Les étapes de la colère inédite des "gilets jaunes" : retour sur ce mouvement populaire, de sa naissance sur les réseaux sociaux aux violentes manifestations de rue, en passant par les concessions de l'exécutif.

cela fait maintenant deux mois que la mobilisation des "gilets jaunes" a commencé
cela fait maintenant deux mois que la mobilisation des "gilets jaunes" a commencé © AFP / Sebastien Bozon

Depuis qu'il est apparu le 18 novembre dernier, le mouvement, à l'origine contre la hausse des carburants et exprimant par la suite un profond mécontentement social, a fait six morts, pour la plupart lors d'accidents sur les barrages, et plus de 1 400 blessés.                      

18 octobre : vidéo et pétition

Dans une vidéo sur Facebook postée le 18 octobre, devenue rapidement virale, une inconnue, Jacline Mouraud, interpelle "Monsieur Macron", dénonçant "la traque aux conducteurs". Une pétition "Pour une baisse des prix du carburant" lancée par une autre inconnue, Priscillia Ludosky, cartonne sur internet.   

La contestation anti-taxes sur le carburant se structure. Des centaines de groupes pullulent sur Facebook pour tenter d’organiser le mouvement de lutte contre le prix trop élevé des carburants.

17 novembre : premiers blocages

Le samedi 17 novembre, la première journée de blocages de routes rassemble en France près de 290 000 manifestants arborant un gilet jaune fluorescent. Une manifestante meurt en Savoie, fauchée par une automobiliste qui total, on dénombre 409 personnes blessées, dont 14 gravement.

L'action des "gilets jaunes" est organisée en dehors de tout parti ou syndicat. Mais sentant que le mouvement est profond, les leaders politiques d'opposition annoncent leur soutien, voir leur mobilisation aux cotés des "gilets jaunes". Marine Le Pen, Laurent Wauquiez et Jean-Luc Mélenchon sont de ceux-la "Depuis le tout début, nous soutenons cette journée du 17 novembre, je vois d'ailleurs que nous avons fait des émules" assure la présidente du Rassemblement national. "Je serai aux côtés des manifestants, je n'ai pas l'habitude de me dérober" lui répond Laurent Wauquiez, le président de LR. "Le 17 novembre est une auto-organisation populaire dont je souhaite le succès" affirme Jean-Luc Mélenchon.

18 novembre : le premier ministre dit non

Le lendemain, au 20h de France 2, le Premier ministre Édouard Philippe assure que "le cap est bon" et que le gouvernement "va le tenir".  Quant à la proposition de Laurent Berger, le patron de la CFDT, d'une conférence pour "un pacte social de la conversion écologique", elle est fermement écartée par le premier ministre.
Des manifestations et des blocages ont lieu à partir de ce jour dans toute la France, quotidiennement. L'île de La Réunion est secouée par une flambée de violence, due notamment à de jeunes casseurs. 

20 novembre : le gouvernement veut tenir

Bruno Le Maire écarte tout "geste" de la part du gouvernement. Le ministre de l'Economie et des Finances considère qu'"un centime ici, deux centimes là sur le prix du carburant" n’apaiseront pas la colère des manifestants assure-t-il. Face au mouvement des "gilets jaunes", "Nous gagnerons collectivement par la cohérence, la constance et la détermination", affirme de son coté Edouard Philippe à la réunion de groupe des députés LREM, selon des participants.
En déplacement en Belgique, Emmanuel Macron déclare que le gouvernement "va continuer" à expliquer sa stratégie, qui est "d’une part de taxer davantage les énergies fossiles et d’autre part d’avoir un accompagnement des plus modestes".
La circulation est perturbée en plusieurs points du réseau routier. Les forces de l'ordre interviennent dans les Bouches-du-Rhône pour libérer les accès au port pétrolier et au dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer et l'accès à la raffinerie Total de La Mède. Puis au dépôt pétrolier Total de Lespinasse, au nord de Toulouse.
À La Réunion, le préfet instaure une mesure d'interdiction de circuler de 21h00 à 06h00 dans la moitié des communes de l'île, bloquée par de nombreux barrages routiers dressés par des "Gilets jaunes".  

22 novembre : les Français soutiennent le mouvement

Le ministère de l'Intérieur recense pour la journée 12 000 participants au mouvement des gilets jaunes.
La crise des "gilets jaunes" était "évitable", assure Nicolas Hulot sur France 2 qui confie que le gouvernement n'a pas "entendu" ses propositions pour un meilleur accompagnement social de la transition écologique.
Le gouvernement décide de reporter, jusqu'à nouvel ordre, la création d'une vignette poids lourds censé rapporter 500 millions d'euros par an et permettre de faire des travaux sur les infrastructures.  
Selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting, deux tiers (66%) des Français jugent que le mouvement des "gilets jaunes" doit se poursuivre. Près de 8 Français sur 10 (77%) l'estiment justifié. Un soutien qui progresse globalement dans toutes les catégories de la population.

