[scald=90325:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

DIJON, Côte-d'Or (Reuters) - François Hollande a engagé lundi la bataille avec la majorité sur le thème de la sécurité et de la justice des mineurs, un terrain sur lequel la gauche est mal à l'aise et a connu des déboires électoraux.

Lors d'une visite à Dijon (Côte-d'Or), le candidat socialiste à la présidentielle en France a tenté de faire valoir une voie médiane entre prévention et répression et exprimé sa volonté de "protéger à la fois les jeunes (délinquants) et la société", avec une proposition-phare, le doublement du nombre de centres éducatifs fermés, à moyens budgétaires constants.

François Hollande s'est posé en rassembleur, rejetant les formules-choc, comme celles employées par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne pour la présidentielle de 2007.

"Je ne ferai pas de formule à l'emporte-pièce (...) Je crois que ça a fait assez de bruit, sans efficacité, pour ne pas répéter les erreurs. Celui qui doit représenter l'Etat doit être capable de réunir la Nation sur ces objectifs. Pas besoin de stigmatiser, pas besoin de diviser, au contraire", a-t-il dit aux journalistes.

Le thème de la sécurité, sur lequel la gauche a, dans les années 1970 et 1980, fait prévaloir les idées de prévention et de traitement social, est considéré comme une des raisons de la défaite au premier tour du socialiste Lionel Jospin en 2002.

Le candidat socialiste avait pâti de son aveu public de "naïveté" sur le sujet et d'un bilan jugé médiocre sur ce point. En 2007, la candidate socialiste Ségolène Royal avait tenté sans succès de batailler sur des conceptions répressives, comme l'idée de "camps à encadrement militaire" pour les jeunes délinquants.

LA "VIDEOPROTECTION", DE GAUCHE ?

Lors de son déplacement à Dijon, François Hollande a expliqué sa proposition de doubler de 40 à 80 le nombre de "centres éducatifs fermés" (CEF), structure pour mineurs délinquants créée sous le dernier mandat de Jacques Chirac, à l'origine combattue par la gauche.

Alternative à l'incarcération pour de jeunes gens multi-récidivistes, le CEF est une structure mi-coercitive, mi-éducative, au coût élevé, avec un encadrement de trois adultes pour un mineur placé.

Interrogé par Reuters, le candidat PS a admis qu'il ne consacrerait pas de crédits ou d'effectifs nouveaux à cette mesure. "Ca se fait dans le cadre du budget de la justice", a-t-il dit, soulignant qu'il ne s'agissait que d'un des éléments du dispositif éducatif. Il envisage un redéploiement de crédits, et notamment de revoir le programme de nouvelles places de prison, a-t-il dit. "Nous ferons moins cher et mieux".

Il n'est question dans son programme que de 1.000 recrutements dans la police, la gendarmerie et la justice, chiffre qui semble très faible aux syndicats compte tenu des retards français.

Sur un autre sujet controversé à gauche, la vidéosurveillance, rebaptisée "vidéoprotection" par le maire de Dijon François Rebsamen, fidèle de François Hollande, le candidat PS, visitant les équipements locaux, a aussi marqué une adhésion limitée et très prudente, mais nouvelle à gauche.

Son équipe estime que c'est un "outil de dissuasion, en tous cas de surveillance, mais certainement pas de prévention". Elle souligne que les études montrent qu'elle permet une baisse des vols et cambriolages "réelle mais peu significative" mais n'a aucun impact sur les délits violents.

Parallèlement, le candidat PS, qui a tenu une table ronde avec des personnels de la Protection judiciaire de la jeunesse - service de la justice qui met en oeuvre les décisions judiciaires concernant chaque année près de 400.000 mineurs - a mis l'accent sur les principes plus traditionnels de la gauche.

Il s'oppose à d'autres idées introduites sous le mandat de Nicolas Sarkozy, notamment le rapprochement du traitement pénal des mineurs de celui réservé aux majeurs, procès en comparution immédiate ou prison plus facile.

Le candidat PS s'estime plus à l'aise qu'en 2007 car tandis que 10.000 postes de policiers ont été supprimés depuis 2007, le bilan de Nicolas Sarkozy est très critiqué, du fait d'une forte progression des actes de violence sur les personnes.

Il y a plus de 10.000 viols déclarés en France chaque année et 340.000 cambriolages. La situation dans les banlieues pauvres est jugée par ailleurs préoccupante avec une violence endémique et un recours accru à des armes de guerre.

Edité par Patrick Vignal

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