Ils disent "stop aux blocages" et "stop aux violences". Très vite structurés en groupes sur les réseaux sociaux et en associations, et rejoints par les "gilets bleus", les "foulards rouges" sont divisés sur les suites à donner à leur mouvement, à la veille de la Marche Républicaine des Libertés prévue le 27 janvier.

 Près de 2 000 participants se sont inscrits (Facebook) pour La Marche Républicaine des Libertés, prévue dimanche 27 Janvier à Paris
Près de 2 000 participants se sont inscrits (Facebook) pour La Marche Républicaine des Libertés, prévue dimanche 27 Janvier à Paris © Getty / Jonathan Palmer / EyeEm

Né dans le Vaucluse, quelques jours seulement après la première mobilisation des "gilets jaunes" du 17 novembre, le mouvement a pris de l'ampleur sur les réseaux sociaux. Leur groupe Facebook, "Foulards rouges : riposte face aux gilets jaunes", créé le 26 novembre sous le nom de "Brassards Rouges", cumule 38 190 membres. La page "STOP, Maintenant ça suffit" (née le 10 décembre) réunit 4 575 mentions "j'aime" et est suivie par 5 711 abonnés. Rejoints par les "gilets bleus", dont la page compte 1 540 abonnés, ils organisent une "Marche Républicaine des Libertés", dimanche 27 janvier. En un mois, l'événement affiche 9 517 participants. Après deux mois d'"Actes", les "anti-gilets Jaunes" ont donc décidé de s'emparer eux aussi des rues parisiennes.

Lancée par Laurent Soulié, auteur de la page "STOP, Maintenant ça suffit", la manifestation est co-organisée par le Mouvement des Foulards Rouges et rejointe par le collectif des Gilets Bleus
Lancée par Laurent Soulié, auteur de la page "STOP, Maintenant ça suffit", la manifestation est co-organisée par le Mouvement des Foulards Rouges et rejointe par le collectif des Gilets Bleus / capture d'écran Facebook

Ceux qui seront dans la rue "ce sont ceux qui en ont marre de voir, tous les samedis, des scènes de saccage, de pillage, de voir leur liberté de circuler entravée", décrit Laurent Ségnis, créateur du collectif des "gilets bleus". Le juriste de 36 ans dénonce une "mise à mal de l'économie du pays par les 'gilets jaunes'" : "près de 60 000 salariés au chômage partiel, des CDD raccourcis, des missions d'intérim annulées..." Cette marche, c'est "un ras-le-bol", notamment "des commerçants" lassés "des fermetures, des pertes de chiffre d'affaires des vitrines cassées, des stocks dévalisés", liste-t-il. Ce sympathisant de La République En Marche se dit "ébahi" par "les méthodes coercitives" employées par le mouvement, dont une partie selon lui est proche "des extrêmes et des populismes". "L'heure est venue de dire 'stop' !", lance-t-il.

Une marche "pro-Macron" ?

"J'ai fait ça comme un exutoire, c'est un cri du cœur", admet Laurent Soulié, alias "Laurent de Toulouse", auteur de la page Facebook "STOP, Maintenant ça suffit". 

J'ai été très choqué par les violences, en particulier à Paris : le saccage de l'Arc-de-Triomphe, les appels à rentrer dans l'Élysée, à marcher sur l'Assemblée nationale, les images du boxeur...

L'ingénieur aéronautique, salarié dans le privé, estime que "le mouvement ne poursuit plus une revendication sociale". Laurent Soulié avait d'abord intitulé l'événement : "Marche républicaine de soutien à Emmanuel Macron". Il ne cache pas sa sympathie pour le Président de la République. "J'ai voté En Marche au premier comme au second tour [lors de l'élection présidentielle de 2017]", concède-t-il. Pour autant, il se défend d'organiser une marche "pro-Macron". Si toutefois des élus LREM se joignent à la marche, ce sera "en tant que citoyens", exhorte-t-il. "Si j'y participe, je ne le dirais pas", a déclaré le président du groupe LREM à l’Assemblée, Gilles Le Gendre, invité de France Inter.

À travers cette marche, "ce n'est pas la personne d'Emmanuel Macron, c'est la fonction que je veux soutenir" assure le Toulousain de 51 ans, qui y voit une façon de défendre "les institutions", "la République" et "la démocratie" elle-même. Pour se joindre à la manifestation, les "foulards Rouges" ont d'ailleurs posé leurs conditions : que l'événement soit "renommé et apolitique", relate Théo Poulard alias "Benois Peintre", co-administrateur du groupe "Foulards Rouges : riposte face aux gilets jaunes". "La moitié de nos membres était pour, et l’autre moitié était contre", explique le vice-Président de l'association Le Mouvement des Foulards Rouges qui revendique 1 200 adhérents depuis sa création le 29 décembre. Lui-même dit avoir voté pour Benoît Hamon au premier tour, puis Emmanuel Macron au second, "sinon c'était les extrêmes", suppose-t-il.