24 novembre : l'"acte II"      

Le 24 novembre, plusieurs milliers de manifestants s'opposent durement aux forces de l'ordre sur les Champs-Élysées à Paris. Quelque 106 000 manifestants en France (dont 8 000 à Paris) seront recensés. Christophe Castaner, évoque un "fort affaiblissement de la mobilisation". Emmanuel Macron exprime sa "honte" face à ces incidents. 

Honte à ceux qui les ont agressées. Honte à ceux qui ont violenté d'autres citoyens et des journalistes. Honte à ceux qui ont tenté d'intimider des élus. Pas de place pour ces violences dans la République.

Le gouvernement impute les violences à des "séditieux" de "l'ultradroite" qui répondraient "à l'appel de Marine Le Pen". Les partis d'opposition, à droite comme à gauche, lui reprochent de vouloir réduire le mouvement aux violences et de rester sourd aux revendications des manifestants. Il y a eu au total 130 personnes placées en garde à vue. À Paris, 69 personnes ont été interpellées.

25 novembre : nouvelle renonciation et premiers doutes

Le gouvernement a décidé d'exclure les péages urbains du projet de Loi sur les mobilités (LOM) qui allait être présenté le lendemain en Conseil des ministres, faute de villes candidates et pour ne pas "accentuer les fractures entre territoires", a indiqué dimanche le ministère des Transports.

"Je veux qu'on soit utiles à nos concitoyens et je ne conçois pas qu'on soit simplement une force d'opposition", affirme le député LR de l'Aveyron Arnaud Viala qui a publié une tribune sur le site du Journal du Dimanche, avec son collègue de l'Aisne Julien Dive. Dans ce texte, les deux députés critiquent la gestion de la crise des "gilets jaunes" par leur parti.

26 novembre : un début de structure

Le mouvement se structure et annonce sur les réseaux sociaux qu'ils se sont dotés d'une délégation de huit "communicants  officiels" nationaux chargés de rencontrer le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, et le gouvernement. Parmi eux figurent deux des initiateurs du mouvement: Eric Drouet, chauffeur routier à Melun (Seine-et-Marne) qui avait lancé sur Facebook la mobilisation nationale du 17 novembre, et Priscillia Ludosky, à l'origine d'une pétition pour une baisse des prix à la pompe. Mais à peine nommés, ces porte-parole sont désavoués et de sérieuses dissensions commencent à apparaître au grand jour au sein des "Gilets Jaunes". Dans les Côtes d'Armor, le porte-parole local des "gilets jaunes", Tristan Lozach, met en cause Maxime Nicolle, issu du département et membre de la "délégation" nationale. Benjamin Cauchy, ancien membre de l'UNI, est également désavoué.  "Il faut être a priori sans conviction politique pour faire partie des 'Gilets jaunes' et j'ai des convictions politiques", admet-il sur RTL. "Ils ne souhaitent pas que je continue à parler aux noms des 'Gilets jaunes'."

À la tribune de l'Assemblée, le député LFI de La Réunion Jean-Hugues Ratenon brandi un gilet jaune en dénonçant des droits "bafoués" sur l'île et un "comportement colonial du gouvernement français". C’est le deuxième gilet jaune qui pénètre l'hémicycle après celui qu'a revêtu Jean Lassalle mercredi, entraînant là aussi une interruption de séance.

Hasard du calendrier selon le gouvernement, c'est le jour où la ministre des Transports, Elisabeth Borne, présente un projet de loi qui propose des aides à la mobilité durable, en faveur du vélo, de la voiture électrique ou encore du covoiturage. Pour réduire la pollution, le gouvernement annonce l'élargissement du chèque énergie pour aider les ménages modestes ou encore la super prime à la conversion, ou l'exclusion des péages urbains du projet de loi pour ne pas "accentuer les fractures entre territoires".

27 novembre : premières annonces             

Emmanuel Macron annonce vouloir adapter la fiscalité des carburants aux fluctuations de prix et organiser une "grande concertation" dans les territoires.         
Le chef de l'État a confié au ministre de la Transition écologique François de Rugy le soin de recevoir des représentants du mouvement, ce que ce dernier a fait dans la soirée, recevant pendant près de deux heures au ministère Priscillia Ludosky et Eric Drouet qui dit ne pas avoir été convaincu par les annonces d'Emmanuel Macron, réclame une nouvelle rencontre avec "le porte-parole du gouvernement ou le Premier ministre" et annonce une nouvelle mobilisation samedi sur les Champs-Élysées.
"Il faut que le gouvernement écoute, écoute les corps intermédiaires", demande à nouveau Laurent Berger, les leader de la CFDT.

