Karl Lagerfeld "était un génie car il a su s’adapter au temps et se renouveler en respectant la lignée Chanel. Ce qu'il a su faire, c’est emprunter des éléments de la rue et les poser sur Chanel. Mais pour moi, c’est un peu trop visible pour que ce soit sincère, trop commercial", dit Rosemary, 23 ans.

Confession de sept jeunes étudiants de l'École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne sur Karl Lagerfeld.
Confession de sept jeunes étudiants de l'École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne sur Karl Lagerfeld. © Radio France / Manon Leterq

La mort de Karl Lagerfeld est officielle depuis quelques heures. Les apprentis stylistes de l'École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne dans le 2e arrondissement, affichent une mine attristée. Tous soulignent le rôle du styliste, star parmi les stars, indémodable malgré le temps qui passe, ayant redonné toutes ses lettres de noblesse à la maison Chanel. Reste que pour certains, les créations du styliste posent question. Karl Lagerfeld est-il encore un modèle pour les jeunes générations ?

Rosemary, 23 ans : "Chanel, ce n'est pas forcément les vêtements, c'est lui"

"C'est un personnage qui m’a fait grandir. Pour moi, c'était un génie car il a su s’adapter au temps et se renouveler en respectant la lignée Chanel et en chopant le petit truc qui pouvait fonctionner. Chanel, c'était Karl Lagerfeld. Il a beaucoup apporté à la maison en tant que personnage et aussi en tant qu’icône. Il a compris ce qu’était le marketing : Chanel ce n'est pas forcément les vêtements, c'est lui. Certaines personnes savent à quoi ressemble le style Karl Lagerfeld, et ont donc une idée de ce qu’est Chanel. En ça, c’est un des rares à être vraiment l’image de sa marque. C’est mon impression. Dans ses défilés, il y a toujours eu un côté jeune. Il a toujours utilisé des matières autres que le tweed, qui reste certes toujours présent, mais il a su innover notamment avec le jean et les tailles basses lors de défilés. Les derniers n'ont pas été à mon goût car c’était le streetwear qui dominait ou les k-way en plastique posés sur des tailleurs Chanel. Ce qu'il a su faire, c’est emprunter des éléments de la rue et les poser sur Chanel. Pour moi, c’est un peu trop visible pour que ce soit sincère, trop commercial. Cela reste une tendance générale dans le milieu de la mode de se focaliser sur le marketing... ”

Rosemary, 23 ans : "C’est un des rares à être vraiment l’image de sa marque."
Rosemary, 23 ans : "C’est un des rares à être vraiment l’image de sa marque." © Radio France / Manon Leterq

Marie, 19 ans : "Il a fait des choses complètement folles, il est iconique."

"Il a réalisé des choses extraordinaires et révolutionnaires notamment dans les années 90 avec des choses totalement folles qu’on n’aurait jamais imaginées chez Chanel. Pour moi, il est iconique. Il a fait une collection Haute Couture sur les métiers de la mode, rendant à cette occasion un hommage aux couturières, ces petites mains si importantes. Je me souviens d'un très beau défilé avec des ciseaux partout et des mètres rubans. En écoutant des interviews, je me suis rendu compte qu'il était toujours au goût du jour, c'est-à-dire créatif. Ça fonctionnait parce qu'il était en phase avec son temps, sinon on l’aurait perdu depuis longtemps.”

Marie, 19 ans : "Pour que cela fonctionne, il fallait qu'il soit en phase avec son temps."
Marie, 19 ans : "Pour que cela fonctionne, il fallait qu'il soit en phase avec son temps." © Radio France / Manon Leterq

Caroline, 18 ans : "Il était proche de ses couturières"

“C’était un des derniers stylistes qui dessinait réellement. Il a su conserver l’image de marque de Coco Chanel en perpétuant ce qu’elle a fait. Son travail, c’était intéressant et inspirant. Il a beaucoup travaillé avec ses couturières, a été proche d’elles et de son atelier de couture, ce qui est rare aujourd'hui quand on voit les méthodes de travail des jeunes stylistes, plus axées sur le côté commercial. Chanel est une des dernières maisons familiales contrairement aux autres qui appartiennent à LVMH.” 