Beaucoup de "foulards rouges" pourraient être des "gilets jaunes".

"Il y a des gens de tous bords politiques et de toutes catégories sociales parmi nos membres", affirme le boulanger quimpérois de 23 ans. Depuis deux mois, c'est même "une majorité silencieuse des Français" qui "se terre et se tait", aux yeux de Laurent Soulié. Las d'être "traité de bourgeois qu'on vient déranger", il tient à souligner que lui-même vient "d'un milieu modeste". S'il "ne se positionne pas contre les 'gilets jaunes'", considérant leur demande de "plus de pouvoir d'achat" comme "légitime", il estime néanmoins qu'"il y a eu une main tendue, un appel à dialogue, des mesures sociales ont été prises" depuis l'allocution d'Emmanuel Macron le 10 décembre. "Les manifestations deviennent donc illégitimes, on a franchi la ligne jaune, c'est une dictature de la minorité", juge-t-il, tout en ajoutant dénoncer "la forme" et non "le fond" du mouvement

Même son de cloche du côté de Fabien Homenor, administrateur du groupe "Foulards rouges de France : Défense des Libertés Citoyennes" qui cumule 3 976 membres depuis sa création le 21 décembre et créateur de page "Foulards rouges de France" qui affiche plus de 22 000 abonnés. "Sur nos pages, on a demandé aux membres s'ils touchaient plus ou moins de 2 000 euros, 70 % ont répondu qu'ils touchaient moins, sur un échantillon d'environ 4 000 votants", affirme-t-il. Cet informaticien indépendant et itinérant de 34 ans, originaire de la commune de  L'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, reconnait qu'il aurait pu enfiler un gilet jaune, au tout début du mouvement, comme "beaucoup de 'foulards rouges' pourraient être des 'gilets jaunes'". "Je fais beaucoup de trajet, donc je suis concerné par la doléance initiale des 'gilets jaunes' sur le prix du carburant (...) on comprend le mal-être de nos compatriotes, mais on dit 'stop aux blocages' et 'stop aux violences', précise-t-il.

Communiqué contre communiqué, le mouvement divisé

Unis dans leurs positions, les "foulards rouges" n'en sont pas moins divisés sur leur mode d'action, et les divisions se cristallisent autour de la manifestation prévue dimanche prochain. Fabien Homenor préside une autre association qui revendique plus de 1 700 adhérents, Les Foulards Rouges de France, créée le 8 décembre. "Nous ne participerons pas à la marche, annonce-t-il d'emblée, pour l'opinion publique, c'est "la marche à Macron"". Des dissensions que le ralliement des "gilets bleus" à la marche risque d'approfondir. En effet, l'administrateur de la page, Laurent Ségnis, est adhérent de la première heure au parti La République En Marche, dans le Val de Marne et il a "activement participé à la campagne présidentielle". Il confirme avoir été contacté par plusieurs élus. "Tous sont les bienvenus, pourvu qu'ils soient républicains", annonce le "gilet bleu" qui assure lui-même venir "en tant que citoyen".

De son côté, Fabien Homenor maintient son appel "à ne pas participer" à la marche. Dans un communiqué, il désigne "des risques d'affrontements" et "d'être infiltrés par des casseurs mal intentionnés", puisque la marche ne bénéficie pas selon lui "d'autorisation définitive et se tiendra en même temps que la Marche pour le Climat". 

Fabien Homenor, président des Foulards Rouges de France, se désolidarise de la marche organisée par un autre groupe de Foulards Rouges.
Fabien Homenor, président des Foulards Rouges de France, se désolidarise de la marche organisée par un autre groupe de Foulards Rouges. / capture d'écran Facebook

Le Mouvement des Foulards Rouges annonce qu'il modifie le parcours de la marche : le départ ne se fera plus depuis la Place de la République, mais de la Place de la Nation, en direction de la Place de la Bastille, "sur demande de la Préfecture de Paris, parce qu'ils s'attendent à ce qu'il y ait du monde et c'est plus facile à sécuriser", rapporte Laurent Soulié. "Les gens se sont organisés, se réjouit Laurent Ségnis, j'ai reçu des messages de gens qui ont affrété des bus de toute la France (...) quatre sont prévus rien qu'à Dijon. Certains ont acheté leurs billets d'avions (...), même des expatriés."

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