28 décembre : Bardot en jaune

Édouard Philippe confirme la hausse de la taxe carbone sur les carburants au 1er janvier, qui doit entraîner une augmentation des taxes de l'ordre de 3 centimes sur l'essence et de 6 centimes sur le gazole.  "Le président l'a dit, on a fixé un cap, et puis on va tenir ce cap", dit -il sur RMC.
"On n'a pas le droit de semer le désordre avec des décisions politiques qui mettent les Français en rage !" Sur France Inter, Ségolène Royal tance Emmanuel Macron et son gouvernement.

La CGT et FO exhortent le gouvernement à augmenter le Smic au-delà de la revalorisation prévue en janvier pour "booster le pouvoir d'achat".
Brigitte Bardot, Michel Polnareff et le rappeur Kaaris, Franck Dubosc, Pierre Perret disent être aux côtés des "gilets jaunes".
Le soutien des Français au mouvement progresse significativement. D'après un sondage Odoxa-Dentsu Consulting, 84% des Français jugent justifié le mouvement, soit une progression de dix points par rapport au 16 novembre dernier.

29 novembre : la pétition a dépassé le million de signatures

"Il m'a écouté avec son cœur", a déclaré Patrick de Perglas, le gilet jaune en grève de la faim qui a été reçu par Edouard Philippe, pour un "tête-à-tête" d'une trentaine de minutes.
La pétition en ligne "pour une baisse des prix du carburant à la pompe", lancée fin mai par Priscillia Ludosky, l'une des figures des "gilets jaunes" en région parisienne, a dépassé le million de signataires sur la plateforme change.org.
François Hollande, invite les "gilets jaunes" rencontrés à Antraigues-sur-Volane (Ardèche) à "continuer à prendre la parole" pour "que cela débouche."

30 novembre : une rencontre qui tourne au fiasco

La mobilisation se poursuite via une myriade de points de blocage, barrage filtrants ou barrages tout court.
Les dirigeants syndicaux reçus par le Premier ministre, François de Rugy, et la ministre du Travail, Muriel Pénicaud pressent le gouvernement de prendre des mesures rapides, sans attendre les trois mois de concertations annoncés.
Le Premier ministre Edouard Philippe devait rencontrer les huit représentants des "gilets jaunes" mais deux seuls se présentent. Jason Herbert quitte Matignon quelques minutes après son arrivée car on lui refuse de filmer la rencontre et la retransmettre en direct sur Facebook. Un autre "gilet jaune" entre par une porte à l'arrière et refuse que son nom soit communiqué car il a reçu des menaces.

1er décembre  : "actes III" et saccage de l'Arc de Triomphe

Le 1e décembre, le troisième samedi de mobilisation, donne lieu à de multiples violences, surtout à Paris, où l'Arc de Triomphe et plusieurs quartiers huppés connaissent des scènes de guérilla urbaine. Véhicules et restaurants incendiés, magasins saccagés et pillés, forces de l'ordre et de secours prises à partie. 136 000 manifestants sont recensés partout en France. Près de 270 interpellations ont eu lieu à Paris où des incidents marge des Champs-Élysées ont fait au moins 95 blessés, dont un manifestant en urgence absolue.  
La préfecture du Puy-en-Velay (Haute-Loire), fief du chef de file des Républicains, Laurent Wauquiez, est incendiée par des "Gilets jaunes", déçus d'une rencontre avec le préfet de département. Un défilé de plus d'un millier de "gilets jaunes" dégénère dans les rues de Saint-Etienne. 2 000 manifestants tentent d'entrer dans la mairie de Bordeaux. Des face-à-face tendus opposent "gilets jaunes" aux forces de l'ordre dans plusieurs villes.
Christophe Castaner dénonce "des professionnels du désordre" et s'interroge sur l'opportunité de réinstaurer l'état d'urgence.
"Je n'accepterai jamais la violence. Aucune cause ne justifie que les forces de l'ordre soient attaquées, que des commerces soient pillés, que des passants ou des journalistes soient menacés, que l'Arc du Triomphe soit souillé", déclare Emmanuel Macron depuis Buenos Aires, à la fin du sommet du G20.   

2 décembre : réunion de crise à l'Elysée

Les violences et destructions parisiennes font la une de la presse internationale.

