations sur ce vol et sa trajectoire sur Flightradar.

Parfois, ces recherches prennent un tour plus politique. Le compte Twitter de François Pilet traque ainsi les déplacements de dirigeants identifiés comme autocrates ou dictateurs. "On a dressé une liste de ces avions et chaque fois qu’ils se posent à Genève, un message est envoyé sur Twitter", explicite-t-il.

Ainsi par exemple, le 11 août dernier, un Boeing 727 immatriculé "A9C-BAH", utilisé par les autorités du Bahreïn, a atterri à Genève peu avant 13h.

Le fils du président de Guinée Équatoriale, poursuivi en France, repéré en Suisse

C’est grâce à ces outils informatiques que par exemple le fils du président de Guinée Équatoriale, Teodorin Obiang, a été repéré à de multiples reprises en Suisse, alors qu’il est poursuivi pour corruption notamment en France. 

Flightradar est ainsi régulièrement cité dans les dépêches d'agence. En 2017, il permet ainsi de voir que le chef d'État russe Vladimir Poutine a fait faire un détour à son vol, à son retour d'Allemagne, pour ne pas survoler des pays membres de l'Otan. Reuters en fera une dépêche.

"Certains déplacements de dirigeants ont des implications politiques très importantes", poursuit le journaliste suisse. "Avec ces applications, on découvre que des gens qui sont censés être au ban de la communauté internationale, viennent fréquenter les capitales européennes et américaines très fréquemment…"

Avant le développement de ces outils, ce type de déplacements et ces rencontres étaient souvent tenus secrets. Mais aujourd’hui, les dirigeants, aussi puissants soient-ils, ne peuvent plus se cacher. Pour des raisons évidentes de sécurité, tous les avions en circulation doivent repérés et identifiés. "Pour les autocrates qui veulent rester discrets dans leurs déplacements, il reste une solution", observe François Pilet. "Ils peuvent louer des jets privés. Sur Internet, on identifie tous les avions mais pas tous leurs passagers". Pas encore.

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