La Réunion s'embrase en marge du mouvement des "gilets jaunes". Émeutes, pillages : depuis plusieurs jours, l'île est le théâtre d'une flambée de violences. Si c'est le mouvement des gilets jaunes qui a mis le feu aux poudres, à la Réunion le malaise est beaucoup plus profond.

À Saint-Denis, chef-lieu de l'île, les forces de l'ordre chargent un groupe de gilets jaunes.
À Saint-Denis, chef-lieu de l'île, les forces de l'ordre chargent un groupe de gilets jaunes. © AFP / DAVID CHANE

Voitures et poubelles incendiées, magasins pillés, affrontements... Depuis samedi dernier, le mouvement des "gilets jaunes" embrase l'île de la Réunion. Des violences qui ont fait plus d'une trentaine de blessées en sept jours parmi les forces de l'ordre et ont conduit à plus de 120 interpellations. Beaucoup de commerces et la plupart des services publics, comme les crèches, les écoles, ou encore l'université restent fermés. Un couvre-feu a été décrété, et il est prolongé au moins jusqu'à dimanche, a décidé le préfet Amaury de Saint-Quentin. Selon lui, cet arrêté "contribue à l'apaisement", et son renouvellement va "consolider ce retour au calme progressif."

Un cocktail vraiment explosif

Ces violences n'ont "rien à voir avec le mouvement des gilets jaunes", plutôt pacifique, a indiqué le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Le maire de Saint-Pierre, Michel Fontaine, fait le même constat : "ces violences sont principalement le fait de casseurs qui se sont invités au mouvement". Il alerte comme de nombreux élus réunionnais sur "le cocktail explosif" à l'oeuvre en ce moment sur l'île. Pour lui, la taxe sur le carburant est "l’étincelle qui a déclenché le feu".  Une taxe qui a finalement été gelée sur l'île pour trois ans. Mais c'est tout le contexte économique et social de la Réunion qui ne va pas. 

22,8% de taux de chômage à la Réunion contre 9,3% en métropole

Comme l'explique Olivier Hoarau, le maire de la ville du Port : "On a un taux de pauvreté extraordinairement élevé chez nous, la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Alors au mouvement des gilets jaunes se rajoute aussi de la délinquance qui est le fruit de cette pauvreté. Dans ces rassemblements des gilets jaunes on voit des pères et des mères de familles, des salariés, des indépendants, des chefs d'entreprise, toute la société réunionnaise aujourd'hui dit qu'elle n'en peut plus." Selon l'Insee, la Réunion affiche un taux de chômage de 22,8% et un taux de pauvreté de 40%, c'est trois fois plus qu'en métropole. Et ce n'est pas tout, 60% des jeunes de moins de 25 ans sont sans emploi, et 110 000 familles sont en situation d’illettrisme. 

Des prix à la consommation jusqu'à 30% plus élevés

La crise sociale se cristallise principalement autour de la question des prix à la consommation. À la Réunion, en moyenne, les prix sont 7% plus élevée que dans l'Hexagone. Cela peut même aller jusqu'à 30% de plus sur certains produits alimentaires, alors même que la population est beaucoup plus modeste qu'en métropole. 40 élus réunionnais ont signé et remis mardi au préfet un document contenant dix propositions pour améliorer la situation économique et sociale sur l'île. "La répression ne peut être la seule réponse de l'état, il faut poser les bases d'un dialogue avec la société réunionnaise" réclame Olivier Hoarau, le maire du Port.

Avec 343 000 personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, La Réunion fait partie des départements français les plus touchés par la précarité.
Avec 343 000 personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, La Réunion fait partie des départements français les plus touchés par la précarité. © Visactu

La Réunion est le territoire français où il y a le plus d'inégalités

La ministre des Outremers, Annick Girardin, a annoncé qu'elle se rendrait sur place la semaine prochaine : "Moi j'ai une double attitude, d'abord écoute et échange avec ceux qui portent des gilets jaunes, et puis je suis intransigeante avec les casseurs. C'est une évolution du mouvement intolérable, nous devons y mettre un terme. Mais je me rends sur place évidemment dans un esprit de dialogue, je suis une élue ultramarine je connais la difficulté des ultramarins. La Réunion est le territoire où il y a le plus d'inégalités et il nous faut apporter des réponses."

► ECOUTER  | Interview d'Olivier Hoarau, le maire de la ville du Port à la Réunion, par Mathilde Munos 

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