Dès son arrivée en provenance du G20 en Argentine, Emmanuel Macron constate les dégâts à Paris et convoque une réunion d'urgence à l'Élysée avant de demander à son Premier ministre de recevoir les chefs de partis politiques et une délégation des "gilets jaunes" à partir de lundi.
Sur France Inter, François de Rugy a assuré que "le gouvernement ne restera pas sourd et muet". Pour sortir de la crise des "gilets jaunes", Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon réclament des élections anticipées.
Les blocages de routes, zones commerciales et dépôts pétroliers, se poursuivent.  

3 décembre : le pouvoir prépare un "geste" dans l'urgence

Le Premier ministre Édouard Philippe va rapidement annoncer des "mesures" afin de permettre "le déroulement serein" de la concertation de trois mois voulue par l'exécutif, a fait savoir son entourage.
Sur France Inter, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux ouvre la porte à un dialogue sur la taxe carbone.

Les violences du week-end à Paris ont donné lieu au chiffre record de 363 gardés à vue, selon le parquet de Paris. Parmi eux, 139 suspects ont été présentés à la justice et 111 ont vu leur garde à vue prolongée. Les cinq salles d'audience du tribunal de Paris dédiés aux comparutions immédiates n'ont pas désempli de tout l'après-midi, avec l'audition à la chaîne de manifestants arrêtés samedi lors des violents rassemblements de "Gilets jaunes".
Porté par cette contestation, le mouvement lycéen contre les réformes dans l'Éducation nationale perturbe les lycées à partir du 3 décembre.                      

4 décembre : premiers pas du gouvernement vers les gilets jaunes

Édouard Philippe annonce la suspension pour six mois de la hausse de la fiscalité sur les carburants et du durcissement du contrôle technique automobile, ainsi qu'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité "durant l'hiver". Des mesures qui n'apaisent absolument pas les "gilets jaunes"
Emmanuel Macron est hué lors d'une visite surprise à la préfecture incendiée du Puy-en-Velay.
Douze majeurs et un mineur sont présentés à un juge d'instruction dans le cadre de l'enquête sur le pillage du musée de l'Arc de Triomphe.
Trump retweete un commentateur conservateur selon lequel dans les rues de Paris, les manifestants scandent : "Nous voulons Trump".

5 décembre : l'Élysée craint "une très grande violence" samedi

Les hausses des taxes prévues pour le 1er janvier sont "annulées pour l'année 2019", annonce le ministre de la Transition écologique François de Rugy. Sur les nombreux groupes Facebook réunissant les "gilets jaunes", la mesure n'apaise pas les personnes mobilisées.
Lors du Conseil des ministres, Emmanuel Macron s'opposé à tout rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), l'une des exigence prioritaires des "gilets jaunes". Le président demande aux forces politiques et syndicales, au patronat de lancer un appel clair et explicite au calme"
À l'Assemble, Jean-Luc Mélenchon balaye les mesures de l'exécutif, et juge que la France est "en état d'insoumission générale".
Des dizaines de lycées sont bloqués en France, et des manifestations parfois émaillées de violence ont lieu.
Les organisateurs de l'édition 2018 du Téléthon, renoncent "pour des raisons de sécurité", à certains extérieurs, notamment à Paris.
Lors d'un débat organisé par BFM, Eric Drouet, l'un des porte-parole des "Gilets jaunes", confirme son intention de pénétrer dans le palais de l'Elysée.

6 décembre : soutien des Français au mouvement mais inquiétude face à sa violence

Le premier ministre annonce la mise en place de moyens exceptionnels pour l'"acte IV". Quelque 89.000 forces de l'ordre seront mobilisées et l'usage d'"une douzaine de véhicules blindés de la gendarmerie qui sont parfois utilisés dans des opérations, ça a été le cas à Notre-Dame-des-Landes".
Benoît Hamon condamne la violence entourant le mouvement des "gilets jaunes, qui "abîme" celui-ci, tout en invitant l'Etat à "répondre avec du respect et non des grenades assourdissantes". Invité de France Inter, Pierre Moscovici juge que l'ISF "Était un instrument de redistribution et l'un des piliers du consentement à l’impôt". Pour lui, cette suppression a "fragilisé le consentement à l’impôt".
Selon un sondage Odoxa près de huit Français sur dix considèrent que le mouvement des "gilets jaunes" est "solidaire", "courageux" et "luttant pour l'intérêt général". Néanmoins, 59% des Français indiquent que ce mouvement les inquiète, soit 15 points de plus que la semaine dernière, et près d'une personne sur deux le trouve "violent" (47%, soit 10 points de plus en une semaine).
Muriel Robin tient à faire savoir qu'elle soutien les "gilets jaunes". "Je pense que c’est aux nantis qu’il faut prendre, et sachez que je m’interroge beaucoup sur l’humanité des hommes politiques" écrit-elle sur sa page Facebook.