Caroline, 18 ans : "Chanel est une des dernières maisons familiales."
Caroline, 18 ans : "Chanel est une des dernières maisons familiales." © Radio France / Manon Leterq

Grégory, 20 ans : "C'était une bible vivante" de la mode

"Il a apporté un style, une allure et pour moi il laisse une empreinte indélébile. Après, il n’est pas à proprement parler une source d’inspiration pour mes travaux. Dans mon école, on parle de lui lors de nos cours d’histoire de la mode et en modélisme, notamment de coupe, de tailleurs Chanel, des choses finalement très techniques. C’était une bible vivante, il connaissait tout comme les fleurs de madame de Pompadour qu'elle faisait pousser dans son jardin. Il était très instruit donc il avait une connaissance très pointue de l’histoire de la mode."

Grégory, 20 ans : "C’était une véritable bible vivante."
Grégory, 20 ans : "C’était une véritable bible vivante." © Radio France / Manon Leterq

Ibrahima, 26 ans : "Il a toujours su bien s'entourer, c'était très intelligent de sa part"

Karl Lagerfeld est un grand symbole de la mode, et je dirais même du système de la mode. C’était du militantisme d’être à la tête de Chanel. Je dirais même qu’il a mieux vendu que la fondatrice Coco Chanel. Sans lui, la maison ne serait vraiment pas ce qu’elle est à l'heure actuelle. J'ai beaucoup de respect pour l'homme. Au-delà de ses créations, il connaissait bien le business de la mode, son fonctionnement et ses vices. Il a toujours su bien s’entourer, c’était très intelligent de sa part. Il sélectionnait les mannequins selon le type de collection tout en analysant l'impact que cela pouvait avoir sur les gens et les jeunes. Selon moi, Karl Lagerfeld ne sera jamais ringard et lui-même devait se considérer comme une oeuvre d’art."

Ibrahima, 26 ans : "Karl Lagerfeld ne sera jamais ringard."
Ibrahima, 26 ans : "Karl Lagerfeld ne sera jamais ringard." © Radio France / Manon Leterq

Jill, 21 ans : "C'est comme si une grande partie de la culture de la mode était en train de disparaître"

“Karl Lagerfeld sera pour les générations à venir une référence, j'en suis persuadée. Avec sa mort, c'est comme si une grande partie de la culture de la mode était en train de disparaître, laissant la place aux jeunes créateurs. Le rapport à la mode entre les anciens et les jeunes créateurs est différent dans la manière de réfléchir les collections. Karl Lagerfeld racontait des histoires, empruntait beaucoup de thèmes. Désormais, on retrouve plus de concepts en réfléchissant aux vêtements pour les gens qui sortent dans la rue. Chanel, c’est beaucoup de broderie, la mise en avant d'un savoir-faire alors que désormais on veut juste des vêtements beaux et simples à porter avec des poches. C’est une mode plus réaliste. Ce qu’il faisait pour Fendi était beaucoup plus contemporain que chez Chanel, peu accessible. Après il n’y en aura pas deux des comme lui. Il était presque immortel. Je ne peux que respecter son travail même si à la fin, je trouvais que ses créations se répétaient. Il y avait vraiment beaucoup de tweed, et il n'y avait pas de grande diversité au niveau des tailleurs."

Jill, 21 ans : "Il était presque immortel."
Jill, 21 ans : "Il était presque immortel." © Radio France / Manon Leterq

Maya, 21 ans : "Je ne partage pas sa vision du monde de la haute-couture"

"Je pense que c’est le seul créateur qui a fait autant de collections, quasiment plus de vingt par an entre Chanel, Fendi, sa marque et le prêt-à-porter. C’était un acharné du travail. On savait tous qu’il allait travailler jusqu’à sa mort. Des rumeurs disaient même que vers ses 80 ans, il avait déjà dessiné ses vingt prochaines collections. La disparition de Karl Lagerfeld, c'est une perte importante pour le milieu de la mode. Même s'il était admiré de tous, qu'il a su créer son empire et façonné la silhouette Chanel tout en tweed avec le tailleur et la jupe, je trouvais que ses dessins et ses créations étaient parfois un peu ringardes.  Je ne partageais pas sa vision du monde de la haute-couture puisqu'il empruntait un thème pour chaque collection. Je pense notamment aux thématiques sur Paris ou encore l’Egypte, mais on ne travaille plus du tout comme ça aujourd’hui."

Maya, 21 ans : "C'est une perte importante pour le milieu de la mode."
Maya, 21 ans : "C'est une perte importante pour le milieu de la mode." © Radio France / Manon Leterq
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