Malgré la présence de 4 000 policiers samedi à Paris, la capitale a essuyé quelque 250 départs de feu, et les affrontements ont fait 133 blessés. Patrice Ribeiro, patron du syndicat Synergie Policiers, demande à la fois le renfort des militaires et une réactivation de l'état d'urgence.

Des policiers, samedi, pendant les manifestations des gilets jaunes à Paris
Des policiers, samedi, pendant les manifestations des gilets jaunes à Paris © Radio France / Gilles Gallinaro

Pourquoi demandez-vous un renfort des militaires pour la sécurisation des lieux ? 

On ne peut pas laisser des unités de maintien de l’ordre garder de manière statique les lieux de pouvoir. Ca, les militaires peuvent le faire, comme ça a été fait pour la COP21 ; ce qui nous, nous permettra de nous déployer plus efficacement et de traquer, de chasser les groupes de casseurs pour enfin rétablir l’ordre et ne plus assister à des scènes de saccage et de pillage comme on a pu en voir ce samedi. Parce qu’aujourd’hui, nous sommes impotents, pas assez nombreux, trop statiques, avec des systèmes qui sont trop hyperlaxes.  

Sur les 5 000 policiers des forces de l’ordre mobiles qui étaient chargés de l’ordre public samedi, il y en avait quasiment un tiers qui étaient dédiés à la protection des institutions. C’est trop pour nous, et en tout état de cause ce n’est pas, dans ces moments-là, notre priorité. Notre priorité, c’est d’être efficaces au service de nos concitoyens et d’éviter surtout que ces saccages ne se transforment ensuite en violences encore plus graves et qu’il y ait des blessés graves, voire des morts, voire des choses encore pire, puisqu’on voit que la violence va crescendo.  

Quand vous voyez, ce lundi matin, des lycées s’embraser, qu’est-ce que cela vous évoque ? 

Nous avons dit dès le début qu’il y avait un engrenage de la violence à stopper. Il y a un changement de paradigme, encore une fois, parce qu’on voit que des gens qui initialement ne seraient pas allés casser, par grégarisme, s’agrègent aux casseurs et consentent à la violence.  Soit ils consentent en assistant et en soutenant les casseurs, soit parfois ils participent. Et si la banlieue et certains jeunes commencent à s’y mettre, on sera sur tous les fronts, et la situation deviendra difficilement contrôlable.  

On a connu les émeutes en 2005 ; si aujourd’hui on devait faire face à des émeutes en banlieue plus des manifestations et des émeutes de gilets jaunes, le tout dans un contexte de menace terroriste, ce sera extrêmement compliqué, on basculerait dans un autre ton. 

Ce que nous avons demandé, c’est le rétablissement, même temporaire, et même si politiquement ce n’est pas populaire, de l’état d’urgence, qui permet d’interdire des attroupements, de procéder à des fouilles, à des perquisitions administratives, notamment chez des gens qui sur les réseaux sociaux appellent à la haine, à la violence. Il y a également des gens qui sont fichés, qui peuvent être assignés à résidence. Et puis, ça peut permettre d’interdire la circulation de certains véhicules, de bloquer des gens qui viennent en masse par train ou par bus pour casser. Tout cela, c’est un ensemble de choses qui, lorsqu’on bloque la spirale de la violence, dissuadera les gens de venir s’en prendre aux policiers. 

C’est-à-dire que selon vous le droit actuel ne permet pas d’endiguer un tel phénomène ? 

Aujourd’hui, il y a des règles de droit qui ne sont pas appliquées. Et surtout, de manière exceptionnelle et dans le respect de la constitution, on peut pendant quelques jours, notamment à l’approche d’un éventuel acte 4, prendre des mesures de l’état d’urgence, ce qui permettra de bloquer toutes les velléités de ces manifestations.  

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