7 décembre : des "gilets jaunes" à Matignon

Sept membres des "gilets jaunes" dits "modérés" (Benjamin Cauchy, David Tan, Cédric Guémy, Christophe Chalençon, Jacqueline Mouraud, Damien Molin, Cedric Delaire), sont reçus à Matignon. Ils appellent à manifester pacifiquement et pas à Paris pour ne pas être assimilés à des "casseurs".  "La clé, c'est le président de la République qui l'a", déclare à la sortie Christophe Chalençon. "À lui d'agir en tant que patron de la Nation, père de la Nation." "On lui demandé d'avoir quatre, cinq décisions très franches qui vont faire que les citoyens vont se reconnaître". Mais la présidence de la République adresse une fin de non-recevoir à la demande des "gilets jaunes".
À la veille de l'"acte IV", la plupart des capitales ont appelé leurs ressortissants à ne pas s'exposer. Bruxelles, Prague et Lisbonne leur conseillent même de reporter leur séjour à Paris.
Après avoir appelé à marcher sur l’Élysée samedi, l’une des figures du mouvement, Éric Drouet, appelle désormais sur Facebook à aller bloquer le boulevard périphérique parisien. Considéré comme l'un des leaders du mouvement, son domicile a été perquisitionné vendredi matin.
Dans une lettre ouverte, Marine Le Pen préviens les "gilets jaunes" et son électoral qui les soutiens "Si le droit de critiquer nos institutions relève de la démocratie, la remise en cause de nos institutions, y compris avec une prétendue VIe République, me paraît totalement malvenue".

Une vidéo montrant des dizaines de lycéens agenouillés mains sur la nuque ou dans le dos encadrés par des policiers à Mantes-la-Jolie jeudi soir à fait le tour des réseaux sociaux. Les réactions sont très vives. Sur France Inter, le ministre de 'Education nationale Jean-Michel Blanquer a reconnu qu'il avait lui-même été choqué par ces images. “Oui, l’image est forcément choquante, il y a eu des images choquantes parce qu’on est dans un climat de violence exceptionnelle".

8 décembre, "l'"acte IV" est largement commenté à l'étranger

Malgré un déploiement massif des forces de l'ordre, des heurts éclatent dans la capitale et en province. Autoroutes coupées, échangeurs bloqués, déviations, sorties obligatoires : le réseau routier et autoroutier français connait de nombreux points de perturbations. L'acte IV mobilise 136 000 manifestants et se solde par près de 2 000 interpellations et des dégâts dans de nombreuses villes, particulièrement Paris, Bordeaux et Toulouse mais la nouvelle tactique des forces de l'ordre semble fonctionner. Les manifestants ont laissé derrière eux quelques carcasses de véhicules calcinés, loin de la centaine de voitures incendiées la semaine précédente.
278 personnes ont été déférées au parquet de Paris à l'issue de leur garde à vue. En outre, 494 procédures ont été classées sans suite, dont 288 après un rappel à la loi notifié par un officier de police judiciaire. Parmi les individus déférés figure Julien Coupat, longtemps présenté comme le leader du groupe d'ultragauche de Tarnac.
Christophe Castaner fait état de 118 blessés du côté des manifestants, "liés à des accidents pour l'essentiel sur le domaine routier", et 17 blessés du côté des forces de l'ordre,
"Il faut désormais retisser cette unité nationale par le dialogue, par le travail, par le rassemblement", déclare le Premier ministre qui semble devenu inaudible. Il annonce la prise de parole de celui que tout le monde attend.
Pour Jean-Luc Mélenchon "les campagnes d'intimidation et d'affolement n'ont pas empêché la mobilisation de se faire". "On peut donc penser que le président de la République va être mis au pied du mur parce qu’il va lui falloir trouver une réponse politique à une situation qui ne reflue pas." dit-il à la presse.

À Washington, Donald Trump a tweeté à deux reprises pour commenter les manifestations prouvant, selon lui, qu'il avait eu raison de sortir de l'Accord de Paris en saluant les manifestants d'un "Love France!"
À Rome, le ministre de l'Intérieur et chef de la Ligue, Matteo Salvini, déclare devant plusieurs dizaines de milliers de ses partisans qu'il veut éviter à l'Italie le sort de la France en augmentant les dépenses publiques, quitte à sortir du carcan des règles budgétaires européennes.
À Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan critique la "violence disproportionnée" selon lui des autorités françaises face aux manifestations de "gilets jaunes", ajoutant qu'il suivait la situation "avec préoccupation".

