Brigitte Sebbah est chercheuse au LERASS - Laboratoire d'Études et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales - à l'université Toulouse Paul Sabatier. Elle est co-auteur de trois rapports sur la parole des "gilets jaunes", en ligne, sur Facebook, et Twitter.

Si le nombre de "gilets jaunes" est en diminution le samedi, ils sont toujours aussi mobilisés sur Facebook
Si le nombre de "gilets jaunes" est en diminution le samedi, ils sont toujours aussi mobilisés sur Facebook © AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN

Deux de ces travaux universitaires et indépendants sur les "gilets jaunes" ont été publiés au début du mouvement et le dernier vient de sortir. Leur corpus d'analyse se concentre sur le groupe "La France en Colère !!!", animé notamment par Eric Drouet, chauffeur routier de Seine-et-Marne et figure des "gilets Jaunes."

FRANCE INTER : Le mouvement de "gilets jaunes" se mesure à la fréquentation des cortèges le samedi, mais aussi à sa vivacité sur les réseaux sociaux. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Brigitte Sebbah : "Depuis le mois de novembre-décembre, le dynamisme de ce groupe "La France en colère !!!" n'a pas faibli. Il y a toujours plus de 300 000 abonnés. Il y a énormément de commentaires, voire plus qu'avant. Beaucoup de partages aussi. Nous avons analysé plus de 108 000 posts sur cette page pendant 5 jours. Le dynamisme est toujours là, dans les discussions et les partages. On s’intéresse aussi au nombre de contributeurs. Il y en a environ 20 000 et le plus gros contributeur publie moins de 0,2 % des messages, ce qui tend à prouver que l'ensemble des contributeurs interviennent vraiment sur la page."

De quoi parle-t-on sur ce groupe ? Comment les discussions ont-elles évolué ?

"Les revendications sont toujours les mêmes : RIC (Référendum d'Initiative Citoyenne), justice sociale, justice fiscale. Ces derniers temps, l'affaire Benalla s'est invitée massivement dans les débats, elle est au cœur de toutes les discussions. Pour les internautes c'est un symbole de l'injustice judiciaire, une figure repoussoir du traitement asymétrique réservé à certains "gilets Jaunes" poursuivis en justice, alors qu'Alexandre Benalla, considéré comme représentant du pouvoir, s'en tire à bon compte à leurs yeux." 

Après seize semaines de mobilisation, l'engouement pour les manifestations du samedi est-il toujours aussi élevé ?

"Personne ne remet en cause la légitimité ou l’intérêt de ces manifestations. En revanche, de nombreux "gilets Jaunes" condamnent et déplorent les violences qui émaillent ces rassemblements, tant du côté des forces de l'ordre que de certains manifestants. Certains renoncent à manifester par peur de cette violence. En tout cas, les "gilets Jaunes" ne se demandent plus qui ils sont ou ce qu'ils doivent revendiquer. Le mouvement s'est consolidé, ils réfléchissent maintenant à comment l'organiser, comment éviter les divisions. Il y a par exemple un mouvement de privatisation des groupes Facebook afin de mieux contrôler leur image. Des "gilets Jaunes" proposent des actions de porte-à-porte pour mieux faire passer leurs idées et conserver le soutien de l'opinion publique. On remarque aussi que la couverture médiatique est beaucoup moins importante qu'au début. Les "gilets Jaunes" ne sont plus LE sujet majeur des médias."

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