Après avoir mobilisé près de 288 000 personnes, la question du mouvement de contestation des "gilets jaunes" et de la réponse du gouvernement est lancée.

Sans leader ni structure officielle, comment les responsables politiques peuvent-ils dialoguer avec les gilets jaunes ?
Sans leader ni structure officielle, comment les responsables politiques peuvent-ils dialoguer avec les gilets jaunes ? © AFP / CHARLY TRIBALLEAU

Quelle suite aux "gilets jaunes" ? La mobilisation ce samedi et ce dimanche, même si elle a été émaillée d'incidents et de blessés, pose la question des réponses politiques à apporter, alors qu'aucun interlocuteur ni aucune structure ne sont désignés pour dialoguer avec le gouvernement.

Selon plusieurs experts des mouvements sociaux, cette manifestation spontanée, qui n'est à l'initiative d'aucun syndicat ni d'aucun parti politique, même si ces derniers ont apporté parfois leur soutien ou ont appelé à prendre part aux rassemblements, est un succès comparable à, si ce n'est plus important que celui de récentes manifestations syndicales.

Emmanuel Macron adopte la même stratégie que face aux cheminots

Emmanuel Macron, en déplacement en Allemagne, ne s'est pas exprimé et son Premier ministre, Edouard Philippe, est attendu dimanche soir à 20h au JT de France 2. Le Président ne veut montrer aucun signe de fébrilité et, tout comme face aux cheminots au printemps dernier, il espère que cette stratégie sera payante. Au sein de certains cabinets ministériels, on regrette cependant que des annonces sur le chèque énergie, par exemple, n'ont pas été faites après la mobilisation, afin de montrer aux contestataires que le gouvernement est à l'écoute et réactif face aux préoccupations des Français.

D'ici là, des blocages se poursuivaient dimanche. Pour le moment, "on ne peut parler de mouvement social car il faut que cela s'inscrive dans la durée", souligne Stéphane Sirot, historien des mouvements sociaux.  Et comment installer un tel mouvement dans le temps ? Compliqué de le dire, répondent les experts, tant les "gilets jaunes" sont difficilement comparables avec des initiatives populaires précédentes comme les "bonnets rouges", en 2013.

Nuit debout a montré que le mouvement peut s'éteindre aussi vite qu'il n'est apparu

Pour que le mouvement puisse durer, "il va nécessairement falloir que des porte-parole se coordonnent pour discuter des modalités des mobilisations à venir", estime le sociologue Alexis Spire dans le Journal du dimanche."L'existence des réseaux sociaux permet d'organiser des mobilisations en marge de toute organisation", rappelle-t-il, mais l'exemple de Nuit debout a aussi montré, selon lui, que "le mouvement peut s'éteindre presque aussi vite qu'il est apparu". 

Faut-il vraiment identifier un leader ? Stéphane Sirot relativise, estimant que si le mouvement s'installe, il va "forcément y avoir des leaders qui s'improviseront", notamment ceux qui ont déjà une expérience de militantisme syndical, politique ou associatif. Et si la mobilisation dure, "nous aurons pour la première fois en France un mouvement social construit à partir des réseaux sociaux", contrairement aux "bonnets rouges" ou Nuit debout, souligne l'historien. Pour lui, le parallèle doit plutôt se faire avec les "printemps arabes qui ont souvent démarré de manière spontanée via les réseaux sociaux"

Côté syndicat, l'ampleur de la mobilisation n'a pas laissé indifférent Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. Lui qui avait refusé d'associer son syndicat à la mobilisation de samedi à cause de la présence de l'extrême droite, a appelé le soir-même Emmanuel Macron et Édouard Philippe à "réunir très rapidement les syndicats, les organisations patronales, les associations pour construire un pacte social de la conversion écologique".  Un appel pour tenter de reprendre le rôle dont les corps intermédiaires (syndicats, patronat, associations) ont été déchu.

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