9 décembre : enfin Macron va parler

De nombreux rassemblements étaient signalés sur des ronds-points partout dans le pays,
L'Élysée annonce que le président adressera lundi à 20h00 à la Nation une "déclaration solennelle". Ce que Muriel Pénicaud traduit par une annonce de "mesures concrètes" et "immédiates" pour répondre à la crise des "Gilets jaunes".
Sur France Inter, Nicole Belloubet, la Garde des sceaux dément que la police ait fait procéder à des interpellations préventives pour éviter des débordements comparables à ceux du 1er décembre."
"550 agents municipaux de la propreté se sont relayés toute la nuit et toute la journée de dimanche pour nettoyer les dégâts causés par les casseurs", annoncé Anne Hidalgo, la maire de Paris qui dénonce la casse des magasins

10 décembre : Emmanuel Macron annonce pour 10 milliards de mesures          

Dans une allocution télévisée le 10 décembre, Emmanuel Macron annonce une hausse de 100 euros par mois pour les salariés payés au Smic - à la charge de l'Etat -, des heures supplémentaires "sans impôts ni charges" et une exemption de la hausse de CSG pour une plus grande partie des retraités.  Le coût des mesures annoncées par l'exécutif depuis le début du mouvement est évalué à 10 milliards d'euros.  Certains gilets jaunes saluent des "avancées" mais d'autres dénoncent "une mascarade", "du pipeau", "de l'esbroufe, du saupoudrage" et promettent un "Ve acte qui peut être la fin de la Ve République".
Selon les sondages, l'opinion est désormais plus partagée sur la poursuite du mouvement.  
Le matin, Emmanuel Macron a reçu pendant plus de quatre heures à l'Elysée les représentants des syndicats, du patronat et les associations d'élus locaux. Les représentants du patronat ont appelé le président à "baisser la pression fiscale".
Quelque 150 pays adoptent à Marrakech (Maroc) le Pacte mondial sur les migrations des Nations unies. La "Pacte de Marrakech" est l'un des sujets sur lesquels circulent le plus de fake-news. Les "Gilets jaunes" ne sont pas épargnés. Sur leurs groupes Facebook on peut lire que la France va perdre sa souveraineté en signant le pacte.
Le mouvement de contestation lycéenne ne faiblit pas, avec 450 lycées perturbés, dont 50 bloqués, selon le ministère de l'Éducation.

11 décembre : attentat à Strasbourg

Emmanuel Macron obtient des banques une limitation des frais bancaires. Plusieurs grandes entreprises ont déjà fait savoir qu'elles verseraient une prime de 1 000 euros à leurs salariés, comme Orange, Altice, Iliad et Publicis.
La mobilisation n'en continue pas moins :  un peu plus de 1 900 manifestants et une quarantaine d'opérations de blocages sont recensées. Les "gilets jaunes" sont partagés. Une partie d'entre eux juge les mesures annoncées la veille totalement insuffisantes et appelle à un "acte V" samedi dans toute la France. D'autres accueillaient plus positivement les annonces comme Jacline Mouraud, porte-parole réputée modérée, qui appelle à "une trêve", en saluant "des avancées".
Les Républicains commencent lentement mais surement à changer de position au sujet des "gilets jaunes". Des ténors chez les LR lancent un appel au calme.
Muriel Pénicaud juge sur France Inter que "le président était courageux, il a reconnu qu'il y avait des choses qu'on avait pas bien faites, il a compris l'émotion des concitoyens." Peu après 20h, on annonce qu'à Strasbourg, plusieurs coups de feu ont été tirés dans le centre-ville, et qu'il y a plusieurs victimes. Certains "gilets jaunes" crient au coup monté et au complot contre leur mouvement.

12 décembre : solidarité mais...

De Tours à Marseille en passant par Calais, de nombreux "gilets jaunes" expriment leur solidarité avec les victimes de Strasbourg mais restent déterminés à faire entendre leur colère, dans la rue ou autour de ronds-points, après les mesures annoncées lundi soir par le chef de l'Etat.
Le gouvernement n'exclut pas de faire participer les plus grandes entreprises à l'effort nécessaire pour limiter le dérapage du déficit hors des clous européens à la suite des concessions consenties aux "Gilets jaunes", explique Bruno Le Maire.
Le Rassemblement national (ex-Front national) fait la course en tête dans les intentions de vote en vue des européennes de mai 2019, avec 24% selon un sondage de l'Ifop qui crédite Débout la France de 8% d'intentions de vote. L'alliance La République en marche-MoDem 18%, La France insoumise est à 9%, Europe Ecologie-Les Verts à 8%.

