Trois ans après la promulgation de la loi contre le gaspillage alimentaire, le gouvernement dit vouloir s'attaquer au gaspillage vestimentaire, mais les associations dénoncent un texte qui manque singulièrement d'ambition.

Après le gaspillage alimentaire, le gouvernement va s'attaquer au gaspillage textile
Après le gaspillage alimentaire, le gouvernement va s'attaquer au gaspillage textile © Maxppp / La Voix du Nord / Pierre Le Masson

La loi Garot, la loi anti gaspillage alimentaire, a été promulguée avec succès il y a trois ans pour empêcher les grandes surfaces de jeter des denrées invendues encore comestibles.

Le gouvernement va maintenant s'attaquer au gaspillage vestimentaire, c’est à dire les invendus du textile, la deuxième industrie la plus polluante. Des dispositions figureront dans le projet de loi sur l'économie circulaire qui devrait voir le jour en juillet prochain, avec pour but de permettre de consommer plus responsable.

L'avant-projet (qui a déjà fuité) est critiqué par des ONG et associations, qui dénoncent un texte, au mieux, sans ambition, au pire franchement incomplet. Notamment sur les questions du gaspillage vestimentaire. Le mois dernier, après le scandale des objets invendus détruits par Amazon, la secrétaire d'État à la Transition écologique, Brune Poirson, assurait qu'une loi allait interdire ces pratiques.

Dans l'article 5 de l'avant-projet de loi, il est écrit que les professionnels du textile sont tenus de réemployer, réutiliser ou recycler leurs invendus... sous réserve que ce soit techniquement possible.

Bref, exit la contrainte. C'est impensable selon Valérie Fayard, déléguée générale adjointe d'Emmaüs France : "Cette petite parenthèse ouvre une porte à des échappatoires. Est-ce que les distributeurs vont considérer que, parce qu'un produit est soi-disant abîmé, il ne peut pas être redonné ou recyclé, et donc ils vont pouvoir le jeter ? Il faut absolument leur interdire complètement de jeter ou de rendre impropre à la consommation."

Le déstockage privilégié par les profesionnels

Dans le texte, on ne trouve pas non plus d'obligation de réutilisation, de recyclage, ou de don aux associations de solidarité. Elle figure pourtant dans la loi contre le gaspillage alimentaire. "Dans le cas de l'alimentaire c'est obligatoire, ils sont obligés de conclure une convention avec une association", rappelle Valérie Fayard. "Dans le cas du textile, on peut discuter de la notion d'obligation, mais en tous les cas cette notion de lien avec les associations de solidarité n'apparaît nulle part du côté des professionnels."

Des professionnels du textile qui rejettent toute idée d'encadrement. Les enseignes pratiquent massivement le déstockage, les invendus jetés à la poubelle sont une pratique rare, affirment-ils. Impossible de savoir s'ils disent vrai, puisqu'il n'existe ni données publiques, ni vérification...

Selon la dernière étude Ispos-Comerso, 13 % des enseignes textiles interrogées qui ne pratiquent pas le don déclarent détruire leurs invendus. Et 58 % disent privilégier le déstockage.

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