Antonio Barbetta, 40 ans, gilet jaune de la première heure, a été blessé grièvement au pied le 24 novembre sur les Champs Elysées par une grenade lacrymogène. C'est lui qui a eu l'idée de la marche de samedi, en hommage aux blessés, "pour que le monde entier voie et sache ce qu'on fait au peuple français".

Antonio Barbetta, gilet jaune, a été blessé au pied par une grenade lacrymogène le 24 novembre
Antonio Barbetta, gilet jaune, a été blessé au pied par une grenade lacrymogène le 24 novembre © Radio France / Rémi Brancato

Sur sa page Facebook "France blessée la page 100% des victimes gilets jaunes", Antonio Barbetta a lancé l'idée de consacrer ce 12ème samedi de mobilisation des gilets jaunes aux manifestants blessés. Cet "Acte 12" intitulé "l'impact", rendra donc hommage, ce samedi 2 février, à ceux qui, comme lui, ont été grièvement blessé lors d'une manifestation, depuis le début du mouvement le 17 novembre, "pour que le monde entier sache et voie ce qu'on fait au peuple français en souffrance" explique cet habitant de Compiègne, dans l'Oise. La "marche blanche" partira samedi à 11 heures de la place Daumesnil, à Paris.

Une "blessure de guerre" selon les médecins.

Depuis deux mois, ce père de famille de 40 ans, qui marche encore en s'aidant de béquilles, vit avec une blessure au pied. Il se souvient des mots du chirurgien orthopédiste qui l'a opéré, à son arrivée à l'hôpital Bichat : "blessure de guerre".

Ce 24 novembre, pour le deuxième samedi de mobilisation, il se rend, "avec des amis" à Paris, sur les Champs Elysées et à proximité. L'atmosphère est tendue mais Antonio assure être resté à proximité "en observateur". Il décrit alors une charge des forces de l'ordre pour repousser les manifestants, qui va causer sa blessure.

Une grenade "incrustée" dans le pied

"Vers 16h30, j'ai reçu une grenade GLI F4, lors d'un mouvement de foule pour y échapper" raconte-t-il. "Je n'ai pas eu le temps de réagir, elle a explosé et est venue s’incruster sur trois centimètres de profondeur dans mon pied" détaille encore Antonio. Sur les réseaux sociaux, on peut voir les images de sa basket, ensanglantée et perforée.

Alors depuis ce jour, il doit vivre avec cette blessure handicapante. "C'est la première fois que je sors depuis le 24 novembre" confie-t-il, ce mercredi 30 janvier, dans les locaux de la Ligue des droits de l'homme, à Paris, où il donne une conférence de presse, en compagnie notamment d'Eric Drouet, figure du mouvement, et de Jérôme Rodrigues, blessé lui à l’œil, le 26 janvier, place de la Bastille, dans des circonstances encore floues.

Eric Drouet, Jérôme Rodrigues et Antonio Barbetta, le 30 janvier, à Paris
Eric Drouet, Jérôme Rodrigues et Antonio Barbetta, le 30 janvier, à Paris © Radio France / Rémi Brancato

Des frais de santé à sa charge

Il a du mal à conduire, craint de ne pas pouvoir accepter des missions d'intérim "à l'usine" ou qui demanderaient un effort physique, comme il a l'habitude de le faire. Sans compter le coût d'une telle blessure. "Je n'ai pas pris de mutuelle, car j'étais au chômage, et donc aujourd'hui tous les frais de santé qui ne sont pas pris en charge sont pour moi" explique-t-il.

"Je me réveille la nuit en ayant les scènes de ce qui s'est passé"

Deux mois après, il faut encore prendre des anti-douleurs, suivre des soins infirmiers quotidiens, avant ceux du kinésithérapeute. "Je me réveille la nuit en ayant les scènes de ce qui s'est passé", raconte celui qui se dit encore atteint psychologiquement.

Une "marche blanche" en hommage aux blessés ce samedi

Alors pour défendre ceux qui comme lui ont été blessés dans une manifestation depuis le début du mouvement, il demande l'interdiction des grenades de désencerclement ou GLI F4 (lacrymogène) comme celle qui a causé sa blessure ainsi que du lanceur de balles de défense (LBD 40) : "je veux que les gens ne se voilent plus la face, en se disant qu'il ne se passe rien, que s'il y a des blessés c'est qu'ils ont frappé les forces de l'ordre parce que ce n'est pas le cas". 

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