13 décembre : motion de censure

Le 13 décembre, une motion de censure contre le gouvernement déposée par les députés de gauche est rejetée. Les trois groupes de gauche - Socialistes, Insoumis, et Communistes - voulaient faire entendre les "cris du peuple" lancés par les "gilets jaunes" avec cette motion, et condamner "la politique sociale et fiscale injuste conduite depuis dix-huit mois" par le gouvernement.    
Le gouvernement appelle les "gilets jaunes" à "être raisonnables" et à renoncer à leurs manifestations samedi. "C'est au gouvernement d'assurer la sécurité des citoyens", lui répond Maxime Nicolle, ("Fly Rider") l'une des figures du mouvement, lors d'une conférence de presse à Versailles. 

14 décembre : le gouvernement ne sera pas augmenté

Un mois après le début de leur mouvement, les "gilets jaunes" sont divisés sur l'opportunité d’organiser un cinquième samedi de manifestations. En attendant, plusieurs villes décident de prendre des mesures préventives.
Matignon confirme que l'augmentation des salaires des fonctionnaires prévue le 1er janvier ne s'appliquera pas aux salaires du président de la République, du Premier ministre et des ministres.
Plus d'une vingtaine de reporters photographes et journalistes indépendants annoncent leur intention de déposer une plainte car ils estiment avoir été pris pour cible par les forces de l'ordre lors de la manifestation des "gilets jaunes".
Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner dit "ne pas supporter" que les policiers, applaudis pour avoir neutralisé le tireur de Strasbourg, puissent par ailleurs être pris à partie par des "gilets jaunes".

15 décembre : "acte V", moins de monde dans les rues   

Pour le cinquième samedi de mobilisation, un déploiement important des forces de l'ordre est à nouveau prévu, par crainte de violences, mais la mobilisation des "gilets jaunes" semble s'être s'essoufflée. Vers 19H00, le ministère de l'Intérieur comptabilisait 66 000 manifestants dans toute la France, dont 4.000 à Paris, soit deux fois moins que les 126 000 recensés samedi dernier à la même heure. Comme à Paris, en province, aussi la mobilisation a marqué le pas.
"Les ronds-points doivent être libérés et la sécurité de tous redevenir la règle", réclame le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner sur son compte twitter.
Dans les cortèges, place de l'Opéra à Paris, le manifestants réclament le RIC, le référendum d'initiative citoyenne.

16 décembre : l'acte de contrition d'Édouard Philippe

Dans les Échos, le Premier ministre annonce que le gain de 100 euros net pour les salariés proches du Smic passera "par une hausse massive de la prime d'activité"  versée "dès le 5 février pour compléter le salaire de janvier". Une prime d'activité qui va concerner plus de monde explique Édouard Philippe : "nous allons élargir le nombre de foyers éligibles qui passera de 3,8 millions à 5 millions". Le Premier ministre concède que l'exécutif n'a  "pas assez écouté les Français" et "fait des erreurs" dans la gestion de la gestion de la crise des "gilets jaunes" et annonce l'ouverture d'un débat sur le RIC.
Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM) invite les "gilets jaunes" à "aller aux élections" parce qu'il faut "être à fond dans la démocratie, pas seulement dans la contestation".
Nicolas Bay est lui d'un avis contraire. Selon le député européen Rassemblement National invité de France Inter, "C'est un mouvement qui est assez hétéroclite avec des revendications qui partent dans différentes directions donc je ne suis pas sûr qu'il soit à même de faire une offre politique au sens électoral", a-t-il estimé.
Le groupe français de BTP et de concessions Vinci a estimé à "plusieurs dizaines de millions d'euros" le montant des dégâts commis sur l'ensemble de son réseau lors des manifestations des "gilets jaunes" depuis un mois.
France 3, qui avait diffusé une photo retouchée lors de son JT de samedi, a tweeté dimanche qu'il n'y avait "aucune volonté de masquer cette pancarte", invoquant "une erreur humaine" et précisant que "cela ne se renouvellera pas".

Lundi 17 décembre 2018 : les policiers aussi

Après un mois de mobilisation des "gilets jaunes" et de gestion la menace terroriste, les syndicats policiers veulent faire entendre leurs revendications.

Mardi 18 décembre 2018 : les grand débat en travaux

Le gouvernement propose aux policiers et gendarmes une prime de 300 euros qui devrait bénéficier à 111 000 d'entre eux, pour un coût total d'environ 33 millions d'euros.
Des ronds-points, occupés depuis des semaines par des "gilets jaunes sont été évacués par les forces de l'ordre dans plusieurs régions.
Emmanuel Macron et le gouvernement ont tracé les lignes du "grand débat" qui doit fournir une issue politique à la crise des "gilets jaunes".

