La France va renforcer la vigilance sur les cigarettes électroniques : ce dispositif fait suite aux pathologies pulmonaires sévères chez des vapoteurs aux États-Unis, et à l'alerte lancée par les centres de contrôle sanitaires américains. Face au vapotage, chaque pays a sa politique et ses incertitudes.

Les autorités sanitaires françaises vont mettre en place un dispositif pour surveiller si l'usage des cigarettes électroniques s'accompagne ou non d'une épidémie de maladies pulmonaires sévères, comme cela semble être le cas aux Etats-Unis.
Les autorités sanitaires françaises vont mettre en place un dispositif pour surveiller si l'usage des cigarettes électroniques s'accompagne ou non d'une épidémie de maladies pulmonaires sévères, comme cela semble être le cas aux Etats-Unis. © AFP / ERIC BERACASSAT

Santé publique France élabore, en lien avec la Direction générale de la santé (DGS, ministère), "un dispositif de signalement des cas de pneumopathies sévères survenues chez des utilisateurs de dispositifs électroniques de vapotage (cigarette électronique, vaporisateurs) ou pratiquant le 'dabbing'", a expliqué l'organisme public.

Le "dabbing" est une pratique qui se développe chez les consommateurs de cannabis : elle consiste à inhaler au moyen d'une pipe à eau de la vapeur issue d'une forme concentrée de cette drogue, chauffée avec un petit chalumeau.

En France, vigilance, après l'alerte aux États-Unis

La France va renforcer la vigilance sur les cigarettes électroniques, annoncent le ministère de la Santé et Santé publique France. "Clairement en France, pour les produits qui sont autorisés, il n'y a pas de problème sanitaire", assure toutefois Roger Genet, directeur général de l'Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.

Ce dispositif de surveillance fait suite à l'alerte lancée en août dernier par les autorités américaines suite à des pathologies pulmonaires sévères chez des utilisateurs de cigarettes électroniques.

"À ce jour, ni les CDC, ni la Food and Drug Administration (FDA) n'ont avancé d'explication certaine quant à l'origine de ces pneumopathies sévères", souligne Santé publique France.

La composition des cigarettes électroniques très encadrée

"En Europe, on a un système de déclaration qui fait que tous les fabricants doivent déposer la composition intégrale de leurs produits et nous avons pour mission depuis deux ans de vérifier par échantillonnages ces déclarations. L'exposition à tous ces produits chimiques, plus de 1200 dans les produits de vapotage, 900  dans le tabac, est une préoccupation constante de l'agence en termes de risque d'exposition" selon les autorités sanitaires françaises.

La composition des produits de vapotage commercialisés en France "n'a rien à voir avec ceux commercialisés dans d'autres parties du monde. Vous avez trois fois plus de nicotine aux États-Unis dans les produits de vapotage qu'en France, vous avez également de la vitamine E, ou des produits à base de cannabis qui sont strictement interdits en Europe."

En 2018, Santé Publique France a compté 500 000 nouveaux vapoteurs, mais 600 000 fumeurs de tabac en moins par rapport à l'année précédente, et constaté une baisse de 12% sur les deux dernières années. La cigarette tue en France plus de 75 000 personnes par an.

Une alternative pour les fumeurs

"La cigarette électronique accentue les risques de cancers et maladies cardiaques." Lorsque  l'Académie américaine des sciences (PNAS) a affirmé cela en janvier 2018, l'étude a été très critiquée et contredite en France par plusieurs médecins. Parmi eux, le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et prescripteur de cigarettes électroniques : "Aujourd'hui, on sait que la nicotine est toxique, irritante pour les voies respiratoires, et addictive. Raison pour laquelle il n'y en a pas plus de 2% dans les e-liquides. Aux quantités consommées par un vapoteur, il existe une légère toxicité, mais infiniment moindre que celle du tabac fumé.", déclarait-il auprès de Paris Match.  Pour lui il est clair que vapoter est moins dangereux que de fumer, conformément à ce qu'indiquait le Haut Conseil à la Santé en 2016.

