Nicolas Hulot, ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, a annoncé au début du mois que la transition énergétique du nucléaire vers les énergies renouvelables ne pourrait pas se faire avant 2025, comme annoncé, mais plutôt avant 2030 voire 2035.

A quand la transition énergétique ?
A quand la transition énergétique ? © Getty / Sylvain Sonnet

Dans son programme présidentiel, Emmanuel Macron avait repris les engagements de François Hollande : 

  • baisser la part du nucléaire à 50% du mix électrique en 2025
  • fermer les dernières centrales à charbon françaises d'ici à 2022
  • doubler les capacités éoliennes et solaires d'ici à 2022

Or, mardi 7 novembre, Nicolas Hulot, annonçait à la sortie du conseil des ministres que la France ne pourrait pas ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75% à 50% en 2025, mais qu’il faudrait plutôt tabler sur 2030 voire 2035. Est-ce raisonnable ?

Denis Cheissoux a posé la question à Frédéric Denhez. Et étonnamment (ou pas), sa réponse est "oui" :

La transition énergétique prend beaucoup de temps, de plus en plus de temps, et on voit mal comment les objectifs initiaux auraient pu être atteints de toute façon... Nicolas Hulot a fait acte de réalisme, malheureusement.

Une énergie n'a jamais été substituée par une autre 

Toujours au micro de Denis Cheissoux, Frédéric Denhez explique : "Malgré le nucléaire, on continue à faire de la biomasse et du charbon dans le monde entier… En fait, ça a été très mal raconté. C'est devenu une histoire un peu magique : "on va passer en France, subitement du tout nucléaire ou tout énergies renouvelables" et on y a cru ! Sauf que : 

  1. On ne substitue jamais totalement une énergie par une autre.
  2. Il y a un fait sociologique : pour passer du nucléaire aux énergies renouvelables, il faut s'adapter, il faut consommer différemment et ça, ça prend plus que 5 à 10 ans, ça prend peut-être une génération".

Frédéric Denhez poursuit : "En tout état de cause , on voit bien que l'on est entre deux contraintes : on n'arrive pas à terminer le règne du nucléaire et puis on n'arrive pas vraiment à se donner les moyens de démarrer les énergies renouvelables… On est complètement schizophrènes. On veut des ENR, on veut des éoliennes, on veut des panneaux photovoltaïques, mais on ne veut pas de panneaux photovoltaïques au centre des villes ni d'éoliennes devant chez nous ou dans le jardin du voisin !"

Une politique énergétique sans vision

En 1973, avec la crise du pétrole, le prix du pétrole est multiplié par quatre. Le Premier Ministre de l'époque, Pierre Messmer, lance l'année suivante le plan du "tout-nucléaire", visant à atteindre "l'indépendance énergétique du pays". 

Douze ans plus tard, ce sont 49 réacteurs nucléaires qui sont installés à travers le pays. Alors qu'aujourd'hui, comme le souligne Frédéric Denhez, "ça fait dix ans qu'on parle du parc d'éoliennes offshore et on ne voit toujours rien... Les panneaux photovoltaïques, ça fait des années qu'on dit qu'il faut les multiplier et ils ne sont toujours pas multipliés. L'échelle de temps est différente. Pourquoi ? Parce qu'en 1979, on avait sans doute des gouvernements qui avait une vision à tout le moins de l'avenir, aujourd'hui on n'en a plus".

L'erreur de l'éolien

Frédéric Denhez : "On voit bien aussi qu'on a fait une erreur majeure : quand on a mis en place les projets pour développer les énergies renouvelables, on n'a jamais pris en compte par exemple l'impact des éoliennes sur la biodiversité et on ne se rend compte qu'aujourd'hui qu'il y a bien un impact. Et que si on veut tenir compte de cet impact, il faut faire des études qui vont encore un peu plus rallonger les projets, donc ça va sans doute encore un peu plus ralentir la transition énergétique.

Et puis, on se rend compte, de façon très concrète, que si vraiment on veut tout respecter en matière de biodiversité, on ne peut pas mettre une éolienne à moins de mille mètres du premier arbre. Ça va devenir très compliqué…" 

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Ecoutez l'entretien complet de Frédéric Denhez au micro de Denis Cheissoux

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Frédéric Denhez au micro de Denis Cheissoux

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