Mercredi 19 décembre 2018 : ça y est, le projet de loi est prêt

Prime exceptionnelle exonérée de charges et d'impôts, heures supplémentaires défiscalisées, baisse de la CSG et prime d'activité revalorisée : les promesses présidentielles en réponse aux "gilets jaunes" ont pris forme dans un projet de loi déposé par le gouvernement.
Les policiers soumis à rude épreuve par la crise des "gilets jaunes" ont mené mercredi des actions symboliques en France pour exprimer leur colère et faire pression sur le gouvernement, qui tente de désamorcer la fronde en promettant une prime et le paiement des heures supplémentaires.

Jeudi 20 décembre 2018 : les Français veulent le RIC

Dans la nuit de jeudi à vendredi, au terme de treize heures de vifs débats, l'Assemblée nationale adopte le texte de quatre articles par 153 voix.
Le député de Haute-Garonne Sébastien Nadot a été écarté du groupe LREM de l'Assemblée après avoir voté jeudi contre le projet de budget 2019, marquant la première exclusion d'un "marcheur".
"Vous avez raison." Emmanuel Macron a répondu à la pétition "Pour une baisse des prix du carburant à la pompe !" lancée par Priscillia Ludosky.
Près de 8 Français sur 10 (78%) plébiscitent le "référendum d’initiative citoyenne" (RIC), revendiqué par les "gilets jaunes", selon le dernier sondage Odoxa-Dentsu-Consulting pour franceinfo et Le Figaro.
Moins de 4 000 "gilets jaunes" se sont mobilisés dans toute la France, étiage le plus bas depuis le début du mouvement.

Vendredi 21 décembre 2018 : le Sénat a voté

Le Sénat a adopté définitivement les mesures d'urgence économiques et sociales du gouvernement. Il n'y aura a priori pas de saisine du Conseil constitutionnel et le texte devrait être promulgué rapidement, pour une mise en oeuvre dès début 2019.
La croissance sera finalement moins forte que prévu, la dette publique approche les 100% du PIB (à 99,3%) au troisième trimestre, la consommation fléchit et le climat des affaires est dégradé par les "gilets jaunes"... Les nouvelles ne sont pas bonnes pour le gouvernement.

Samedi 22 décembre : mobilisation en baisse 

Nouvelles manifestations à Paris et dans plusieurs villes comme Bordeaux, Toulouse ou Saint-Etienne, mais une participation à cet "acte VI" diminuée de moitié par rapport à la semaine précédente, avec près de 40.000 participants. Plusieurs blocages aux frontières avec l'Italie, l'Allemagne ou l'Espagne, ont été organisés, notamment au Boulou où deux journalistes de France 2 ont été "violemment" agressées par des "gilets jaunes".

220 manifestants ont été interpellés dans le pays, et 81 placés en garde à vue. Des violences ont eu lieu notamment à Nantes ou à Paris où une enquête a été ouverte après les violences qui ont visé samedi trois policiers à moto près des Champs-Élysées où s'est terminée la manifestation qui avait commencé à Montmartre à l'appel d'Eric Drouet, l'un des leaders des "Gilets jaunes". Il a été interpellé pour "organisation illicite d'une manifestation sur la voie publique, port d'arme prohibé, et participation à un groupement formé en vue de violences ou de dégradations". Il doit être présenté au parquet dimanche.
Sur le parvis du Sacré-Coeur, des manifestants ont été filmés samedi en train d'entonner "La quenelle", une chanson de l'humoriste antisémite Dieudonné.
Thibaut Chevillard, journaliste au journal 20 minutes, a témoigné avoir vu un groupe de trois gilets jaunes s'en prendre à une dame âgée de confession juive dans le métro vers 23h. L’un des trois hommes aurait notamment nié l’existence du camp de concentration d’Auschwitz.

Dimanche 23 décembre 2018 : Emmanuel Macron appelle "à l'ordre et à la concorde"

Interrogé par BFM lors de son déplacement au Tchad où il a réveillonné avec les soldats de la force Barkhane, le chef de l'État a déclaré que "C'est maintenant l'ordre qui doit régner, le calme et la concorde. Notre pays a besoin de ça. Il a besoin de concorde, d'unité, d'un engagement sincère pour des causes collectives fortes et il faut apaiser les divisions". Dans une allusion aux débordements, Emmanuel Macron a ajouté qu'"il est évident que les réponses judiciaires les plus sévères seront apportées".

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