La Grande-Bretagne rembourse l'e-cigarette

La France n'est pas le seul pays d'Europe plutôt favorable à l'e-cigarette, mais elle n'est pas aussi enthousiaste que son voisin britannique. Le Royaume-Uni reste un fervent utilisateur de l'e-cigarette. C'est un outil de sa politique anti-tabac. En 2015, Public Health England estimait que l'usage de l'e-cigarette était 95% moins nocif que la fumée de tabac, et qu'il n'y avait aucune preuve que cette pratique incitait les jeunes à passer au tabagisme. L'e-cigarette est donc remboursée, quand le médecin en fait la prescription pour aider les patients à arrêter le tabac.

En Europe, la cigarette électronique est généralement soumise à la même législation que les cigarettes classiques, avec notamment l'interdiction à la vente pour les moins de 18 ans, l'interdiction d'utilisation dans les espaces publics et des restrictions à la publicité.

Quelques pays, comme la Roumanie ou la Bulgarie, tolèrent toutefois le vapotage dans les lieux publics.

La Commission européenne s'est engagée à soumettre un rapport d'ici le 20 mai 2021 pour modifier éventuellement la directive actuellement en vigueur - qui fixe notamment une limite à la quantité de nicotine dans les cigarettes électroniques et les liquides de recharge et prohibe certains additifs -, en fonction des informations scientifiques disponibles sur les effets de la cigarette électronique. Les règles sur les arômes et les liquides de recharge sans nicotine sont de la compétence des États membres.

Premiers morts aux États-Unis et interdictions

L'État de New-York a interdit le 18 septembre 2019 les e-cigarettes aromatisées, très prisées des adolescents. L'épidémie de maladies pulmonaires liées aux e-liquides continue aux États-Unis, le nombre de cas étant passé de 380 à 530 dans le pays, avec un total de sept décès.

Plus de 20% des lycéens américains vapotent
Plus de 20% des lycéens américains vapotent © AFP / John SAEKI

L'enseigne Walmart a annoncé vendredi qu'elle allait cesser de vendre, dans ses magasins américains, les cigarettes électroniques, accusées d'inciter les jeunes à fumer avec, à la clef, un fort risque de dépendance à la nicotine.

Cette décision prendra effet une fois écoulés les stocks actuels, a précisé le numéro 1 mondial de la distribution, dans un courriel.

"Au vu de la complexité et de l'incertitude croissantes entourant la réglementation des cigarettes électroniques aux niveaux fédéral et local, nous allons cesser la vente des produits électroniques contenant de la nicotine sur les sites américains Walmart et Sam's Club", a déclaré un porte-parole. Sam's Club est la marque des magasins de gros du groupe de l'Arkansas (sud).

L'Inde a interdit la cigarette électronique ces jours-ci. Mettant en avant des impératifs de santé, le gouvernement indien a annoncé l'interdiction de la production, de l'importation, de l'exportation, du transport, du stockage et de la vente de cigarettes électroniques. Une première infraction est passible d'un an de prison et/ou 100.000 roupies (1.270 euros) d'amende, jusqu'à 3 ans et/ou 500.000 roupies (6.300 euros) en cas de récidive. L'Organisation mondiale de la Santé a félicité l'Inde après cette annonce.

L'OMS se montre très prudente sur les e-liquides. "Les SEAN (systèmes électroniques d'administration de nicotine) sont probablement moins toxiques que les cigarettes, mais il n'y a pas assez de preuves pour quantifier le niveau précis de risque", estime l'organisme international dans un rapport publié en juillet.

Dans tous les cas, "les SEAN sont incontestablement nocifs et devront donc être régulés", selon l'OMS.

Le Canada en alerte

Le Canada a signalé sa première hospitalisation pour maladie respiratoire grave liée à l'inhalation de vapeurs le 18 septembre 2019.  La ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a expliqué que le gouvernement de Justin Trudeau réfléchissait à de nouvelles restrictions sur la publicité pour les produits de vapotage, ou sur la vente de certains parfums prisés des jeunes.

"Ma priorité numéro un, c'est la protection des jeunes", a expliqué la ministre à plusieurs journalistes. "Nous voulons faire en sorte que la réglementation en vigueur protège notre jeunesse, et que ces produits ne soient en rien attirants pour les jeunes."

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